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Agrippine orpheline : Claire Bretécher est morte aujourd’hui

Agrippine orpheline : Claire Bretécher est morte aujourd’hui

11 février 2020 | PAR Hortense Milléquant

Notamment connue pour avoir créé des personnages comme Agrippine ou les Frustrés, Claire Bretécher est décédée le 11 février 2020, à l’âge de 79 ans.

 

Ses vingt premières années

Née le 17 avril 1940 à Nantes dans une famille catholique bourgeoise, la petite Claire commence très tôt à dessiner pour tromper l’ennui, dit-elle. Elle monte à Paris au tout début des années 60 pour fuir une ville qu’elle n’aime pas. Là-bas, elle place des illustrations dans différents journaux du groupe Bayard, avant de rencontrer René Goscinny. Elle raconte qu’« il était très timide et courtois. Tout de suite, il m’a passé commande d’un truc ¬– que j’ai d’ailleurs raté. ». En 1963, le père d’Astérix l’invite en effet à dessiner son Facteur Rhésus, épopée d’un héros postal, dans L’Os à moelle. Claire Bretécher collabore à diverses parutions, telles que le journal Tintin. Plus tard, elle crée la série Baratine et Molgaga pour le mensuel Record. Puis à la fin des années 60, le journal Spirou l’accueille pour notamment la série Les Gnangnan ou Les Naufragés, dont le texte est signé Raoul Cauvin.

 

À partir des années 70 : un auteur de bande dessinée majeure

Puis dans les années 70, elle dessine notamment pour le magazine Pilote les aventures de Cellulite et ses futures Salades de saison. En 1972, Elle participe également, avec ses amis Gotlib et Mandryka, à la création de L’Écho des savanes. Cela préfigure ses inoubliables Frustrés. L’année suivante, elle est sollicitée par la presse dite chic : elle collabore avec Le Sauvage pour lequel elle imagine Le Bolot occidental, et avec Le Nouvel Observateur où elle invente une planche hebdomadaire, bientôt intitulée La Page des Frustrés.

Au fur et à mesure, ses histoires se font plus acides et son humour plus féroce.

C’est également à cette époque qu’elle décide de se lancer dans l’autoédition. Le premier recueil des Frustrés est publié en 1975, c’est un succès : le prix du scénariste français du festival d’Angoulême 1976. La série connaît le même engouement et sont traduits en plusieurs langues. Ce premier essai gagnant l’amène à auto-éditer l’ensemble de ses créations durant les trente années suivantes.

En 1983 Claire Brétécher se marie avec Guy Carcassonne (1951-2013), un grand juriste français et l’année suivante, ils ont un fils, Martin.

En 1988 elle édite le premier album des aventures d’Agrippine, une sorte de prototype de l’ado ; sept autres suivent ensuite.

 

Au-delà de la BD

Les œuvres de Bretécher vivent au-delà des planches de bandes dessinées, certaines ont été adaptées en dessins animés. Dès 1975, Les Frustrés en onze courts-métrages animés sont diffusés à la télévision française. Puis en 2001, c’est au tour de la série Agrippine d’apparaître sur le petit écran : Canal + la diffuse sous la forme de 26 épisodes de 26 minutes, produits par Ellipse Animation.

La longue carrière de dessinatrice de Claire Bretécher l’a conduite à réaliser des illustrations en tout genre, entre autres, elle participe ainsi à l’affiche de la pièce de théâtre Le Prénom en 2010.

Bretécher participe aussi à l’écriture de deux pièces de théâtre : Frissons sur le secteur notamment avec son amie Dominique Lavanant en 1975 et Auguste Premier ou Masculin-Féminin avec Hather Robb en 1980.

En dehors de la bande dessinée, Claire Bretécher pratique, pour son plaisir, l’art de la peinture, en particulier des portraits en couleur et sans concession. Ses œuvres ont été reprises dans les albums Portraits (Denöel, 1983), Moments de lassitude (Hyphen, 1999) et Portraits sentimentaux (La Martinière, 2004).

 

Un héritage unique

Faisant partie des pionniers de ce genre littéraire, Claire Brétécher va imposer un ton : son regard acéré sur la réalité qu’elle croque avec autodérision. Son dessin faussement simpliste, son graphisme nerveux et précis soutient parfaitement son propos, lucide et sans concession. Elle s’impose ainsi comme la plus grande ‘humoriste-sociologue’ du 9e art. Au point qu’en 1976, Roland Barthes dira qu’elle est la « sociologue de l’année ».
Personnalité hors du commun, connue pour son humour et sa liberté d’esprit, Claire Bretécher a tracé un chemin unique dans la bande dessinée.
Les éditions Dargaud ont annoncé aujourd’hui, 11 février 2020, son décès. Ayant profondément marqué le monde de la BD, ses pairs lui rendent hommage.

 

Hommages

À l’annonce de Claire Bretécher, parmi les anonymes, de nombreux auteurs ont honoré sa mémoire.
Joann Sfar, entre autres créateur du Chat du rabbin, a salué cette grande dame au coup de crayon acéré sur Instagram : « Immense dessinatrice, la seule sans doute à naviguer avec tant de naturel entre bandes dessinées et peinture. Promotrice mesurée de la frisée aux lardons. Une écrivaine immense. Quel manque pour nous tous ».

Dessinatrice et auteur pour enfant, Dorothée de Monfreid, a quant à elle écrit : « Au revoir, Claire Bretécher. Je suis tellement triste. Merci de m’avoir accompagnée pendant tant d’années, de m’avoir nourrie et inspirée. Les frustrés, c’est une des premières bandes dessinées que j’ai lues quand j’étais enfant. Je ne comprenais pas grand-chose, mais ça m’a tout de suite passionnée. Et j’ai tellement aimé Agrippine que je m’habillais pareil. »

Catherine Meurisse qui a été un temps rédactrice à Charlie Hebdo, confie au Parisien que Claire Bretécher est « mon idole et un modèle qui m’a toujours inspiré ». Elle explique aussi que bien que ce soit, à l’époque, l’une des rares femmes dans ce milieu d’homme : « elle refusait de se dire féministe, elle refusait tout militantisme. J’aime cette autre voie possible, admet Catherine Meurisse. C’est peut-être aussi cela la force de Bretécher : elle donnait à voir, mais sans donner de leçons. »

 

 

Visuel : Principal © Photo de Claire Bretécher – éditions Dargaud

              Secondaire © couverture du premier tome des aventures d’Agrippine – éditions Dargaud

 

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Hortense Milléquant

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