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Raretés romantiques à l’Arsenal de Metz

Raretés romantiques à l’Arsenal de Metz

30 avril 2019 | PAR Gilles Charlassier

A la tête de l’Orchestre national de Metz depuis septembre 2018, David Reiland n’hésite pas à défendre des œuvres rares. Il le démontre en cet fin avril avec un concert balayant un siècle de musique, du romantisme de Schumann à la modernité de Martinu, en passant par une redécouverte d’un opus d’un compositeur lorrain oublié, Gouvy.

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L’adage populaire a parfois raison : les absents ont toujours tort. Ceux qui n’ont pas occupé les dernières places disponibles dans la Grande Salle de l’Arsenal de Metz en ce vendredi soir au cœur des vacances scolaires, auront manqué un programme original et audacieux, défendu par David Reiland, le directeur artistique de l’Orchestre national de Metz depuis septembre 2018, succédant à Jacques Mercier, à la tête de l’Orchestre national de Lorraine, l’ancien nom de la phalange avant la fusion administrative des trois régions du nord-est.

Intitulée « contrastes romantiques » et balayant un siècle de musique européenne, la soirée s’ouvre avec un compositeur lorrain longtemps négligé, Louis-Théodore Gouvy, dont Berlioz lui-même déplorait déjà le manque de reconnaissance. Ce sont les orchestres de Lorraine et de la Sarre voisine qui ont contribué, depuis une vingtaine d’années avec l’aide de la discographie, à réparer la postérité. Écrite en 1878, l’Ouverture Le Giaour témoigne de la double culture française et germanique du musicien, mêlant une densité sonore à un souci du pinceau instrumental. Plus qu’une description programmatique, la pièce s’attache à dépeindre, avec une belle palette de rythmes et de couleurs, un Orient fantasmé, dans l’esprit de l’époque. La direction de David Reiland équilibre le sens de la construction d’un morceau d’un seul souffle et les rebondissements d’une inspiration hautement dramatique : treize minutes sans temps mort et une démonstration d’un métier loin d’être académique.

Un changement de plateau et un saut d’un siècle amènent au Concerto pour deux pianos de Martinu. Couple à la ville comme sur la scène, Sivan Silver et Gil Garburg font retentir d’emblée une volubilité aérée, relayée par l’allant des tutti. Aux allures de nocturne, l’adagio central plonge dans une intériorité palpitant de sincérité, où le lyrisme de la ligne se teinte de modulations délicates et inventives, éclairées par les touches orchestrales. Sous un voile de furiant, danse populaire tchèque, qui apparaît en filigrane tout au long du mouvement, le finale développe un feu d’artifice de virtuosité d’une grande puissance expressive, jamais vainement ostentatoire. Les deux comparses reviennent pour un bis hispanisant d’où se dégage leur irrésistible complicité.

Après l’entracte, le chef belge met à l’honneur un maître romantique plus célébré pour son corpus pianistique que pour sa production symphonique. Pourtant, Schumann ne se résume pas à l’avatar abâtardi de Beethoven que l’on présente souvent. Certes, on retrouve dans la Symphonie n°2, en ut majeur opus 61, une pâte que d’aucuns ont raillé. Moins agile que chez d’autres musiciens allemands, elle n’en possède pas moins une vigueur presque épique, sensible dans le bouillonnement de l’Allegro initial, quitte à pousser l’éclat des pupitres messins. La fluidité nerveuse et savoureuse du Scherzo cède ensuite à un Adagio où le recueillement fait songer à Bach, dont on redécouvrait alors les passions et autres grandes pages vocales, en particulier par l’entremise de Mendelssohn. Dans l’élan décidé du finale, très beethovénien, David Reiland lâche la bride pour achever de convaincre des ressources d’une musique encore mal aimée. On ne saurait que saluer le mérite d’une telle soirée qui renverse les préjugés parfois hâtifs de l’histoire de la musique. L’Arsenal et l’Orchestre national de Metz s’en donnent les moyens.

Gilles Charlassier

Orchestre national de Metz, direction musicale : David Reiland, 26 avril 2019

© Cyrille Guir

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