Danse
Cinédanse : Yvette Chauviré par Dominique Delouche

Cinédanse : Yvette Chauviré par Dominique Delouche

06 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

La récente  parution du livre de Dominique Delouche, La Danse, le désordre et l’harmonie, permet d’évoquer le style de cinédanse de celui-ci, à base de documentaires constituant le panthéon d’un balletomane ébloui par les étoiles du classique, au premier rang desquelles figure l’inoubliable Yvette Chauviré.

L’Opéra en CinémaScope

Dominique Delouche, jeune pianiste fasciné par l’Opéra de Paris, sous l’Occupation, initié au 7e Art, après-guerre, par Henri Agel puis par Federico Fellini dont il fut l’assistant, voua presque toute sa carrière au ciné-ballet. Admirateur d’Yvette Chauviré, il dut attendre longtemps que la diva se rende disponible et finisse par accepter d’être une proie pour sa caméra. La question n’était pas seulement pour la prima ballerina assoluta son manque de temps disponible, plutôt une certaine méfiance pour la soumission de l’art de Terpsichore à la dernière technique de reproduction en vogue, quand bien même ces deux domaines se partageraient l’étymologie. Après la projection d’un court métrage de danse des années trente programmé  par Freddy Buache à la Cinémathèque suisse suite au décès de Serge Lifar à Lausanne, Chauviré nous avait dit : « il faut détruire ce film qui montre les défauts de la danse à l’époque ».

En espérant l’apprivoiser un jour, Dominique Delouche réalisa des films sur d’autres étoiles, des interprètes célèbres ou sur le point de l’être ainsi que des chorégraphes. Non des captations de spectacles sur scène mais des répétitions en studio – des danseurs « au travail », comme disait André S. Labarthe. Une trentaine de figures de la danse, de Nina Vyroubova et Serge Lifar qui acceptèrent d’inaugurer la série (en CinémaScope noir et blanc, comme La Dolce vita, un long métrage auquel Delouche venait de collaborer) à Violette Verdy, en passant par Serge Peretti, Maïa Plissetskaïa, Alicia Markova, Élisabeth Platel, Monique Loudières, Marcia Haydée, Ghislaine Thesmar, Pierre Lacotte, John Neumeier, Patrick Dupond, William Forsythe, Jerome Robbins, Ivo Kramer… sans oublier Sylvie Guillem.

Une étoile pour l’exemple

Le portrait d’Yvette Chauviré eut droit à trois durées ou trois formes différentes – aujourd’hui, on dirait « formats », quoique ce mot ait un sens plus précis au cinéma que dans le milieu du spectacle. D’abord sous forme d’un court métrage montrant Chauviré en train de transmettre La Mort du cygne de Fokine à Dominique Khalfouni, la danseuse étoile de Roland Petit, document qui fut largement diffusé par une major américaine pour accompagner un long métrage commercial. Ensuite, dans une version de 52 minutes destinée à la télévision. Enfin, dans une durée de long métrage et un format 35 mm, les éléments tournés en super 16 ayant étant transférés en laboratoire pour pouvoir être projetés en salle de cinéma – c’est cette version qui fut présentée à Cannes, dans l’ancien palais des festivals, en 1988, à l’occasion de l’Année de la danse, en présence du réalisateur et de la danseuse étoile.

Dans les trois cas, Chauviré partage son acquis technique, son sens expressif, sa finesse stylistique avec la nouvelle génération de danseuses de l’Opéra. Le film n’est donc pas simplement un portrait de danseuse mais le point de vue de Dominique Delouche sur le passage de rôle, d’une étoile à l’autre. Une danseuse face à son miroir, mais également sous l’œil de l’aînée – et sous celui de la caméra. Cette incarnation est captée à la façon d’un film muet. Sans parole ou presque. N’étaient les notes musicals, quelques didascalies, conseils ou consignes verbalement prodigués, ces moments de répétition seraient  pures chorégraphies. Leur valeur esthétique vaut celle de la potentielle ou future représentation. Le Grand pas classique d’Auber se révèle à la portée d’une Guillem, le Nauteos est du niveau d’une Loudières, Yannick Stéphant se transmute en Belle au bois dormant, Pietragalla semble à l’aise dans Les Deux pigeons, Clerc crédible en Giselle, Guérin est convaincante en Istar et, à l’instar de Chauviré, Kahlfouni en Cygne agonisant. Comme pour mieux renaître.

Visuel : Yvette Chauviré, c. 1986 © Nicolas Villodre.

 

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Nicolas Villodre

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