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Hellfest 2018, Jour 1 : A Perfect Circle, Judas Priest, Crowbar …

Hellfest 2018, Jour 1 : A Perfect Circle, Judas Priest, Crowbar …

23 juin 2018 | PAR La Rédaction

Un grand ciel bleu dégorge son soleil sur les ticheurtes noirs en horde, fait rougir les nez et les épaules : le Hellfest 2018, qui ouvre au solstice d’été, premier jour de la saison, déborde de joie estivale.

Carnaval de tenues excentriques, des plus gothiques aux plus fantasques, l’interminable flux de rires et de rots, débordement infini de guitares obèses et de riffs en dentelle, ce qui est devenu le plus grand festival metal d’Europe est tout à la démesure. Démesure de l’affiche qui, d’année en année, concentre en trois jours une ribambelle d’artistes de rayonnement mondial ; démesure du site qui, comme un monstre avide, n’en finit plus de croître en superficie et en nombre. 60 000 spectateurs seraient attendus chaque jour. Au-delà des campings multitudinaires, tout hérissés de drapeaux d’un peu partout – Mexique, Chili, Corée du Sud, Etats-Unis, Irlande, Galles, Espagne, Catalogne… – qui ceinturent l’espace festivalier, voitures et tentes et camping-cars se sont installés partout où il demeuraient quelques mètres carrés, sur des champs environnants, dans des recoins de chemins qui serpentent parmi les vignes. Vignes qui, d’ailleurs, font office d’allègres pissotières, ce qui, au vu de l’état de délabrement d’une terre sèche comme un coeur de technocrate par faute sans doute des pesticides, n’est sans doute pas si malvenu.

Le programme est copieux, un banquet musical, une orgie même : 159 groupes en trois jours, ventilés sur six espaces, c’est-à-dire par familles de genres musicaux. À la WarZone, punk, hardcore et apparentés ; à la Valley, doom, stoner, sludge ; au Temple, black metal, folk metal ; côté Altar, death metal, grindcore. Et, les immanquables Main Stage 1 et 2, qui reçoivent le metal plus « classique »… et les géants, taillés pour des scènes à leur (dé)mesure. Ce vendredi, en matière de colosses, c’est évidemment Judas Priest qui était à l’honneur. Un set prodigieux, avec deux jeunes guitaristes qui ont enchaîné des prestations de pur brio, en particulier Richie Faulkner, si jubilant qu’il en a quelque chose de bonimenteur, et un chanteur de 66 ans – Rob Halford – qui continue à justifier son surnom de « God of Metal » avec une voix qui n’a rien perdu de sa superbe. Évidemment, tout l’essentiel d’un répertoire de près de cinquante ans de heavy metal y est passé, des immanquables Another Thing Coming à Paikiller.

Au rayon des attendus, Hollywood Vampires, avec le trio Alice Cooper – Joe Perry (guitariste d’Aerosmith) – Johnny Depp. La présence de l’acteur en laissait beaucoup sceptiques, comme si tous voyaient dans sa célébrité un passe-droit qui demandait à être justifié. Chose faite, avec à la clé une belle reprise du Heroes, de feu David Bowie, et un School’s Out d’Alice Cooper chanté à tue-tête par la foule.

L’abondance de groupes, la longueur d’un programme qui s’étire de 10h30 jusqu’à 2h05, la surabondance d’alcool, la lenteur des mouvements, l’éloignement du camp, font un programme morcelé : impossible pour l’heure de visiter la ville de Clisson ni, dans le festival, la WarZone, et diverses zones qui sont autant d’univers à l’esthétique très travaillée. Bien sûr, on dira – à raison peut-être – que l’espace HellCity Square, un village de commerces, c’est Disney ; bien sûr, on entendra les sarcasmes à l’endroit d’un festival devenu démesuré, commercial, etc. De toute façon, on prend la mesure dans un événement comme le Hellfest que la rébellion se joue, comme partout, sur fond hégémonique d’une économie de marché qui en fait un produit parmi d’autres, un conformisme parmi d’autres. Et après ? Ce n’est pas le temps de Guy Debord, pas le temps de la pensée, mais d’un relâchement immense, ici exultant dans la fureur des guitares de groupes qui jettent tout dans la bataille, honorés d’être invités à un pareil événement, et ailleurs gueulant à tue-tête le tube kitsch Final Countdown d’Europe, revenant du hair metal au set tout de même assez convaincant.

Sous la tente Valley, Eyehategod et Crowbar ont craché leur sludge metal massif, linéaire, le dernier ponctuant le set de l’inévitable Planets Collide. Au rayon des « grands noms », côté punk, Burning Heads et Bad Religion, côté death/grind, Napalm Death, dont le « chanteur » a tout d’un gentil papa mais qui sur scène est d’une puissance bestiale prodigieuse ; et puis Meshuggah, et puis Corrosion of Conformity, etc. À ceux qui disent que le Hellfest est devenu une grosse machine sans âme, ce qui serait un autre débat, il faut bien se rendre à cette évidence que rares sont les occasions de voir autant de groupes d’un pareil niveau pour 200 balles, l’équivalent de quoi? Cinq à huit concerts?

Trêve de blabla, c’est surtout le merveilleux concert d’A Perfect Circle, enfin reformé après quasiment quinze ans d’hiatus, qui a marqué ce premier jour, pour un atterrissage tout en délicatesse, loin des rives du metal au sens que les non-initiés lui attribuent (brutalité frontale et sans nuance). Une splendide mise en bouche avec Count Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums, un Weak and Powerless et quelques rares chansons de leurs deux premiers albums, puis une bonne partie de nouvelles – très bonnes – chansons, d’un contenu poétique et critique d’une épaisseur de pensée et d’une finesse de composition qui place ce groupe mené par le chanteur de Tool, Maynard James Keenan, ont donné lieu à un concert parfait. Rehaussé, qui plus est, par de subtils jeux de lumière et une mise en scène qui tire vers les arts visuels – et une performance d’art total. On aurait aimé quelque chose de cet acabit pour la performance, plus tôt, de Steven Wilson, l’homme de Porcupine Tree, qui jouait son son nom un concert de rock entre prog et psychédélique, sur une scène trop grande pour une musique qui mérite une atmosphère plus recueillie sans doute.

Bilan des courses : un nez rougi, un foie musclé, des jambes usées d’allers-retours de plusieurs kilomètres, une orgie de décibels et des zones encore non explorées sur le terrain du festival – ce qui sera la mission des deux derniers jours.

visuels et texte : Mikaël Faujour.

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