Jazz
[Live report] Ouverture aux limites du rock pour le Festival Jazz’n Klezmer à l’Alhambra

[Live report] Ouverture aux limites du rock pour le Festival Jazz’n Klezmer à l’Alhambra

08 novembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Après une préouverture pour les happy fews au Vieux Léon, lundi 4 novembre, l’édition 2013 du festival Jazz’n Klezmer a officiellement commencé ce jeudi 7 novembre, sous la lumineuse présidence de sa directrice Laurence Haziza. Au menu de cette superbe soirée de 2h30 de concert : la violoniste Estelle Goldfarb en première partie et le son génial de Guillaume Perret et son Electric Epic pour un plat de résistance absolument phénoménal et souvent diablement rock!

[rating=5]

Présentée par Laurence Haziza, la blonde et énergique Estelle Goldfarb est entrée en scène, bien entourée de ses trois musiciens (parmi lesquels un batteur et percussionniste époustouflant et à la guitare, David Konopnicki, que l’on retrouvera le 23 novembre en duo dans le cadre du festival). Les cordes grincent avec maestria, le rythme s’emballe et les titres des chansons sont poétiques (« Eau », « La comédie humaine »). Du Klezmer classique avec un album en piste où participe David Krakauer et une dernière plage où le son sature et où l’électricité commence à prendre le pouvoir…

Le temps d’une bière et d’un changement de set et l’Alhambra plongé dans la pénombre trépigne lors de l’entrée en scène du saxophoniste Guillaume Perret et  de ses trois musiciens. Le savoyard signé au label de John Zorn (Tsadik) sait planter le décor et s’ancrer physiquement dans chacun de ses morceaux qui vogue entre impro jazz, pèle mêle électriques et métal quasi-hurlant. Salopette noire sur T-shirt assorti, pianotant avec les pieds sur l’électricité, il tient comme un arbre son saxophone rougeoyant dans la pénombre et dans lequel il semble souffler un long, grand et unique son aux mille variations.

Le premier morceau surprend, par sa longueur, son intensité et la saturation quasi parfaite des  instruments. « On a voulu commencer par une ballade » ironise Guillaume Perret, avant d’enchaîner sur une intro plus free jazz mais qui va se tordre pour prendre toutes les colorations des genres musicaux… La salle danse, vibre, crie, et suit chacune des variations du quatuor qui a tout préparé au cordeau. La lumière suit le mur du son, rouge d’abord, puis blanche et en fin bleutée avec des effets de stroboscope carrément funk.

Au début du troisième morceau, c’est presque une ébauche de reggae mais le jazz et le métal reprennent vite leurs droits. Débranchant un instant le sax, Guillaume Perret la joue solo et à l’ancienne, dans le cuivre, pour une reprise absolument époustouflante de maîtrise et d’ingéniosité de « A Yiddishe Mame », tant et si bien que le morceau commence comme une partita de Bach et se termine en gémissement de l’instrument. Très impressionnant!

Les « copains » reprennent leur place, nous avons le droit à un solo de basse absolument canon qui donne le « la » du  morceau suivant  : rebelle et électronique. Puis le saxophoniste nous prévient vers 22h30 que c’est « la dernière », même si « c’est négociable ». Pas besoin de négocier longtemps et c’est en parfait flirt avec le métal et sous les hurlements de joie du public de l’Alhambra que le quatuor se lance dans une bonne quinzaine de minutes supplémentaires et quasi-expérimentales.

Restant bien dans les oreilles et sous les épidermes des chanceux qui avaient eu la bonne idée de prendre leurs places à l’Alhambra, hier soir, le son radical de Guillaume Perret et son Electric Epic a placé très haut la barre pour les autres interprètes de ce Jazz’n Klezmer éclectique et mêlé… Le festival se poursuit jusqu’au 23 novembre.

visuels (c) yael hirsch

« Brassaï, pour l’amour de Paris », une balade intimiste dans les rues parisiennes
La réforme de l’opéra de Pékin remporte le 15e prix Décembre
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *