Musique

Jazz sous les Pommiers : retour sur 18 ans de Résidence

Jazz sous les Pommiers : retour sur 18 ans de Résidence

08 juin 2011 | PAR Neil Saidi

Pour fêter ce trentième anniversaire, Jazz sous les Pommiers a réuni cinq musiciens d’exception, compagnons de route du festival lors de résidences de trois ans, le contrebassite Yves Rousseau, le vibraphoniste Franck Tortiller, le guitariste Louis Winsberg, le pianiste Bojan Z et le saxophoniste Andy Sheppard, accompagnés par le talentueux Christophe Marguet à la batterie. Ils répondent aux questions des journalistes.


Vous travaillez tous ensemble depuis quand ?

Louis Winsberg : Euuuh 15 heures environ (Rires). Le Jazzman du sud ne répète pas. Non c’est pas vrai je ne fais pas partie de ceux qui ne répètent pas.

Comment ça fonctionne alors ?

Yves Rousseau : On s’est envoyé des morceaux. Jazz sous les Pommiers nous a demandé deux compositions chacun, et l’informatique aidant, on s’est envoyé les musiques.
Louis : Voilà on a chacun écouté un peu les morceaux des autres.

Est-ce qu’il y a des souvenirs communs qui remontent ?

Louis : En fait on s’est tous croisé au moins une fois mais on n’a jamais joué tous ensemble.
Bojan : Oui on s’est croisé dans différentes formules, Yves m’a rappelé qu’on avait joué ici pour les 20 ans du festival avec Franck, ça fait loin, 10 ans déjà.
Louis : On n’était pas majeurs encore (rires).
Bojan : Ce qui est bien avec ce collectif c’est que le festival a changé d’instrumentistes à chaque nouvelle résidence, il aurait pu y avoir trois guitaristes et deux pianistes, ou cinq soufflants, je ne sais pas si c’est dans l’inconscient de Jazz sous les Pommiers ou si c’est volontaire mais ça fait aujourd’hui un orchestre quasi complet, avec Christophe qui vient nous aider à la batterie.
Christophe : On remarquera qu’il n’y a pas eu de batteur résident quand même, il y a un vide à combler dans l’inconscient de Jazz sous les pommiers (rires).

C’est très masculin comme équipe non ?

Bojan : Vous trouvez ?
Franck : Y a Louis qui a essayé de se déguiser en fille mais ça a pas marché (rires). Plus sérieusement, pour répondre à la question précédente, je pense que dans la vie d’un musicien il y a des rencontres déterminantes et des étapes déterminantes, et pour moi cette résidence a été déterminante car elle m’a permis de postuler quelques années plus tard à la direction de l’Orchestre National de Jazz puis de le diriger. Coutances nous a également permis d’expérimenter énormément de choses avec la confiance de toute l’équipe, et c’est une chose très importante pour un artiste d’avoir la confiance de la personne qui vous engage. Et je dois dire que dans le monde dans lequel nous vivons, il y a de moins en moins de gens qui nous font confiance, à nous musiciens, et de plus en plus de patrons. Ici on a pu créer ce qu’on voulait, dans des conditions optimales.
Bojan : c’est vrai que c’est un aspect que je ne retrouve pas dans d’autres festivals. Il y a une vraie continuité, les membres de l »équipe restent les mêmes avec chaque année des personnes en plus,  c’est un témoignage de leur passion et de leur amour pour le festival et pour les musiciens.

Qu’est-ce que symbolise pour vous cette rencontre ? Et qu’est-ce que vous a apporté cette résidence ?


