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Creative Gallery by Windows 8, un rêve de révolution

Creative Gallery by Windows 8, un rêve de révolution

29 octobre 2012 | PAR Olivier Handelsman

Alors que sort le nouveau système d’exploitation des studios Microsoft orienté cloud computing et appareils portatifs, Windows 8, une exposition en étant prétendument inspirée a investi le sous-sol du Palais de Tokyo, soulevant de nombreuses interrogations et de trop rares coups de cœur.

Qu’arrive-t-il au monde de l’informatique ? Le diktat MacIntoshien du tout-translucide, tout-arrondi et tout-imperméable aurait-il définitivement contaminé les designers d’interface utilisateur du monde entier ? Les idéaux d’efficacité et de cohérence ont-ils ployé devant la bien-pensance aseptisée de Cupertino, assénant comme pensée unique la politique du mur d’applications et l’hermétisme de la propriété intellectuelle ? Le standard Microsoft se serait-il tant affaibli qu’il ait besoin d’imiter ses concurrents pour rester lui-même ?

Windows 8 n’est pas un mauvais OS : malgré le marketing ultra-langue-de-verre-et-d’acier auquel Microsoft (et toutes les grandes compagnies ayant un bon produit à vendre et ayant peur de s’effondrer) nous a habitués depuis onze ans, il y a un avantage à se munir d’une licence-sésame à son téléchargement. La connectivité entre ordinateurs, tablettes et smartphones a été améliorée, le stockage et le partage des données a été simplifié (grâce au passage en « cloud computing », ou mise en ligne massive vers des serveurs sécurisés des informations stockées sur les terminaux privés afin d’en assurer de multiples sauvegardes), et bien sûr le design possède des options de personnalisation et un aspect général relativement agréable. On se souvient tous de la nauséabonde surprise de lenteur et d’impraticabilité que nous a offert Windows Vista, qui prétendait au même descriptif, mais passons.

Y a-t-il pourtant là de quoi réaliser une exposition d’art contemporain ? Rendre un OS sexy donne-t-il le droit d’en parler comme de ce qu’il n’est pas, à savoir une source d’inspiration artistique ? Sans doute pas. Des peintures de fenêtres ultra-simplifiées sous différents angles de Caroline Bénech aux étranges pliages de têtes de zombies au design Vuittonesque de Ludovic Clamens, en passant par le photomaton déformant de Marc Caro, rien ne semble avoir de sens ou de cohérence, malgré les explications détaillées et parfois barbantes fournies sur les œuvres. Il y a pire : l’œuvre d’Ulysse Branchereau, « créateur junior » de 13 ans, relève du résultat d’un cours d’arts plastiques de 6ème, une présentation en 3D compartimentée en cubes ouverts colorés, contenant  des objets de papier représentant le mur d’applications de Windows 8, est la seule à avoir un rapport réel au système d’exploitation.

Quoique : l’application Street art explorer, de l’équipe de la marque Wize & Ope, est évidemment en rapport avec Windows 8. Elle n’a rien d’une œuvre d’art (si l’on fait abstraction du dessin placé derrière son présentoir) mais elle recense de précieuses informations sur le street art parisien et ses auteurs, comme une magnifique base de données pour les geeks urbains. Quelques autres bonnes surprises sont à découvrir, comme l’installation simple et de bon goût d’Iñaki Aizpitarte, relevant de l’humour basque empreint d’amour pour la charcuterie et la dérision des nouvelles technologies. L’installation « Super fluidity » du duo Electronic Shadow est également porteuse d’intérêt : entre jeu d’eau physiquement impressionnant, modélisation et matérialisation des sons en 3D projetés visuellement, cette œuvre pourra vous laisser un souvenir impérissable. Et enfin, la cabine télépathique de Monsieur Untel, à l’ambiance mi-inquiétante mi-loufoque vous fera sourire sans retenue.

Où est le vrai défi artistique global de cette exposition ? Son utilité dépasse-t-elle celle d’une simple publicité ? Indubitablement non. La seule mention de l’existence d’une application « platine de DJ », extrêmement fluide sur tablettes, utilisée par exemple par le célèbre quatuor C2C (photo), aurait sans doute suffi pour instiller une saine curiosité dans l’esprit des Microsophiles. Le battage publicitaire est peut-être la solution à l’invasion grandissante du marché hardware et software par Apple, mais il fait baisser le niveau général d’estime que portent les utilisateurs à Windows avant même sa sortie. Alors que sur le plan légal Microsoft semblait encore espérer profiter d’une politique monopolistique telle qu’il l’a connue au XXème siècle, le géant de l’informatique s’est fait taper sur les doigts par les autorités de préservation de la concurrence européenne (ou Commission européenne).

En effet, Windows 8 ne proposait d’entrée pas de choix quant au navigateur Internet utilisable, imposant Internet Explorer 10 au détriment de ses concurrents Mozilla Firefox, Google Chrome, Safari, Netscape, Opera… Déjà condamné à verser 1,1 milliard de dollars (860 millions d’euro) d’amende par le Tribunal de l’Union Européenne le 27 juin dernier pour avoir refusé de transmettre à ses concurrents suffisamment d’informations sur la structure informatique de ses produits leur permettant de créer des applications compatibles avec leurs OS, Microsoft a derechef rendu ce choix disponible avant la sortie de Windows 8. Une gestion désinvolte, ponctuelle et douteusement sincère qui n’augure que de peu d’espoir de rédemption du monde du logiciel fermé.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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