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L’Orchestre national de Metz à l’heure de la Pologne et de la création contemporaine

L’Orchestre national de Metz à l’heure de la Pologne et de la création contemporaine

19 janvier 2020 | PAR Gilles Charlassier

Dans le cadre d’un festival d’une dizaine de jours consacré à la Pologne, la Cité Musicale de Metz met à l’affiche la première française du Troisième Concerto pour piano de Krauze, sous les doigts du compositeur, et avec l’Orchestre national de Metz, dirigé par Wilson Hermanto.

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Dans la programmation riche de la Cité Musicale de Metz, véritable pôle croisant les répertoires, la saison réserve certains temps forts, que l’on peut apparenter à des festivals. Ainsi, après avoir mis l’accent sur l’Italie l’année dernière, c’est la Pologne qui bénéficie d’un éclairage pendant une dizaine de jours dans la métropole mosellane, avec le concours de l’Institut Polonais de Paris. Si Chopin et le contre-ténor Jakub Orli?ski ne peuvent manquer d’être à l’affiche de ce focus, le programme permet de découvrir ou redécouvrir des pans moins connus du patrimoine musical.

Le concert de l’Orchestre national de Metz, sous la baguette de Wilson Hermanto, dans la salle de l’Arsenal, met en regard une création contemporaine avec deux opus du Romantisme slave. En ouverture de soirée, Le lac enchanté opus 62 de Liadov développe des textures évocatrices, suggérant le murmure des eaux profondes. L’inertie descriptive de la masse sonore est restituée avec une retenue poétique qui évite tout sentimentalisme inutile et met en avant une orchestration délicate et colorée où se reconnaît l’influence de Rimski-Korsakov. La conduite de cette page d’une dizaine de minutes se caractérise avant tout par un indéniable équilibre.

Commande conjointe du Festival d’Automne de Varsovie et de l’Orchestre national de Metz – Cité Musicale de Metz, avec le soutien de l’Institut Adam Mickiewicz et de la Philharmonie Nationale de Varsovie, le Concerto pour piano n°3 – Fragments de mémoire de Zygmunt Krauze, créé dans la capitale polonaise en septembre dernier et donné ici en première française, fait appel à une percussion originale, le Veme, qui se présente comme une plaque couplée à un résonateur, placée dans un portique monumental ; son nom est forgé sur l’acronyme d’un label attribué à la Lorraine, Vallée Européenne des Matériaux et de l’Energie, qui témoigne d’une reconversion dans le prolongement de l’héritage industriel du terroir. C’est que le façonnement de cet instrument à percussions métalliques, initié par Dominique Delahoche, avec un autre compositeur, Hugues Dufourt, l’ensemble des Percussions de Strasbourg, l’Ecole nationale supérieure des Arts et Métiers de Metz et l’Orchestre national de Metz, est une aventure entièrement ancrée dans la région – protégée par un brevet – et a été dévoilée pour la première fois lors d’un concert en 2015. Pour autant, la conception de l’instrument n’est pas figée de manière définitive, tenant compte des expériences performatives.

Dans l’opus de Krauze, les interventions du Veme servent avant tout à colorer de vibrations graves et délicates un tissu orchestral, dont la fonction relève d’abord de l’accompagnement du soliste, lequel emmène le développement narratif de la pièce. Le compositeur octogénaire assure la partie de piano, qu’il agrémente de paroles murmurées ou déclamées, adverbes qui résonnent comme des éclats introspectifs de violence contenue – tandis que lors de la création, à Varsovie, les mots étaient en polonais, ils sont ici en français, avec un sens de l’adaptation qui participe de la plasticité évolutive de l’ouvrage. Au fil des quinze minutes de cette page bien maîtrisée s’esquisse un souvenir mélodique qui semble entretenir quelque parenté, non prévue, avec la mazurka de Chopin sur laquelle le compositeur-pianiste improvise en guise de bis. Une œuvre qui conjugue, avec sensibilité et sincérité, expérimentation et plaisir immédiat et accessible.

Après l’entracte, la Symphonie n°6 de Tchaïkovski déploie une intensité slave, sans céder sur la lisibilité de l’articulation, soulignée dans la valse à cinq temps du deuxième mouvement ou encore la dynamique alerte du scherzo, quand le premier et le dernier mouvements privilégient un dramatisme calibré par le chef indonésien. Une belle soirée qui sort habilement la création contemporaine du ghetto où certains voudraient la confiner.

Liadov, Krauze, Tchaïkovski, Orchestre national de Metz, Arsenal, Metz, 17 janvier 2020

©Bartek Barczyk

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