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[Interview] Alex Gopher, les copains d’abord

[Interview] Alex Gopher, les copains d’abord

05 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Alex Gopher n’a jamais arrêté de bosser depuis le tube The Child réalisé par la boite de com’ H5  qui est actuellement à la fête à la Gaité lyrique dans une exposition dont le musicien signe l’ambiance. A l’heure aussi où la French Touch est un sujet d’exposition, ses pochettes sont épinglées aux Arts Décos. Alex Gopher est l’un des papas de ce courant éléctro. Une histoire de potes avant tout au cœur d’un studio où trônent les beaux instruments.

Je voulais vous parler de Motorway dont vous venez de signer la BO. Le film est très peu diffusé, comment cela s’est produit ?

Xavier Jameaux avec qui j’ai signé cette BO est un musicien et ami de très longue date. On se connait depuis le collège. Il a lui-même été batteur dans le groupe Orange qu’on avait monté avec ceux qui allaient devenir Air (Jean-Benoît Dunckel et de Nicolas Godin). Depuis, on se côtoie tout en ayant des carrières parallèles. Il a commencé à faire une BO pour Tokyo Eyes. Petit à petit, il a commencé à travailler pour Johnnie To. Il est devenu son musicien attitré. Il a fait des dizaines de BO pour lui. Pour Motorway, toujours produit par Johnnie To, réalisé par Soy Chang. Le réalisateur voulait une bande son plus électronique, c’était l’époque où sortait le trailer de Tron avec la BO des Daft Punk. Sans doute ont-ils été inspirés. Xavier était heureux de pouvoir travailler en électro, l’occasion pour nous deux de nous retrouver. J’étais très excité aussi, je n’avais jamais fait de BO.

Comment avez-vous travaillé ?

On travaille avec eux à distance. Ils sont à Hong Kong. On n’a pas été là-bas. Tout se fait par email. On a reçu un pré-montage, sans les effets spéciaux. Ils tournent à la façon de la Nouvelle Vague sans preneur de son. Du coup, ce n’était pas facile. Les sous-titres étaient lapidaires et sans les effets il y avait beaucoup de choses qu’on ne voyait pas. Cela posait des problème de compréhension.

En écoutant l’album, on a une sensation de douceur, or ce que vous racontez souligne plutôt de la violence.

La première fois que j’ai vu le film, je me suis dit qu’il manquait de violence. Il n’y a pas le côté film d’action américain. On était partis sur une musique plus agressive et les producteurs nous ont recadrés, nous disant qu’ils voulaient créer des ambiances. Ils ont remanié le film. Au final on a fait beaucoup de musiques, assez pour faire un joli disque.

Cela crée quelque chose d’étonnant, la musique est plus facile à trouver que le film !

Oui, le film est très mal distribué en France. Tout ce que je sais c’est que le distributeur, Wild Side a décidé de ne pas le sortir en salles, il est passé au festival de l’Etrange, mais il sortira uniquement en DVD.

On va quitter le cinéma pour  basculer sur les expositions. Vous signez l’ambiance sonore de l’exposition Hello H5 à la Gaité lyrique.

C’est vraiment une histoire de potes. Cela vient d’une longue histoire. H5 étaient des graphistes débutants à l’époque où on était des musiciens débutants. Ce sont eux qui ont fait toutes les pochettes d’album du label Solid, notamment la pochette Super Discount. On a fait un clip, The Child qui a eu un énorme retentissement. A partir de là, Antoine Bardou-Jacquet qui l’avait réalisé est devenu un réalisateur de pub extrêmement reconnu. On travaille souvent ensemble. Quand Ludovic Houplain a été contacté pour faire une expo à la Gaîté lyrique, il m’a proposé d’illustrer les images de l’exposition. D’habitude, ce sont les graphistes qui se mettent au service de ma musique et là c’est l’inverse.

Il a été difficile de trouver la couleur sonore. Au début j’ai proposé quelque chose d’assez vulgaire et on s’est dit qu’il fallait un son très classe, universel, qui soit bien en résumé ! On s’est inspiré de ce qu’avait fait mon autre pote Mr Oiseau pour Levi’s. Il a choisi un titre et on  a décliné en fonction des salles.

Il y a une exposition sur la French Touch aux Arts décos , qui déçoit. Qu’est devenue la French Touch aujourd’hui ? Qu’est ce que cela vous fait d’être exposé ?

C’est vraiment une exposition sur le graphisme. Je la trouve décevante car elle ne rassemble que des pochettes de disques et on entend très peu de musique. Je trouve que cela n’élève pas assez le niveau.

Sur ce qui est devenu le mouvement, il a jailli dans les années 90 pour s’effacer dans les années 2000 et revenir aujourd’hui via l’underground. C’est la naissance de Justice et des labels comme Ed Banger, Kitsuné.

Aujourd’hui, la scène remoise éclate. Je pense à Yutsek, Brodinski, The Shoes…

Ce qui’a fait changer notre mouvement, c’est la perception de la musique électronique dans les médias. A l’époque où on a créé Solid avec Etienne de Crecy on s’est fait jeter par les maisons de disques. Il y a eu une vraie existence dans le public et dans la presse. C’est la première fois qu’un mouvement français amenait une vague sans les majors, hors musique française. Mais, tout commence en Angleterre, ensuite cela revient en France. Il reste une mauvaise image des musiciens ici, on n’est pas avant-gardistes. On a souvent besoin d’entendre dire par les Anglais et les Américains c’est super avant d’écouter.

Vous y voyez  plus une continuité ou  un esprit vintage ? Vous utilisez beaucoup d’instruments.

Il y a une filiation, une continuité. C’est vrai que j’utilise un synthé vintage, j’aime le contact physique avec les instruments. Cela a une âme que je ne trouve pas dans les logiciels, dont je me sert aussi. Même quand je fais un disque instrumental je ne veux pas perdre l’humain.

Vous avez déjà composé pour le spectacle vivant ?

Cela ne m’a jamais effleuré l’esprit car on ne me l’a jamais proposé. Ce qui m’intéresse c’est le studio, je suis un passionné du studio, je suis un amoureux de la création. Je n’aime pas trop le live. Je prends du plaisir parce qu’il est partagé mais il ne vient pas du fait de rejouer quelque chose. Mais illustrer une nouvelle œuvre de théâtre, cela pourrait être formidable. Quand j’avais vu Air le faire avec Preljocaj j’avais très envie de me prêter à l’exercice.

Quels sont vos projets ?

Le Hello inc qui va avec l’expo vient de sortir sur Itunes, avec des remixes de St Michel, Dj Falcone..

Un second single viendra fin 2012 et l’album sortira début 2013.

 

 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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