Jazz
Enrico Pieranunzi et Diego Imbert, un dialogue piano contrebasse envoûtant au Sunside

Enrico Pieranunzi et Diego Imbert, un dialogue piano contrebasse envoûtant au Sunside

06 septembre 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Les 26 et 27 août derniers, le Sunside recevait en clôture du Festival Pianissimo Volume XVI un duo captivant avec Enrico Pieranunzi au piano et Diego Imbert à la contrebasse. Entre complicité et virtuosité, du jazz de haute voltige.

Deux immenses artistes

Enrico Pieranunzi. Diego Imbert. La simple évocation de leurs noms donne déjà des frissons. Deux très grands du jazz. Deux âmes sensibles pétries de talent, deux compositeurs hors pair, dont la musique repousse les limites de la créativité et laisse libre court aux improvisations les plus lumineuses.

Acclamés par un public enchanté, les artistes s’installent sur la scène du Sunside. Lumières tamisées, ambiance confidentielle, nous allons assister à un dialogue unique piano contrebasse, sous le sceau de l’élégance et de la beauté.

Quand classique et jazz se rencontrent

Le set démarre tout en douceur dans un climat voluptueux avec les titres Hindsight et Tales from the unexpected. Le ton est donné : les accords sont mélodieux, la rythmique entrainante, douce et veloutée. Comme une confidence partagée, on tend l’oreille et on se délecte d’une poésie musicale riche et colorée.

Enrico Pieranunzi nous offre une rencontre magnifique entre le classique et le jazz, avec des impros riches et exaltantes. On reconnaît le thème de Saint Thomas (Sonny Rollins) inséré dans sa composition Sicilyan Dream (Ménage à trois, 2016), arrangement génial du pianiste inspiré de Bach (Siciliano BWV 1031) où la rythmique est complètement revue, ponctuée de trilles virevoltantes et d’accords formidables. À la fois très douce et impétueuse, l’interprétation est mélodique avec des envolées lyriques à la main droite.

Diego à la contrebasse l’accompagne merveilleusement. Humble et discret, presque caché derrière son instrument, il laisse toute la place aux notes, jouées en pizzicato ou à l’archet, c’est selon. Il nous expose une large palette de couleurs, enrichit la matière, crée de nouvelles aspérités et souligne la cadence. Son jeu est chatoyant, diapré, soyeux. Très à l’écoute, il répond au pianiste, intensifie la rythmique et apporte une nouvelle dimension à l’ensemble. Il enrobe de velours les phrases musicales jouées au piano, les sublime et nous fascine.

De la musique et des anecdotes

Entre deux titres, Enrico partage des anecdotes, nous raconte comment certains morceaux ont été créés, s’attarde sur ses goûts musicaux qui ont façonné ses compositions, évoque ses références musicales comme Bach, Debussy ou Fauré en classique mais aussi Bill Evans, Chick Corea et Ennio Morricone. 

On aura la chance d’écouter sa version de Very early, le premier morceau écrit par Bill Evans, alors qu’il était encore étudiant à l’Université de Louisiane et qui fût selon le pianiste « un très grand ami, une icône ».

Un répertoire éclectique et inspiré

Pieranunzi nous prévient alors que le morceau suivant sera très triste avant de nous interpréter Passing Shadows (Evans Remembered, 2001). L’introduction nous plonge immédiatement dans un climat à part en tonalité mineure qui évoque effectivement une certaine mélancolie, mais de là à qualifier le morceau de triste ?  Pas si sûr… Les changements de tempos dans le morceau, les bifurcations improbables, la rythmique syncopée et la main droite joyeuse et primesautière donnent un élan agréable et plutôt espiègle qui nous emporte.

Le pianiste rend ensuite hommage à Charlie Haden, l’illustre contrebassiste américain disparu en 2014, avec un titre éponyme, que l’on retrouve sur l’album de Diego intitulé Tribute to Charlie Haden, sorti en 2017. Rappelons ici qu’Haden était aussi compositeur et chef d’orchestre. Pionnier du free jazz Ornette Coleman, il faisait partie du premier trio de Jarrett et avait enregistré plusieurs titres avec Enrico. Moment de recueillement, de grâce et de retenue, le public ferme les yeux et se laisse porter. On ressent une considération pleine d’égards dans la mélodie presque chuchotée comme un murmure doux. 

Le deuxième set sera tout autant éclectique et savoureux avec notamment Molto ancora, une musique lente, pleine de douceur et de délicatesse. On se régalera avec une reprise de Windows (Chick Corea), on s’évadera avec un thème inspiré par Ennio Morricone Nuovo Cinema Paradiso et puis on découvrira Five plus Five, une composition récente du pianiste, que l’on retrouve sur l’album After Glow avec Bert Joris à la trompette.

Merci encore à ce duo magnifique qui nous a offert deux soirées d’exception.

Visuel : affiche 

Enrico Pieranunzi & Diego Imbert au Sunside 

Festival Pianissimo Volume XVI

26 & 27 août 2021

L’agenda culturel de la semaine du 6 septembre
Cinédanse : Yvette Chauviré par Dominique Delouche
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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