Musique
Jazzmix in New-York d’Olivier Taieb

Jazzmix in New-York d’Olivier Taieb

24 mars 2011 | PAR Pascal

Une ville se raconte, une ville qui ne déborde jamais, une ville night and day, une ville qui foisonne de Greenwich Village et de son Zinc au Hip hop center de Harlem, le Jazz Gallerie d’Hudson street, les branchés de Tribeca, la Knitting Factory de Brooklyn, le bocal rouge ou le Joe’s pub. Extérieur jour, intérieur minuit ou autour. Huit dates, huit concerts, huit heures de tournage, huit groupes aux influences multiples, huit quartiers de Manhattan, le temple du jazz ou l’improvisation règne en maîtresse sur les caves et les clubs. Huit clubs, huit soirs, huit sortes de jazz, huit configurations différentes et une clé : l’adaptation à chaque lieu et aux êtres humains. Quand la ville semble dormir, une autre ville s’éveille s’accouplant à l’esprit qui unit dans la chair et les jeux rituels du jazz l’invention des nations, unies. Jazzmix in New-York, le son des photos, la musique de la narration faite révolution !

La sélection des lieux et des concerts a été faite par le directeur de la chaîne Mezzo , validée par Amos Rozenberg le producteur. Le son est un son 5.1. Aucun dialogue, aucun discours, de l’image, du son de la narration, de l’improvisation. Amateur éclairé, opérateur perfectionniste et réalisateur de haut vol, Olivier Taïeb, grand voyageur devant l’éternel, savait-il ce qui l’attendait en partant huit jours, huit nuits filmés ce concerto en facettes majeures du vingt-et-unième siècle ? Il s’y était préparé, avait pensé les choses mentalement car saisir les rituels de passages tous aussi différents qu’une percussionniste haïtienne, un saxophoniste réalisant une performance inédite avec deux batteurs, une clarinettiste hallucinante passant des gammes modales au plus pur klezmer illuminée devant les chuchotements de ses compagnons de cuivre, un chanteur psalmodiant un phrasé pastoral et apostolique  sur des ambiances synthétiques expérimentales, la prestation d’Ambrose Akinmusire accompagné par Walter Smith III au sax tenor et par la batterie enflammée de Justin Brown réveillant John et Miles d’ une virtuosité confinant avec la langue des anges, tout ceci relève de deux choses : l’inconscience la plus totale et le talent. Improviser, le talent à l’état pur, une communication pouvant sembler impénétrable et que l’équipe et Olivier Taïeb saisissent avec un objectif, inégalé jusqu’à présent. Couleur, chaleur, sens de l’environnement, explosion des cadres, panels, gros plan, non seulement nous emportent dans une histoire musicale donc humaine mais ouvrent nos portes mentales pour révéler des lacs majeurs où nagent l’intime et le saint, l’homme intérieur, sa mystique, sa spiritualité, partagée, enfin.

Qui dit jazz dit improvisation et paysages d’intérieurs d’hommes qui visitent la musique, parfois de façon hermétique. Mais le jazz, saisi, brut, attrapé par quatre cameramen hors pair et un monteur exceptionnel, n’est-il pas la narration idéale ? La question vaut d’être posée. Improvisation est la clé, encore faut-il définir le mot. De la musique baroque à la musique d’opéras, l’improvisation a toujours été présente et le témoignage ultime du talent et de la virtuosité. Pour cela, sont nécessaires et insuffisantes les techniques et la maitrise des modes tonales. Il faut être au-dessus, et c’est ce que le jazz demande. Depuis le vingtième siècle, tant la pop que la musique contemporaine, rien n’aura été aussi écrit. Le jazz, l’âme et son souffle que les juifs nomment « nefesh » demande autre chose que la lecture littéral, l’interprétation première diffusée par le texte. Non, il demande à être relié. Saint swing prie pour nous.

Qui dit jazz peut dire pour le néophyte, ennui. Ici, ce n’est jamais le cas de par la variété des lieux et des genres, la perception humaine des situations musicales, le saisi des interprétations Ici, nous parlons bel et bien cinéma, film, montage, lisibilité, sensibilité. Souriez, vous n’êtes pas dans la salle, vous êtes avec eux, servis sur un plateau, celui de la vie, narrée, sentie, respirée, inspirée. Vous êtes au cinéma. L’amateur du geste place ses hommes sur la scène maitrisant l’espace, accompagnant les musiciens dans leur performance, proches, proches de leur inspiration à en sentir leur souffle et la sueur. La référence : les années soixante, le be bop, la naissance du cool et des oiseaux noirs qui créent la bibliothèque universelle des standards. Référence à William Claxton (photographe, jazz life) des années cinquante/

Une ville se raconte par la musique et le jazz, musicalement et sociologiquement est bien plus qu’une ou toutes les sources, le jazz est culturellement une racine première, comme peut l’être Edward Hopper pour la peinture. Une ville est narrative et les plans de cargos, de Loubavitch, de central Park, d’Harlem modernisé depuis l’élection d’Obama sont loin d’être des clichés ou des cartes postales, mais le lien.

Hymne communautaire ? Hymne au métissage ? Non, un fait. Qui ne raconte pas la ville, l’origine, la multitude du jour pour mieux revenir à ses salles mythiques de nuit craint les fantômes indispensables de toute narration. Olivier Taïeb et son équipe témoignent que le jazz est sûrement cette narration idéale de la grosse pomme. Jazzmix in New-York, ô quand les Saints sont en marche ! Sublimes.

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Pascal

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