Musique

[Live report] Moodoïd, Casseurs Flowters et FAUVE au FNAC Live

[Live report] Moodoïd, Casseurs Flowters et FAUVE au FNAC Live

20 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

Après une journée marquée par les concerts de Glass Animals, de La Femme et de Breton d’un côté, et de ceux d’Arthur H et d’Emily Loizeau dans la Scène du Salon de l’autre, le FNAC Live mettait hier soir à l’honneur une programmation exclusivement francophone, étirée entre psyché pop recalculée, hip hop teenager pour adultes consentants, et incantations ordurières à l’encontre d’un blizzard délétère…

À 17h30, lors du début des concerts sur le parvis de l’Hôtel de Ville, il est encore donnée la possibilité, au badaud comme au consommateur frénétique de se frayer un chemin entre une foule encore clairsemée, et clairement répartie entre fans inconditionnels de musique venus sauter sur l’occasion du festival entièrement gratuit, et curieux venus remettre à jour leur connaissance de la scène musicale contemporaine. Il y a ici un mélange inédit.

Moodoïd, Mademoiselle K : la pop et les guitares à l’honneur

Ils y découvriront d’abord Moodoïd, sensation pop folle de l’année écoulée, dont certains petits connaisseurs reprendront déjà avec contentement le refrain étiré de « La Montagne » ou les déclamations aiguës de leur tube « De Folie Pure ». Sur scène, Pablo Padovani, son look trouvé entre celui de Bowie et de Kevin Barnes, et ses quatre musiciennes écaillées (Maud Nadal, ex Myra Lee, vient de rejoindre le groupe au chant et à la guitare), transposent la pop seventy et enfumée dans le XXIe siècle, et zieutent du côté de Can, de Gong, de Tame Impala et d’une bande son décharnée de film bolywoodien pour y construire leur propre univers (et même leur propre Monde Möô), francisé et admirablement transcendé sur scène.

Paillettes sur les costumes et autour des yeux, rock psychédélique dans les tympans, terminaison par « La Lune » (le nouvel extrait du Monde Möö dont la sortie chez Entreprise est prévue en août), et cependant, le Soleil toujours très haut dans le ciel lors de l’arrivée de Mademoiselle K sur scène dans les environs de 18h30.

Chez Katerine Gierak, il y a bien sûr toujours cette attitude, superbe de nonchalance, et ce look punk, androgyne, garçonne, excessif, qui fait dans le public parler quasiment autant que sa musique. Il y a ce dynamisme scénique, aussi, malgré tout, et ses cavales de guitares qui peaufinent mélodies et ritournelles pop, interprétées hier en français (Ça me vexe, Jamais la paix, Jouer dehors) et demain en anglais, au sein d’un nouveau disque prévu pour le mois de septembre, et dont le premier extrait « Glory » évoque déjà tout autant son répertoire le plus viscéralement énervé que le rock accrocheur de Franz Ferdinand.

L’Enrouage, Casseurs Flowters, FAUVE : les lyrics à l’honneur

La voix et les manières sont rauques, Mademoiselle K slame dans la foule, la puissance est réelle, certains bougent des épaules au-devant de la scène. Et ceux-là lèveront bientôt les bras en l’air, prêts à battre le rythme et à brasser de l’air, afin de saluer l’arrivée des instants hip hop de la soirée. On y verra d’abord L’Entourage, gigantesque collectif de rappeurs francophones aussi bien issus de 1995, de S-Crew que de Deen Durbigo, venus lâcher sur le parvis de l’Hôtel de Ville un premier album (Jeunes Entrepreneurs) dont beaucoup avaient fini par penser qu’il ne verrait jamais le jour.

Nekfeu est en béquille, le public est sous la flotte, « Caramelo » et « Soixante Quinze » sont dans l’air, une foule désormais immense saluera bientôt l’arrivée des Casseurs Flowters (Orelsan et son compère Gringe), jadis auto-proclamé « groupe de rap le moins prolifique », mais qui aura tout de même eu l’occasion de sortir cette année son premier album naturellement nommé Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters.

Avec DJ Pone (ex Birdy Nam Nam et désormais Sarh) aux platines, une occupation de l’espace scénique remarquable et des transitions parfaitement soignées, Orelsan et Gringe, qui jouaient déjà hier aux Vieilles Charrues, offrent une cure de jouvence et une replongée dans une jeunesse branleuse et auto-dérisoire (la leur), passée entre collocation bordélique, alimentation calorique, soirées aux préoccupations alcooliques et sexualité catastrophique. Ces sales gosses-là ont dépassé la trentaine, mais parlent encore de leur vingtaine, rayent des CD avec une rage habitée (« La Mort du Disque »), évoquent la difficile cohabitation pote / meuf (« Change de pote »), proposent au public de boire à leurs côtés (« Manger c’est tricher »),  remettent aussi au goût du jour leur passif commun, en livrant par exemple quelques brides de leur libinal et ordurier « Suce ma bite pour la Saint-Valentin ».

La gente féminine ne s’en offusquera pas, et accueillera bientôt, à l’aide d’un public qui paraît à vue plus impressionnant encore que la cathédrale Notre-Dame qui habille l’horizon d’un esthétisme gothique, le collectif francilien et différenciateur FAUVE, habité comme toujours par cette volonté de clamer haut et fort l’indépendance des esprits et la liberté d’exécution.

Il y aura les morceaux issus de Blizzard (« Hauts les Cœurs », « Kané », « Nuits Fauves »), et ceux de la première patrie de Vieux Frères (« De Ceux », « Infirmière », « Voyous » avec Giorgio), et cette fougue vivante, toujours, qui aura vu en une année le collectif passer du statut d’anomalie scénique maladroite à celui de véritable bête de scène, capable d’alourdir guitares, batterie et synthétiseur avec une expertise de plus en plus remarquable. FAUVE refuse toujours d’afficher son visage aux yeux du monde (même sur les écrans géants du parvis de l’Hôtel de Ville, les images demeurent lointaines, brumeuses et floutées), mais expose toujours son cœur et les ecchymoses qui y persistent, et terminera, comme à son habitude, par l’exécution d’un « Blizzard », qu’on entendra jusqu’au bout de la nuit, encore, se faire sauvagement « enculer ». Et ce seront donc les derniers mots de la soirée.

On retrouvera aujourd’hui au FNAC Live et à partir de 17h30 les concerts de Kid Wise, de Mina Tindle et de Bernard Lavilliers. L’intégralité de la programmation se trouve sur le site officiel du festival.

Visuel : © Robert Gil

Jean Vilar, « Notes de service »: l’essence du théâtre populaire
[Live report] Breton, Détroit et Arctic Monkeys aux Vieilles Charrues
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *