Musique

Festival Présences (3) : week-end à géométrie variable

Festival Présences (3) : week-end à géométrie variable

12 février 2020 | PAR Gilles Charlassier

Après un concert d’ouverture sous la baguette de George Benjamin, compositeur auquel l’édition 2020 de Présences est consacrée, le week-end du 8 et 9 février propose, outre un concert de pièces vocales, un panorama de formations à géométries variables.

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Avant le concert avec le Choeur de Radio France, le soir à 20 heures au Studio 104, l’Auditorium décline, avec les Diotima, les potentialités du quatuor à cordes, seul ou rejoint par les quatre musiciens du Paris Percussion Group, sous la houlette de leur chef, Julien Leroy. La première française du Quatuor à cordes de Tom Coult, Britannique d’une trentaine d’années, fait entendre une évidente maîtrise de la décantation, dans le classique cadre formel en quatre mouvements. Si l’économie des effets ne dévoile pas de terrains sonores inédits, l’artisanat se révèle inspiré et réserve de délicats chatoiements qui ne cède jamais aux postures idéologiques. Le vaste Sogni, ombre e fumi de Tristan Murail invite à une immersion dans la matière musicale et témoigne de l’esthétique dite spectrale dont le compositeur français est l’un des fondateurs. Commande de Radio France donnée en création mondiale, Sintonía, quatuor à cordes n°3 d’Oscar Bianchi, Italien né en 1975, explore, en partie dans la lignée de l’héritage spectral, les diffractions harmoniques des textures instrumentales. La rupture d’une corde du premier violon des Diotima, sans doute trop sollicitée par la partition, ne saurait altérer la belle consistance des aplats sonores d’une pièce qui se distingue d’abord par un geste musical singulier. Quant à Selene (Moon Chariot Rituals) d’Augusta Read-Thomas, Américaine née en 1964, donné pour la première fois en France, le dialogue des cordes avec les percussions façonne, avec des moyens explicites, un kaléidoscope de séquences enlevées aux allures de cartoon.

Le menu roboratif du dimanche commence avec un récital d’orgue dans l’Auditorium, à 14h30, sous les doigts de Thomas Lacôte, titulaire de la tribune de l’église de la Trinité. C’est cependant un duo de cors spatialisé qui ouvre le concert, Accords perdus, de Gérard Grisey, autre figure fondatrice du courant spectral. Répartis sur deux balcons latéraux opposés, les deux instruments développent la fascinante entropie d’une émulation imitative, selon une dramaturgie bien calibrée. Après The fifth Hammer où Karol Mossakowski rejoint le compositeur pour un quatre mains organistique aux textures foisonnantes, Thomas Lacôte livre, avec les deux cornistes David Guerrier et Hugues Vallon, la commande qu’il a reçue de Radio France : La voix plus loin inscrit les ponctuations des cuivres dans la continuité du tissu harmonique de l’orgue, avec un sens de la plasticité de la matière sonore, modelée avec une délicatesse sensible. L’imposante Messe de la Pentecôte de Messiaen confirme la palette expressive du compositeur-interprète.

Au 104 à 16 heures, le Trio Catch (clarinette, violoncelle et piano) ouvre son programme avec la première française de Pièges de neige de Mikel Urquiza, Espagnol né en 1988 pensionnaire cette année à la Villa Médicis. Avec un instinct du plaisir immédiat et de la clarté formelle, les cinq miniatures déclinent les manipulations instrumentales attendues de l’avant-garde, sans sacrifier la cohérence du recueil et les affinités d’un langage à l’apparence hétéroclite. Les deux créations mondiales, commandes de Radio France, qui suivent, Hop du quadragénaire Dai Fujikura, et Février de Lisa Illean, née en 1983, offrent un contraste entre savoir-faire dans les effets et douceur étale. C’est cependant la dernière pièce, Sanh, de Christophe Bertrand, compositeur disparu il y a dix ans, à 29 ans seulement, qui affirme l’inspiration et la maîtrise les plus accomplies, dans une évolution de la matière thématique et rythmique à l’unité irradiante.

Dernier rendez-vous de ce premier week-end, soutenu par Diaphonique, fond franco-britannique pour la musique contemporaine qui célèbre ses dix ans, le London Sinfonietta défend, à l’Auditorium à 18 heures, outre deux commandes de Radio France, deux pages d’un de leurs directeurs musicaux, Oliver Knussen, qui nous a quitté il y a deux ans. Song without voices, en ouverture, témoigne d’abord de l’art d’un chef d’orchestre dans les alchimies des couleurs, quand, au retour de l’entracte, la Sonya’s lullaby, pour piano solo opus 16, sous les doigts de Florent Boffard, a l’allure d’une estampe agréable à l’écoute. Si le dispositif déambulatoire de la partition de Two and Six de Christopher Trapani, Américain né en 1980, où deux duos, de deux clarinettes et deux flûtes, se relaient dans un monochrome extatique, confine à l’installation musicale, c’est le [Re]cycle pour ensemble de David Hudry (né en 1978) qui révèle le talent le plus original et inventif de la soirée, avec une polychromie jubilatoire de tous les paramètres du son, en une virtuosité sans répit aucun, mais sans gratuité non plus. Quant au At first light de George Benjamin en conclusion du concert, les musiciens britanniques en font ressortir le remarquablement cisèlement dans une lecture précise et sans austérité.

Festival Présences Radio France, concerts des 8 et 9 février 2020

©affiche du festival

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Gilles Charlassier

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