Musique
Jazz in Marciac : Day Two

Jazz in Marciac : Day Two

31 juillet 2011 | PAR Neil Saidi

Pour cette deuxième soirée de festival le chapiteau accueille deux virtuoses de la guitare, John Scofield ainsi que John McLaughlin.

 

Après un passage au Berklee College of Music de 1970 à 1973, John Scofield débute sa carrière auprès du saxophoniste Gerry Mulligan et du trompettiste Chet Baker. Il enregistrera plus tard avec des musiciens comme Charles Mingus, Gary Burton, Dave Liebman, Miles Davis, Joe Lovano, Pat Metheny ou Bill Frisel. Pour ouvrir cette soirée, John Scofield s’est entouré de partenaires de choix, le pianiste Mulgrew Miller, qui n’en est pas à son premier passage à Marciac, le contrebassiste Scott Colley et le batteur Bill Stewart, qui jouent depuis des années avec les plus grands. Ce soir, les quatre musiciens ont été à la hauteur  de nos attentes. Nous avons eu droit à des compositions du guitariste et à des standards. Après avoir présenté les musiciens John Scofield nous annonce une de ses compositions, inspirée par la musique de John Coltrane, notre maître à tous. Lorsqu’il joue, son visage est très expressif, sa bouche et sa langue se tordent de mille manières. Igor Stravinsky parlait d’ailleurs de « l’intérêt que représente pour le spectateur la visibilité des instrumentistes ( …) J’ai toujours eu horreur d’écouter la musique les yeux fermés, sans une part active de l’œil ». Le guitariste poursuit avec un long solo non accompagné, très aéré, aérien également. On écoute son solo comme on visite un musée, John Scofield est notre guide. Il nous présente les lieux, les œuvres. Parfois il s’attarde, puis impose un long silence, nous laisse réfléchir à ce qui vient d’être dit, ou pas. Après cette visite très agréable, le quartet enchaîne avec « Steeplechase », un standard du Be-Bop composé par Charlie Parker. Le pianiste Mulgrew Miller est sur son terrain de jeu favori, sur les écrans géants on peut voir ses mains en gros plan, glisser sur le clavier. C’est ensuite le batteur Bill Stewart qui se lance dans un solo. Le Quartet joue d’autres compositions du guitariste, « Simply Put », une très belle ballade, « The Guinness Spot », un morceau composé en Irlande lors du Belfast Festival, également un très beau morceau en 5 temps dont nous n’avons pas réussi à identifier le titre, qui nous a évidemment fait penser à « Take Five ». Pour passer un bon moment musical entre amis, c’est très simple. Munissez-vous d’un John Scofield (condition sine qua non, il n’existe pas de substitut à ce jour), ajoutez une rythmique où se marient richesse des nuances d’un Bill Stewart et vibrations pénétrantes d’un Scott Colley. Harmonisez le tout avec les mains expertes d’un Mulgrew Miller, laissez opérer la magie, et savourez !

 

Pour la deuxième partie de soirée, c’est le quartet de John McLaughlin qui prend le relai. Gary Husband aux claviers et à la batterie, Etienne M’Bappe à la basse, et Ranjit Barot à la batterie. John McLaughlin est un des guitaristes phares des dernières décennies. Il a traversé plusieurs courants du jazz et a joué un rôle actif dans l’émergence du jazz fusion, en intégrant à sa recherche musicale des éléments hétérodoxes extra-occidentaux, il s’est notamment livré à un véritable travail d’appropriation des musiques indiennes. En 1970 il enregistre l’album Bitches Brew avec Miles Davis, puis fonde le Mahavishnu Orchestra la même année. En 1979, il crée avec Jaco Pastorius et Tony Williams le groupe Trio of Doom . Au début des années 80, naît un trio de guitares dans lequel John McLaughlin est accompagné d’Al Di Meola et de Paco De Lucia. Ce soir, le quartet nous a interprété des compositions, anciennes ou plus récentes. L’une d’elle, « The Unknown Dissident, date de 1978. Le quartet nous a également présenté une composition du bassiste Etienne M’Bappe intitulée « Recovery », un morceau énergique joué à un tempo d’enfer, sur lequel le bassiste a fait preuve d’une virtuosité hors du commun (entre Richard Bona hier et Etienne M’Bappe ce soir, nous sommes servis !). Le claviériste Gary Husband est également batteur, et il nous offre avec Ranjit Barot un duo détonnant à deux batteries, comme on les aime. Gary Husband a aussi gâté nos oreilles lors d’un de ses solos au synthé, avec un son de voix humaine, Herbie Hancock utilise ce son dans une version live de « Cantaloupe Island » avec le saxophoniste Chris Potter. (Pour l’écouter, cliquez ici).

 

Après ces deux concerts, nous rejoignons l’Atelier, le club de Jazz de Marciac. Se produisait ce soir le trio de la batteuse Anne Pacéo, « Triphase ». Le contrebassiste Joan Eche-Puig reste sur la scène pour l’ouverture de la Jam. Un peu plus tard il est rejoint par le batteur Philippe Soirat, puis par un pianiste. Devinez lequel ? Il joue très souvent avec Philippe Soirat, ensemble, ils ont accompagné Benny Golson au Duc des Lombards à l’occasion de son 80ème anniversaire en 2009. Ce pianiste répond bien sûr au nom de… Alain Jean-Marie ! Décidément, cet homme est partout. Ce fut en tout cas une Jam Session très agréable, nous avons même pu y participer !

Demain, très belle soirée en perspective, Joshua Redman et Brad Mehldau, suivis du trio de la pianiste japonaise Hiromi, avec le bassiste Anthony Jackson et le batteur Simon Philips.

 

Ohane Dourian et Neil Saidi

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