Musique
(Interview) Laurence Haziza nous parle du 18e Festival Jazz’n Klezmer

(Interview) Laurence Haziza nous parle du 18e Festival Jazz’n Klezmer

30 octobre 2019 | PAR Yaël Hirsch

18 ans et beaucoup de découvertes à célébrer. Le Festival qui réchauffe notre hiver de pépites, découvertes et métissages musicaux d’exception est de retour du 26 novembre au 7 décembre 2019. Laurence Haziza, directrice artistique de Jazz’n Klezmer nous parle d’une programmation qui met l’eau à la bouche et l’énergie dans les oreilles. 

Nous avons connu la géniale balmiztva de Jazz’n’klezmer, 18 ans, c’est une majorité plus « laïque ». Quels sont les changements liés à cette majorité ?

En 2019, on s’engage ! On avait bien pensé se marier, mais 18 ans, c’est un peu tôt ! Alors au lieu de s’engager dans une relation de couple, on s’engage pour une cause humaine. Celle qui nous touche au plus près, qui frappe à nos portes, celle des migrants, ces populations en exil, de plus en plus nombreux et si près de nous. Et puis, nous sommes nous-mêmes issus de l’exil ; nos parents et nos grand- parents ont quitté leur pays vite et par nécessité. Ils ont connu l’exil, cette sensation de devoir se fondre sans se perdre dans une population qui ne leur ressemblait pas et qu’ils ont fini par enrichir. Nous organiserons,  avec les associations Exilophone et La Cimade un concert de soutien aux migrants avec 3 groupes issus de populations migrantes : Alama Orchestra – Zazlooz – Dafné Kritharas et Oner Aslan, afin de découvrir autrement cette population issue du Soudan, Kurdistan, Maroc, Grèce,  à travers leur musique et leurs chants. Et pour les accompagner : deux groupes merveilleusement déjantés: Pad Brapad revient après presque 10 ans de ballade dans les Karpates avec leur petit vampire qui n’a pas grandi, mais qui a pris en maturité : les 5 parisiens électro Balkanique sont plus déchaînés  que jamais. Déluge de violons frénétiques, scratch vigoureux et harangues Hip Hop dont la déflagration se ressent à des kilomètres (Télérama),  Pad Brapad était élu par notre regretté RKK comme « Le groupe le plus innovant de la galaxie balkano-parisienne, un son électro-tzigane qui fait bouillir les dancefloors… »

Et ce sera encore le cas ! Jewish Monkey’s,  un concentré de Méditerranée à la sauce yiddish, issu de l’underground multiculturel de Tel Aviv, et tous nés en Allemagne. Ils sont irrévérents, drôles, et introduisent avec fracas le burlesque et l’absurde dans une caravane musicale délurée où  se côtoient punk-rock, surf-music, dub et tradition klezmer.

Ca va chauffer à La Bellevilloise ce jeudi 28 novembre !

 

Le concert d’ouverture a lieu à la synagogue de Copernic avec deux immenses artistes, pouvez-vous nous en parler ?

Je venais de signer le contrat avec l’agent d’Omer Avital pour la sortie d’album de son dernier projet « Yes ! Trio » (New Morning 3/12), lorsque je lui demande des nouvelles d’un artiste qu’on adore littéralement, Yonathan Avishai. Nous avons été l’un des premiers festivals parisiens à l’inviter, en 2005, pour un piano solo qui m’avait alors bouleversée. Son dernier projet « Paying the Room » est un duo avec son ami d’enfance, le trompettiste Avishai Cohen. J’ai immédiatement contacté le tourneur de ce projet, et l’affaire était faite. Avishai Cohen est un rêve, la tête de file actuelle du jazz newyorkais. C’est la première fois qu’il vient au festival, j’espère que l’on inaugure une belle série de concerts avec lui. Le concert est d’ores et déjà complet.

Qui sont les fidèles du festival que tu te réjouis de revoir ? Jazz’n klezmer est-il un rendez-vous pour eux ? L’occasion de proposer de nouvelles créations à un public très ciblé?

C’est une bonne question, car cette année justement nos grands habitués que sont Yom ou Socalled ne sont pas là. Mais un des fidèles musiciens, et non des moindres, sera présent; il s’agit de Denis Cuniot, et il nous présentera en avant-première son prochain solo piano, qui sortira en 2020 sur le label Buda Music. La petite anecdote charmante est que l’an dernier, alors qu’il n’était pas programmé au festival, il est tout de même venu accompagner Yom en promo pour son concert à La Cigale. Parce qu’ils sont très amis, et parce que Denis est à la fois la mémoire et l’expert de la musique Klezmer en France.

