Musique
Feu! Chatterton rêve d’un monde nouveau

Feu! Chatterton rêve d’un monde nouveau

15 mars 2021 | PAR Laura Rousseau

Après deux disques d’or, le groupe aux sonorités poétiquement rock and roll, revient avec un troisième album « Palais d’Argile » aux tessitures électros . 

Sorti le 12 mars 2021 chez Caroline/Universal, le nouvel album de Feu! Chatterton, Palais d’Argile confirme le talent du groupe. Il tient la promesse parfaite entre un rock survolté et une musique électronique hypnotique. Arnaud Rebotini aussi à l’aise avec les synthétiseurs qu’avec les guitares assure la production et Nk.F, s’occupe du mixage. A la fois rétros, modernes et puissantes, les compositions revisitent avec brio la guitare électronique et la batterie.

Les titres sont longs, certains excédents cinq minutes. Mais Feu! Chatterton a pensé à tout, et surtout à la composition de l’album, en accordant à son public des moments de respiration avec des sons plus légers comme Panthère ou même planant comme Aux Confins.

Le monde de demain

Les paroles résonnent avec notre expérience depuis maintenant un an de la crise sanitaire. « Un monde nouveau, on en rêvait tous/Mais que savions-nous faire de nos mains » ou encore « Se prendre dans les bras / S’attraper dans les bras / Se prendre dans les bras / Ça on le pouvait. » L’écho évident avec le confinement, n’est en fait qu’une illusion puisque toutes les titres de l’album ont été écrit en 2019, bien avant le coronavirus.

L’album sonne quand bien même comme un cri douloureux à propos de la société. 2019, marquait une toute autre année de crise, une crise sociale avec le mouvement des Gilets jaunes. Arthur Tebour tremble de colère dans Écran Total sur une instrumentale complètement déchaînée : « Le grand président/ sanglots de reptile/ s’adresse aux sans-dents ouais/ bien à l’abri dans son palais d’argile/ avec tous ses descendants »

Des humains désenchantés

Finalement, le fil rouge de l’album concerne le numérique et notre rapport addictif aux écrans. Feu! Chatterton nous plonge dans un nouveau monde en décrépitude, sombre et morose, dénué de contact social réel, où l’on redoute la perte du sentiment humain. Dans Cristaux liquides, ils nous content une histoire d’amour « Je caressais ton visage sur mon écran tactile » « Derrière mon écran, mon écran total, je perdais les pédales ». Ce monde pas si futuriste, torturé par les difficultés relationnelles et la solitude, nous rappelle le film Her de Spike Jonze.

Toutefois, sous ses airs tragiques, la vérité n’est pas si triste, mais plutôt nostalgique et surtout consciente. Dans cet album, on y parle de futur, de déceptions, et d’échecs comme les éléments inévitables d’une vie, que l’on se doit d’accepter. Il se fait le reflet d’un sentiment de perte de repère que chacun subit finalement à un moment de son existence, qu’il faut donc dédramatiser avec ironie et légèreté.

Une poétique indéniable

Les textes poétiques font l’identité du groupe. Arthur Teboul exerce plus que jamais un rock littéraire et lettré impressionnant, et emprunte aux plus grands. Il puise dans la poésie d’Apollinaire et Baudelaire et reprend “Compagnons des mauvais jours” de Jacques Prévert. Le poème « Before the World », de William Butler Yeats devient Avant qu’il n’y ait le monde, traduit par Yves Bonnefoix. L’expérience était périlleuse et ambitieuse mais surtout elle est réussie, et haut la main. Les paroles sont belles et lapidaires, d’une efficacité habituellement rarement aussi simple. D’un titre à l’autre, les mots nous baladent sans soucis à travers des va-et-vient incessants entre passé et présent, et entre regrets et promesses.

Visuel : Pochette de l’album Palais d’Argile de Feu! Chatterton

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Laura Rousseau

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