Musique

Jazz in Marciac : Day One

Jazz in Marciac : Day One

30 juillet 2011 | PAR Neil Saidi

On nous avait annoncé une soirée inaugurale de folie pour cette 34ème édition du festival Jazz in Marciac, eh bien nous n’avons pas été déçus !

 

En cette première journée de festival, le village de Marciac accueille les visiteurs dans une ambiance gaie et chaleureuse, de nombreux stands et terrasses ont été installés pour l’occasion sur la place centrale et le long des ruelles avoisinantes, on y trouve des objets de toutes sortes, des masques africains, des chapeaux (un stand qui aurait sûrement plu à Monk), des livres, des CD, des vêtements, et même… des saxophones en bois ! C’est l’occasion également de déguster les spécialités culinaires de la région, mais pas uniquement, la cuisine du monde est très bien représentée ici à Marciac, Antilles, Maghreb, Corse, de quoi satisfaire nos papilles. Sur la place est également installée une petite scène où se déroulent des concerts gratuits pendant l’après-midi. Et qui retrouvons-nous ? Pianiste omniprésent sur la scène parisienne, vous pouvez l’écouter presque tous les soirs de la semaine dans un club de la capitale accompagnant un groupe différent, c’est bien sûr… Alain Jean-Marie !

Il est 20h55, le chapiteau est bondé, le public comme les organisateurs sont excités, dans quelques minutes démarrera cette 34ème édition, nous sommes impatients de voir, ou plutôt d’écouter, ce que les artistes nous ont concocté. C’est un programme très varié que nous ont proposé le guitariste-chanteur Raul Midon et son confrère bassiste, également chanteur, Richard Bona. Ces deux derniers viennent d’entamer une tournée estivale aux Etats-Unis et en Europe. Un court rappel sur leur parcours s’avère utile.  Raul Midon est aveugle de naissance, il consacre sa vie à la musique. Son style brasse, comme on a pu le voir ce soir, de nombreuses influences (jazz, musiques latines, soul, R&B). Il a travaillé avec des stars de la pop latino comme Shakira ou Ricky Martin, mais aussi avec des musiciens de jazz comme Marcus Miller. Richard Bona a grandi au Cameroun, il monte son premier orchestre à l’âge de 13 ans à Douala et découvre Jaco Pastorius, puis il émigre vers l’Allemagne et par la suite vers la France où il étudiera la musique. Il a joué avec Mike Stern, Pat Metheny, Michael et Randy Brecker et maints autres musiciens. Il entame en 1999 une carrière de chanteur et de compositeur. Richard Bona interprète ses propres chansons, son style original le fait échapper à toutes les catégories musicales. Les musiciens nous ont d’ailleurs interprétés ce soir une ballade composée par le bassiste, intitulée « Bemba Mama », Richard Bona chante dans sa langue. Une ballade, calme et apaisante, qui a fait voyager le chapiteau pendant quelques minutes. Le groupe enchaîne avec un morceau de Raul Midon intitulé « Don’t Be a Silly Man », une composition originale plutôt soul music, qui l’air de rien, est écrite en 7 temps. Encore un morceau de Raul Midon, « Waited All My Life », la voix du guitariste-chanteur est extraordinaire, rien à voir avec les pseudos chanteurs de R&B qui connaissent parfois un succès déraisonnable. Raul Midon est un musicien complet et hors du commun.  Il chante ses solos de guitare en même temps qu’il les joue, Richard Bona en fait de même d’ailleurs. Les deux musiciens dialoguent en s’échangeant des phrases à la fois chantées et jouées, tout ça à un tempo d’enfer bien sûr. Nous avons également droit à un solo détonant de batterie de Monsieur Terreon « Tank » Gully. Le batteur aura eu son moment de gloire au cours de la soirée. Après ce solo pêchu, place au calme et à la tranquillité. Richard Bona nous interprète une pièce chantée, A Capella, dans sa langue d’origine. Il s’envole vers le suraigu avec une aisance époustouflante, une performance vocale digne d’un Bobby Mc Ferrin ! Alors que l’on pense que c’est terminé, il continue en s’enregistrant et en superposant plusieurs voix, exactement comme la chanteuse coréenne Youn Sun Nah dans sa version live de Calypso Blues (que vous pouvez écouter en cliquant ici). Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Lors du morceau suivant, c’est Raul Midon qui va nous montrer l’étendue de son talent (dont on ne doutait pas). Dieu a offert à Raul Midon de jouer de la trompette avec sa bouche, il en imite les inflexions, les articulations et le timbre à merveille. De plus son talent de chanteur lui garantie un sens de la justesse incroyable. Comme lors des morceaux précédents, il joue les mêmes lignes mélodiques que celles qu’il chante, à la guitare. Mais là, c’est encore mieux, il chante ce qu’il joue à une hauteur différente (et pas une octave, ça serait trop simple !), il réalise une deuxième voix en quelque sorte, et tout ça au cours d’un solo improvisé. Chapeau l’artiste ! Comme si cela ne suffisait pas, il passe aux percussions, pendant que Richard Bona improvise. Sommes-nous en train de rêver ? Raul Midon, qui s’était mis aux percus, repasse à la guitare. Seulement on entend toujours le son des percussions… c’est parce qu’il joue les deux en même temps ! Il joue de la guitare à une main en frappant sur les cordes, et des percussions de l’autre ! Cerise sur le gâteau, un petit solo de trompette buccale ! On commence à douter de son origine terrienne. Un concert génial qui a enflammé le chapiteau.