Le jazz et le klezmer sont pleins de recompositions, pouvez-vous nous parler des deux groupes formés par les frères Slabiak, qui ont fait ensemble les yeux noirs ? Pouvez-vous aussi nous parler du Yes ! Trio où l’on retrouve plusieurs musiciens fidèles du festival ?

L’un s’inscrit dans la continuité des Yeux Noirs, il s’agit de Josef Josef, qui tire son nom d’une célèbre chanson yiddish, Yocel Yocel. Là où  les deux violons dialoguaient, c’est maintenant l’accordéon et le violon qui se parlent et tissent ensemble ces mélodies klezmer et slaves qui nous transportaient déjà du temps des Yeux Noirs. Et puis Eric Slabiak chante, et c’est très touchant. Quant à Olivier, il a monté un projet avec la chanteuse lyrique Laure Slabiak, sa femme dans la vie. Elle a une voix hors du commun, et son nouveau projet, BlauBird, revendique les influences croisées de Tom Waits et Portishead. BlauBird est l’oiseau bleu de la métamorphose, du voyage et de l’âme libre de l’enfance. Pour ce concert de clôture, ils rendront hommage aux chants juifs d’Europe de l’Est en les mêlant à leurs compositions pop-folk et en invitant des musiciens et des chanteurs qu’ils aiment.  On sait déjà que Tcheky Karyo viendra chanter avec elle quelques titres. On a hâte ! Quant à Yes ! Trio, tout d’abord, on aime tout simplement Omer Avital, quoi qu’il fasse. Mais lorsqu’en plus, il réuni la nouvelle garde éclatante du Jazz, on ne résiste pas. Omer Avital (contrebasse) Ali Jackson (batterie) et Aaron Goldberg (piano), sont des pointures internationales plébiscitées tant dans leurs projets personnels que comme sidemen auprès des plus grands (Wynton Marsalis, Avishaï Cohen ou Joshua Redman). Alternant ballades somptueuses et fulgurances rythmiques, les trois musiciens intègrent la richesse métisse de leurs origines : un noir américain aux racines musulmanes, un Israélien yéménite/marocain, et un juif de Boston.

Jazz’n klezmer permet aussi de repérer des artistes israélien comme Jewish Monkeys ou LIRAZ qui s’inspire des stars iraniennes de la grande époque…

Nous avons fait les premières fois à Paris de A-WA, Omri Mor, Guy Mintus, Noga Erez, Yonathan Avishaï ou Daniel Zamir, Idan raichel et Vieux Farka Touré, Oy Division … et d’autres. Cette année, nous invitons LIRAZ, qui n’a encore jamais joué à Paris malgré une revue de presse dithyrambique cette année. Elle reprend et actualise les grandes figures de la chanson iranienne. Elle chantera en perse, et ça nous a fait très envie !

Quant à Jewish Monkey’s, j’ai assisté à leur concert au festival Babelmed de Marseille, il y a 4 ans, il a fallu un peu de temps pour inviter ce groupe de 8 musiciens et chanteurs, déjanté, revisitant les sons klezmer à  grands coups de textes percutants et irrévérencieux, de sons pop rock-dub, un grand groupe dingue et fantasque, une véritable découverte unique ! Les deux groupes sont issus de la virevoltante scène musicale israélienne.

On danse quand au festival Jazz’n Klezmer ?

Non seulement le jeudi 28 novembre à La Bellevilloise, de 19h à Une heure du matin ! Mais l’on dansera également follement au New Morning le 3 décembre avec le groupe Le Petit Mish-Mash : à eux 3, Marine Goldwasser (flûtes et clarinette), Adrian Iordan (accordéon) et Mihai Trestian (cymbalum), ils ont l’énergie et la fougue d’un Taraf de Haidouks et la langue et la virtuosité du klezmer de Oy Division. Au fil du périple, une ribambelle de sonorités s’invite au cortège mené par la clarinette, les cloches, les cymbales, les voix et autres effets sonores virevoltent et nous emportent dans une danse frénétique et joyeuse !

visuels (c) Jazz’n Klezmer

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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