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La Route du Rock, vue depuis le camping

La Route du Rock, vue depuis le camping

01 septembre 2015 | PAR Pierrick Prévert

L’année dernière a été une année désastreuse pour les campeurs de Saint-Malo, et l’organisation du festival a été mise à rude épreuve. Cette année, le camping est devenu payant (2 euros par jour, 5 euros les trois jours) et des aménagements ont été faits pour viabiliser le site. L’occasion de se pencher sur qui sont les campeurs de La Route du Rock, comment ont-ils vécu ces changements, pourquoi viennent-ils à ce festival plus qu’à un autre et aussi s’ils pensent, comme certains se plaisent à le dire, que La Route du Rock est un festival « parisien ». C’est avec ces questions, comme d’autres, que nous nous sommes dirigés vers le camping. Nous en sommes revenus après avoir interrompu un couple qui allait s’envoyer en l’air, entendu l’histoire du campeur à poil et en tongs et l’histoire d’un gars qui s’est fait confisquer son chien, ainsi que quelques évocations du mythique « Makumba». Récit.

« L’an dernier, au camping, c’était différent. L’ambiance était plus anarchique…»

Le soleil est doux, l’air léger, et les campeurs sont en train de lascivement profiter de leur dimanche après-midi quand nous arrivons au camping. Nous nous dirigeons vers un gars assis devant une tente, Aurélien. Alors que nous entamons la conversation avec lui, Virginie sort la tête de sa tente pour se joindre à la conversation. Tous les deux sont Bruxellois et si Aurélien vient depuis 2011, Virginie n’en est qu’à sa seconde édition. Aurélien concède : « L’an dernier, au camping, c’était différent. L’ambiance était plus anarchique… Il y avait de la boue partout, c’était scandaleux. ». Il est rejoint en cela par d’autres campeurs qui nous annoncent : « on ne pouvait pas distinguer les chiottes des douches ». Tandis que là, Aurélien continue, « les infrastructures se sont améliorées, ça va, c’est cool ». Au fait de savoir si le prix justifie les changements, une moue est opposée. C’est à peu près la réaction que nous aurons avec toutes les personnes interrogées sur ce point : si la facturation du camping n’enthousiasme pas, elle ne fait pour autant pas non plus franchement râler.

Déambulant à la recherche d’autres personnes à interroger, nous sommes accueillis sous une tente agréablement aménagée par deux femmes qui nous demandent « de parler un peu moins vite » avec un fort accent anglais, alors nous troquons leur français hésitant contre notre anglais balbutiant. Melissa et Mandy sont profs, amies d’enfance, et viennent de Cambridge et Londres, arrivées avec le ferry de Portsmouth. Une recherche des dates de concert de Father John Misty pour août leur a fait découvrir La Route du Rock et Jungle a achevé de les convaincre de traverser le Channel. Si elles souhaitaient voir Björk, son remplacement par Foals les a rendues extatiques. Habituées à de bien plus grands festivals anglais, le cadre « c’est juste à côté de Saint-Malo avec la navette, où on peut manger des moules frites ! » l’ambiance « les Français sont vraiment amicaux et décontractés », le confort du camping et la sécurité, présente mais discrète, les a conquises. Le camping est un peu bruyant et elles ont croisé la veille un campeur qui se promenait à poil avec juste ses tongs, mais elles en rigolent : « La vue était par-faite. Et puis on ne va pas à un festival, dans un camping, en espérant que ce soit calme et qu’il n’y ait aucun bruit ». Un regret cependant : l’interdiction de la sécurité d’utiliser un réchaud pour se préparer du thé. Mandy lance, avec son délicieux accent anglais : « Pas de thé ? Vous voulez me tuer !? ».

Le Makumba : l’institution des habitués

Debout devant sa tente, Fabien lève son bras pour nous saluer, une bière à la main ; nous allons à sa rencontre. A la question de savoir si la Route du Rock est un festival parisien, lui qui habite Rennes et l’a découvert il y a 16 ans a un avis tranché : « Un Parisien, ça a un t-shirt PSG rouge et bleu. Là, il n’y en a pas. Alors s’il y en a, on ne les voit pas ». Fabien était venu pour Björk (raté) et seul, mais cela ne le dérange pas : « Je suis cool, donc les gens viennent me parler, puis j’ai rencontré les gars du barnum du Makumba, ils sont sympas ». Le barnum du Makumba, cette institution de la Route du Rock, lieu mythique du camping où les habitués vont jusqu’à l’aube finir la nuit en musique. Chaque année ils se demandent si le Macumba sera là et, chaque année, il y est. Si Fabien vient c’est avant tout « parce qu’il y a une bonne prog » ». Quand on lui demande de quoi a besoin un bon campeur, sa réponse est directe : « De savoir où est sa tente ». Et de penser aux bibines aussi, non ? « Ça, ça vient après. Elles sont dans la tente. ».

