Classique
Une Damnation de Faust portée par Tugan Sokhiev à la Philharmonie de Paris

Une Damnation de Faust portée par Tugan Sokhiev à la Philharmonie de Paris

19 janvier 2020 | PAR Paul Fourier

L’institution de la Porte de Pantin avait déjà présenté la fresque du compositeur français en 2019. Tugan Sokhiev et l’Orchestre de Paris donnent leur version de cette pièce majeure, atypique et monumentale. Ils sont d’ailleurs, avec les chœurs, les véritables héros de la soirée.

Œuvre étonnante, conçue comme une suite discontinue d’épisodes basés initialement sur le Faust I de Goethe et la traduction qu’en fit Gérard de Nerval, cette épopée dramatique s’impose d’abord par la prééminence de l’orchestre auquel échoit la rude tâche de faire miroiter les multiples facettes de cette partition polymorphe.
La formation chorale – grandiose et occupant une vaste part des gradins d’arrière-scène – campe cette foule, tantôt de soldats, d’étudiants ou d’esprits célestes ou maléfiques. Quant aux personnages individuels, Berlioz s’est limité à trois solistes principaux qui représentent les sommets du triangle de l’errance des deux hommes et de la destruction de leur victime féminine (Faust, Méphistophélès et Marguerite) et à Brander qui interprète la chanson du rat.
À la tête de l’Orchestre de Paris, Tugan Sokhiev démontre son art de parfaits équilibres qu’il impose à ce plateau encombré d’instruments et de choristes.
Il parvient – ce qui constitue une gageure en soi – à promener l’oreille d’une des composantes, qui émerge de ce grand magma musical, à l’autre. Ce travail d’orfèvre s’appuie sur les qualités des instrumentistes et des formations chorales. La direction franche du chef sait se faire sensible pour les scènes intimes, grandiose dans les explosions « berlioziennes » même si ces dernières apparaissent parfois comme trop arides et pas assez libérées, notamment au moment de la finale course à l’abîme.
Seul point noir, presque brutale, la marche hongroise du début sonne par un tempo rapide, d’une sécheresse malvenue, renvoyant cette image dans cette page célébrissime d’un Berlioz trop démonstratif qui peine à respirer.
Tout au long de la soirée, la légèreté des cordes est formidable, par exemple dans le ballet des Sylphes. Les cuivres, les percussions émergent à point nommé de cet océan, comme autant d’acteurs de cette succession de scènes mises en musique.
Quant aux chœurs (des enfants et des adultes de l’orchestre de Paris), ils sont si bien réglés, si bien en phase, que les mots de cet acteur massif nous parviennent dans toute leur clarté.
Le trio de solistes principaux nous laisse un peu sur notre faim. Paul Groves qui fut un Faust de référence reste de haut niveau, mais, bien qu’exemplaire sur la prononciation du français et conservant une belle projection, il a perdu de la couleur dans la voix et passe parfois en force dans certains passages aigus. L’instrument du ténor contraste de manière bienvenue avec celui plus sombre et parfois pâteux d’Ildebrando D’Arcangelo. Le baryton, annoncé souffrant à l’entracte, ne s’en sort toutefois pas si mal, nonobstant les qualités qui sont les siennes, en interprétant un démon plutôt d’un bloc auquel fait assurément défaut la dimension cynique.
Karine Deshayes se saisit du rôle de Marguerite avec sensibilité et campe une héroïne en tout point victime des petits jeux entre le Diable et son obligé. Elle ne semble néanmoins pas toujours à l’aise avec l’écriture de Berlioz et la déclamation manque parfois de projection même si elle apporte une belle mélancolie à la romance du Roi de Thulé et dans « d’amour l’ardente flamme ». En revanche, dans les duos et trios, la voix de la chanteuse retrouve tout son brillant et interprète parfaitement les emportements amoureux comme les accents de révolte. Enfin, Renaud Delaigue assure de très belle façon sa courte intervention pour la chanson du rat.

En forme de continuation de la boucle ouverte, un an auparavant, pour les célébrations du grand compositeur, cette Damnation de Faust mettait, en ce 15 janvier, un peu de baume au cœur des spectateurs parisiens mis à l’épreuve par les grèves et le temps maussade de ce début d’année.

© Gilles Alayrac

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