Musique

[Live report] Anicide, Lugh et Nohm Island à la Cantine de Belleville, des sons qui viennent des tripes

[Live report] Anicide, Lugh et Nohm Island à la Cantine de Belleville, des sons qui viennent des tripes

23 février 2015 | PAR Matthias Turcaud

Samedi soir était l’occasion de découvrir dans la cave cosy et délibérément mal éclairée de la Cantine de Belleville trois jeunes groupes de métal qui ont tous sorti récemment un premier e.p. : Any Side et The House God respectivement pour les groupes Franciliens Anicide et Nohm Island, et Absent Minded pour le groupe lyonnais Lugh. Un cocktail réussi qui permet de confirmer mais aussi d’infirmer un certain nombre de préjugés qu’on peut avoir sur le métal. A la question « Faut-il être chevelu et de noir vêtu pour en écouter ? », on peut déjà très certainement répondre « Non » !

 » Est-ce que vous êtes prêts à foutre le bordel ?  » D’emblée Maxime Brisson, le chanteur torse nu et tatoué d’Anicide donne le la. A priori on n’est pas là pour faire les enfants de choeur, plutôt pour laisser libre cours à nos sentiments les plus troubles, les plus inavouables aussi. C’est le règne de la noirceur, au sens métaphorique comme littéral : « Are you ready to lie » demande le chanteur dans la chanson du même titre, la deuxième de leur ep – intitulé, avec espièglerie, « Any Side » – ; et déclare dans une autre : « You don’t know who i am / You don’t know what I do ». On s’immerge sans conteste dans un monde interlope et nocturne, criminel, mauvais et volontiers inquiétant, mais aussi libérateur. Puis, malgré la noirceur, les chansons se succèdent dans une atmosphère assez conviviale, où les blagues potaches – « C’est bon les chansons pour Mamie » – ou les réclamations poétiques – « Fais-nous voir tes couilles ! » ou le fameux « A poil », un classique – s’accumulent joyeusement ; et même les « pogos » redoutés des non connaisseurs se passent dans une atmosphère relativement bon enfant. Venu des Chelles, le groupe s’est fondé en 2009 et semble avoir encore une belle route devant lui : à noter que vous pourrez le retrouver dès la semaine prochaine à l’occasion d’une Openwallsparty au Buzz – 106 boulevard de Belleville, juste à côté de La Cantine dans le 20ème -, en compagnie d’autres joyeux lurons tels qu’INSANECOMP, Syndro-syS, ou encore The Badly Chainsaw.

 La soirée continue avec le groupe lyonnais Lugh, fondé en 2010. D’emblée le groupe se dit ravi de débarquer dans « la capitale des Gaules ». Le groupe fait entendre les « classiques » de son premier e.p., mais aussi de petits cadeaux, comme le tout nouveau « Danse funèbre », extrait d’un album en cours de composition. Là aussi l’humour est bien tangible lors de la présentation des chansons, comme lorsqu’il est question de « Dressed in white » comme d’une chanson « qui parle d’amour… » et, après un petit blanc tenu avec malice, « d’hôpital psychiatrique ». Lugh ne manque pas d’auto-dérision et de second degré quant à l’image à laquelle le métal est associé : des chanteurs dépressifs, pessimistes, prêts à se couper les veines à n’importe quel instant – et ils n’hésitent pas aussi à s’amuser de la réputation sectaire dont le métal fait l’objet et qui n’est qu’en partie justifiée. Surtout, et mené par son chanteur, le plus que charismatique Lambert Dewarumez, Lugh fait entendre une musique libératrice, volontiers violente et tribale – de celles qui viennent directement des tripes -, mais dont les paroles n’ont pas été négligées pour autant, comme les magnifiques « Rêves », dont le lyrisme très inspiré rappelle un Bertrand Cantat ou un Mathias Malzieu : « Tu marches dans le noir, tu marches dans la nuit, tu marches dans les couloirs de ta mémoire endormie (…) Sillonnant les sentiers sinueux de tes songes, Tu glisses hors du réel ». Dans la cave sombre de la Cantine de Belleville, de vieux démons se réveillent. Chevelure rebelle, petits yeux vicieux, gestes soutenus, aura mystique, allure messianique, et grand sens de la théâtralité, Lambert, d’ailleurs aussi comédien, investit avec intensité le moindre de ses gestes, et paraît tout du long très habité. Il est, ce soir, et en l’absence de Perez, sans conteste le « Prince Noir » de la soirée. Il semble comme un sorcier, un magicien obscur dans une réunion mystérieuse, interdite et officieuse. Sa voix, à la fois puissante et subtilement modulée, paraît comme venue de l’au-delà. « Mind Shot » débute par des sonorités d’abord douces, puis le volume monte comme un volcan qui gronde et fulmine, une mélodie sauvage et tellurique en provenance directe des tripes, venant plonger les spectateurs de la fosse dans une transe folle. Dans la sombre cave de la Cantine de Belleville de vieux démons se réveillent ; les murs vibrent ; les chevelures s’agitent ; la sueur mouille tempes et T-shirts ; mais, attention, il ne leur reste apparemment plus que cinq minutes pour leurs trois derniers morceaux. Lors du costaud « Immolation », un pogo effréné vient secouer un public plus qu’agité. Les cordes vocales en pâtiront sans doute, mais, tant pis : pour l’heure on se laisse entraîner au gré du son sauvage et inapprivoisé. Même dans l’écrin des mélodies et des paroles travaillées de Lugh, le métal reste une musique qui ne se laisse pas domestiquer et qu’on ne peut pas aisément tenir en laisse.

Décidément, la soirée démontre le grand éventail que représente la musique métal, puisque c’est à nouveau un tout autre style que Nohm Island. On est moins dans le head bang musclé ou les solos de batterie à cent décibels, mais davantage dans une partition plus douce et c’est la voix de fée ou d’elfe cristalline de la chanteuse Louison Westphal qui mène le groupe. Le religieux, le mystique, là non plus, ne sont pas très loin ; il suffit pour s’en convaincre de jeter un oeil aux titres de leurs chansons – « Treason », « The Secret », « The veil of secrets », « Samael » – et surtout de leur ep, « The House Of God » – pour s’en convaincre. Une étrangeté et une douceur suspecte émanent d’un son qui peut aussi évoquer certaines musiques électroniques.

Crédit photos : Victor Faucon.

Concert d’Anicide + Lugh + Nohm Island, le samedi 21 février à partir de 21h, à la Cantine de Belleville, 108 boulevard de Belleville (20ème). Téléphone : 01 43 15 99 29.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc.Contact : [email protected]

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