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« Raoul », le chef d’oeuvre de James Thierrée repris par suprise dans Paris Quartier d’été

« Raoul », le chef d’oeuvre de James Thierrée repris par suprise dans Paris Quartier d’été

20 juillet 2014 | PAR Yaël Hirsch

Samedi 19 juillet, c’était la première, la pièce est restée mystérieuse jusqu’à quelques jours avant le début de la reprise, dans le cadre du Festival Paris Quartier d’été. Et pourtant la salle était pleine à craquer de spectateurs ravis de voir et revoir le chefs d’oeuvre du performeur James Thierrée « Raoul ». Le spectacle qu’on a vu  (création en 2009) et revu (en 2012)  au Théâtre de la Ville n’a rien perdu de sa splendeur et s’accommode drôlement bien des dorures de la salle Favart. Magique, courez-y avant le 25 juillet. 

[rating=5]

Raoul met en scène un personnage un très solitaire qui s’est construit un nid et tente de le protéger contre vents, marées, monstres marins et violence gratuite. Quand on arrive dans l’Opéra comique, assourdi de chaleur et de fans frétillants, la majestueuse scénographie est déjà en place. Le rideau est posé sur le décor et se lève littéralement comme un voile quasi-religieux. Les dorures de l’Opéra comique correspondent parfaitement au festin visuel et sonore que propose James Thierrée : les couleurs sont pourpres et argent et or, lui est tout d’argent vêtu, cheveux blancs sexys compris. La musique est omniprésente, via un vieux phonotone qui crache des jets de Schubert et un peu de jazz d’une manière très subjective. Parfois, il reflète simplement les bruits du corps du danseur qui s’ausculte avec le pavillon de la machine.

La première partie est volontairement violente. Un adversaire vient heurter une hutte d’apparence solide, de toute ses forces. Elle s’ouvre comme une boîte, dans un grand fracas et permet de découvrir un James Thierrée impassiblement plongé dans son bouquin. Il faudra une vraie lutte au corps à corps et l’émiettement des pages du livre pour que le pierrot rêveur se fasse plus combatif. Dès lors, absurdement seul dans sa hutte sans toit, il lutte contre toutes sortes d’animaux aussi beaux que méchants (un poisson doré, une méduse en taffetas, un oiseau préhistorique en fer projeté…) pour préserver son pré-carré et sa vie. Situation originelle effrayante que Thierrée dédramatise en faisant le clown. Dans la deuxième partie du spectacle, dans le droit fil de son grand-père, Charlie Chaplin, il lutte en interne sur environ 1/10e de l’espace que lui offre la scène contre tous les éléments possibles et imaginable. C’est absurde, si absurde que le héros ne parle pas sinon par Borborygmes et se passe les mains sur le visage pour palper son existence. C’est aussi magnifique à regarder et l’on rit de bon cœur, dans ce cirque quotidien paré des décors d’une beauté onirique.

Pendant 1h40, les luttes se répètent et ne se ressemblent jamais, Thierrée tombe comme il danse : avec la grâce des élus. L’espace s’ouvre peu à peu, comme une marée qui descends, et les jambes du danseur s’allongent, couvrent de plus en plus d’espace, jusqu’à ce qu’il s’envole. Vraiment, littéralement. Les derniers débris de la maison ont été balayés par le monde et c’est dans le noir que le danseur joue les Icare … Seule la lumière brûlante révèle qu’il est en fait attaché à une machine infernale, tout aussi poétique et absurde que les animaux merveilleux de son arche archaïque.

Il y a quelque chose de l’enfance, quelque chose d’originel dans tout spectacle de James Thierrée. « Raoul » nous place encore et toujours, pour la toute première fois, dans un état de nature parfaitement esthétique et donc parfaitement surnaturel.

Apparemment, il reste des places sur digitick les 23,24 et 25 juillet à 20h00. Réservez-vite!

Raul de James Thierrée, avec James Thierrée, Samuel Duteurtre, Cie du hanneton. Durée du spectacle : 1h40.

visuel (c) compagnie du Hanneton

Infos pratiques

festival Côté Court
Galerie Visio Dell’Arte
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

One thought on “« Raoul », le chef d’oeuvre de James Thierrée repris par suprise dans Paris Quartier d’été”

Commentaire(s)

  • Michaud

    Bonjour,

    C’est vrai que ce spectacle est un chef-d’oeuvre !
    Heureusement il reste des bonnes places, mais pas que su Digitick, mais avant tout sur le site de Paris quartier d’été (les meilleures places!), ainsi que sur la Fnac, TheatreOnline….
    Serait-il possible de corriger?
    Merci beaucoup.

    Bien cordialement,
    Fanny Michaud

    juillet 21, 2014 at 16 h 11 min

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