 

C’est au tour du All Stars Band, Return To Forever de mettre le feu ce soir. Nouvelle mouture du groupe mythique de jazz fusion créé par le pianiste et claviériste Chick Corea dans les années 70, ce quintette, reformé en 2008 après des apparitions épisodiques, réunit quelques grands noms du jazz rock : le violoniste Jean-Luc Ponty, le bassiste Stanley Clarke, qui figurait dans la formation originelle, le guitariste Franck Gambale et le batteur Lenny White.  Après que toutes les balances et réglages nécessaires ont été faits, le public regagne sa place. Ca commence fort, les cinq musiciens nous annoncent la couleur, ce soir on va faire péter les décibels, oreilles sensibles s’abstenir. Des morceaux très rock-fusion, avec des performances exceptionnelles de chacun des musiciens. Les musiciens alternent avec un jazz plus acoustique, Chick Corea au piano plutôt qu’au synthé, Stanley Clarke à la contrebasse plutôt qu’à la basse, Jean-Luc Ponty au violon acoustique plutôt qu’électrique, de même pour Franck Gambale à la guitare. Stanley Clarke est impressionnant, il réalise un solo de « ouf » (oui de « ouf », c’est le mot !) en slap à la contrebasse, en frappant les cordes avec le pouce et le petit doigt de sa main droite, dans le même mouvement que font les Miss France pour saluer, vous voyez ? Je vous prie de me pardonner de comparer Stanley Clarke à Miss France, moi même j’en ai honte, cette image sert uniquement à faciliter la description ! On a pu aussi apprécier certaines compositions du maestro Chick Corea. Tout d’abord « Romantic Warrior », la composition de Corea préférée du violoniste Jean-Luc Ponty, puis « Spain » (nous l’attendions tous je crois). Stanley Clarke a fait vibrer les cordes de sa contrebasse à l’aide de son fidèle archet, ce qui est assez rare dans les concerts de jazz. Chick Corea, pendant son solo sur Spain, fait chanter le publique avec lui, et le public de Marciac est très réactif ! Chick augmente petit à petit la complexité mélodique des phrases jusqu’à ce que le public ne puisse plus suivre. Le filou ! Standing Ovation exceptionnelle pour le quintette, qui comme le veut la tradition est revenu sur scène pour jouer un dernier morceau face à une foule déchaînée (c’est un concert de jazz, donc déchaîné signifie debout et en tapant des mains). Chick Corea joue debout, Stanley Clarke lève le bras vers le ciel telle une Rock Star, Jean-Luc Ponty fait surchauffer les cordes de son violon, les baguettes de Lenny White sont prêtes à se fendre, et les cordes de la guitare de Franck Gambale vivent sûrement leurs derniers instants ! Un moment inoubliable.

Le Jazz continue de résonner dans les rues Marciac, tous les soirs une Jam Session est organisée dans le club du village. La nuit va être longue…

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Neil Saidi

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