Yves Rousseau : Je pense que cette rencontre des résidents s’inscrit dans la continuité et dans la philosophie du festival, qui confronte des musiques et des styles différents. Grâce à cette opportunité on a pu vivre des expériences humaines géniales. Denis a toujours eu plein d’idées superbes et sur les trois ans on a fait beaucoup de choses qui continuent de tourner.
Louis : En ce qui me concerne pendant les trois ans on a fait pas mal de choses et on en a lancé d’autres que je suis toujours en train de faire aujourd’hui, par exemple le duo avec DeeDee Bridgewater qui a continué de tourner bien après la résidence, maintenant j’ai plus trop de nouvelles mais bon…(rires)
Bojan : Moi je retiendrais les concerts chez l’habitant avec dégustation de vin, ça me manque, pourquoi on n’a pas refait ça cette année Franck ?
Franck :  Ouai c’était notre idée ça. Je me rappelle qu’on avait un cahier des charges et en fait il fallait qu’on joue un morceau avec l’habitant qui nous recevait. Tu te rappelles Yves ? C’était super ça.
Yves Rousseau : Ce festival a réussi un pari que peu de festivals ont réussi. Coutances est un festival qui a très longtemps fait des jaloux, par rapport à la billetterie par exemple. Évidemment il y a des subventions publiques, mais le festival n’en est pas totalement dépendant. Un autre aspect important, c’est le fait de faire jouer des musiciens français. Très souvent on a entendu dire : « Ah oui mais Coutances ça mêle beaucoup les styles, puis y a vachement d’américains là-bas, et puis finalement des français y en a pas tant que ça ». Ce qui est absolument faux, les résidents en sont la preuve, Coutances a toujours programmé des musiciens français.
Bojan : Ouai enfin y a français et français Yves on est d’accord ! (rires) T’as vu Andy ? Je me demande pourquoi ils nous ont installé de ce côté là nous ! (rires)
Andy Sheppard : I agree with everything they said. (rires)
Yves : C’est en tout cas un festival qui défend toutes les musiques.
Bojan : Autre aspect que j’apprécie sur ce festival, c’est aussi le fait qu’il présente les scènes des pays qui sont rarement représentés en France, comme par exemple la scène britannique ou la scène hollandaise. C’est quelque chose qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Franck Tortiller vous avez parlé du fait qu’il y avait de plus en plus de patrons et de moins en moins de gens qui faisaient confiance aux musiciens. Yves Rousseau vous avez évoqué le problème de la représentation des musiciens français. Qu’est -ce que vous pensez de la récente polémique autour du coup de gueule du pianiste Laurent Coq concernant la programmation de TSF et du Duc des Lombards qui ne met pas forcément très en avant  les artistes français ?

Franck Tortiller : Ah je peux répondre à ça. En fait j’ai appris ce truc en lisant un article dans Le Monde, et on m’a dit qu’il fallait que j’écrive sur le blog « Révolution du Jazzmin », je suis donc allé voir le blog en question. Ca m’a d’ailleurs fait pensé à ce qui s’est passé il y a vingt ans avec les débuts de l’UMJ (Union des Musiciens de Jazz) en 92. Je pense que la réaction de Laurent Coq ne résout pas les problèmes. Le Duc des Lombards est un club privé, et TSF est une radio privée. Ce qui me gêne le plus, c’est les gens qui ont cette attitude là avec de l’argent public. Par exemple nous, les membres du collectif, on a tous des agents, on travaille tous, et chaque fois qu’on joue, nos tarifs sont négociés très très bas, il y a beaucoup de chantage au travail, on nous fait comprendre qu’on a de la chance de jouer dans certains endroits, et je pense qu’il y a une vraie dérive. Souvent on nous change les dates, on nous baisse les cachets. Et ce qui me gêne surtout, c’est cette attitude là avec de l’argent public. Quand je dirigeais l’ONJ j’avais toujours une chose en tête, c’est que l’on doit avoir une certaine idée de ce que peut être une mission de service public. Et je trouve que dans certains lieux, il y a une certaine dérive. Je pense donc qu’il faut militer sur le bon front, il y a de l’argent qui est distribué à des gens qui se doivent de le diffuser et c’est là qu’il faut agir et que c’est dur de faire bouger les choses. S’il y a un problème il est essentiellement là. Une certaine idée de ce que peut être une mission de service public sur la culture est en train de disparaître, ce problème concerne notre avenir à tous. Pour moi le reste c’est de l’anecdotique. Il faut avoir une vision plus globale, ici on a tous au moins une dizaine de copains, identifiés, qui ont fait des disques, et qui n’ont pas de travail aujourd’hui. Je pense que dans cette petite famille du Jazz on fait tous le même métier, musiciens comme diffuseurs, et qu’il faut bosser ensemble.
Louis : Justement le festival a tiré son épingle du jeu sur cet aspect là.

Est-ce que vous avez tous pu mener à bien vos projets ?

Yves : On a fait une création par an, ce sont des spectacles qui ont plus ou moins tourné. Par exemple le premier qu’on a donné ici était un travail autour des bandes audio des longs métrages de Jacques Tati, et c’est un programme dont on a fait environ 70 dates, ce qui est quand même pas mal. C’est vrai que tous les projets n’ont pas forcément autant tourné mais on a pu faire tout ce qu’on voulait.
Bojan : Je crois que j’ai joué avec tous les musiciens du coin.
Franck : Ouai avec Yves on a même joué à la crèche. T’as fait la crèche toi Bojan ?
Bojan : J’ai fait prison, lycée agricole…
Franck : Est-ce que t’as fait la crèche ?
Bojan : Non j’ai pas fait la crèche…
Franck : Et bah nous on a fait la crèche. (Rires)

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Neil Saidi

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