Nous nous promenons de tentes en tentes et, alors que nous interrogeons un groupe, un gars nous interrompt car il tient à nous parler. Il dit s’appeler Apache. Un personnage : chapeau en paille, veste en tissu trouée de toutes parts, voix rauque et profonde, le visage buriné par l’air marin et la gueule de celui qui a dormi sous trop de lunes. On ne saura pas pourquoi il est là, il ne veut pas en parler, tout juste concède-t-il « être interdit de Saint-Malo et ne trouve pas ça normal » puis, les larmes aux yeux, évoque « Vagabond », son chien. Selon son récit, arrivé avec lui au camping, le chien aurait été enlevé par la gendarmerie après s’en être pris à plusieurs festivaliers. Il conteste : « Mon chien ne mord pas, il pince juste, c’est un bébé » et, dans un sanglot, sort de la poche de sa veste un carnet de santé plié et abîmé car il tient à nous montrer que son chien est à jour de ses vaccins : « Vous leur dites que c’est pas normal que mon chien peut pas être au camping ! ».

« Le camping ? C’est plus convivial »

Si Damien, Briochin (de Saint-Brieuc, donc, faites pas genre) nous avoue qu’il abandonnerait volontiers le camping contre un hôtel ou une location, ce n’est pas l’avis de Charles, Linette et les deux Julie, originaires de Rennes et de Lorient rencontrés une dizaine de tentes plus loin lézardant au soleil. Le camping ou le camping-car font partie pour eux de l’expérience du festival : « C’est plus convivial : on partage tout avec tout le monde, il y a un côté un peu sauvage ». Car au camping de La Route du Rock et parmi les festivaliers « il y a un respect, tout le monde se dit bonjour et discute » qu’ils ne retrouvent pas dans des festivals plus grands. C’est leur crainte : que le festival grandisse et perde son âme. Ils s’enthousiasment même de l’apparition de sanitaires au parking. Seule ombre au tableau : la disparition du café au camping qui leur était bien utile après les réveils difficiles. Mais les burgers sont, selon leur avis, assez fameux.

Nolwenn, Cecilia et Marie, originaires de Lamballe, Rennes et Paris acceptent de répondre à nos questions alors qu’Elodie nous quitte pour les douches. L’ambiance camping leur plaît, même si la première nuit était difficile avec des voisins bruyants : « Tout le monde en parlait le lendemain, mais personne ne leur a rien dit ». Elles concèdent que ce sera toujours mieux que l’année dernière où, arrivées en retard, elles avaient installé leur tente contre le barnum du « Makumba »… Une bruyante surprise les attendait à la fin des concerts. Alors que nous discutons, Apache – encore lui – passe par là et nous interrompt, pour emprunter sans succès « un duvet, ou une couverture » et d’ajouter « sinon vous pouvez aller en chercher d’autres chez vous ». Toujours pas. C’est vrai que les nuits sont fraîches.

La Route du Rock, un festival parisien ?

Alors, La Route du Rock, festival parisien ou pas ? A priori non, tant nous croisons de Briochins (de Saint-Brieuc, toujours), Lorientais, Rennais, Lamballais ou d’anglais. Peut-être Maxence, Parisien, a une réponse. Nous l’interrompons alors qu’il allait s’allonger – sa copine râle au loin : « ah mais noooon ! On allait faire han-han ! ». Arrivé en groupe avec une douzaine d’amis, il possède une grosse tente, achetée l’année dernière. Pour lui, « La Route du Rock est un festival parisien mais il n’y en a pas beaucoup au camping, c’est plus des Bretons et des Anglais », puis complète « En revanche, au VIP, il n’y a que des parisiens ». Lui, comme la très large majorité des campeurs, note les efforts faits pour améliorer la qualité de vie du camping et la viabilité du site, avec les travaux de drainage, les sanitaires plus nombreux et le terrain plat du camping. Mais beaucoup semblent aussi penser que ces aménagements auraient dû arriver bien plus tôt.

A écouter les campeurs, la Route du Rock est donc un festival qui jouit d’une bonne image pour sa programmation et son ambiance entre festivaliers. Pour la plupart les désagréments de cette collectivité de fait (festivaliers bourrés qui font la fête jusqu’à l’aube, d’autres qui se promènent à poil, coïts bruyants) les font plutôt rire qu’autre chose : dormir sur place leur semble la seule manière de vivre pleinement le festival. Alors que les concerts vont commencer, nous nous dirigeons vers le site en repensant à la seule question laissée en suspens : celle de savoir si l’année prochaine Apache pourra venir avec Vagabond, le chien qui pince.

A relire, nos papiers sur l’édition 2015 de La Route du Rock.

Visuel : (c) PP

« Ex-vita » tomes 1 et 2
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Pierrick Prévert

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