Classique

Une 4e de Mahler historique par Bernard Haitink et le LSO à la Philharmonie

Une 4e de Mahler historique par Bernard Haitink et le LSO à la Philharmonie

19 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce lundi 18 mars, à la Philharmonie, l’immense chef néerlandais qui fête ses 65 ans de carrière dirigeait le London Symphonic Orchestra dans le Concerto pour violon de Dvorak, avec la soliste Isabelle Faust et la 4e symphonie de Mahler avec en final la soprano Sally Matthews. Une soirée exceptionnelle où l’émotion était brûlante et où l’on a entendu un Mahler d’anthologie.

Début immédiat pour l’orchestre et la soliste, sous la baguette d’un Bernard Haitink à moitié assis mais d’une concentration et d’une intensité hypnotisantes.

Le très vif et joyeux Concerto pour violon de Dvorak (1879) a toute la puissance de la joie éclatante. Les instruments se répondent pour une émotion solennelle que la soliste- Isabelle Faust est flamboyante en robe dorée- attaque avec puissance et précision dès le premier mouvement « Allegro ma non troppo ».

Le deuxième mouvement « Adagio ma non troppo » laisse planer l’ombre d’une menace et la violoniste y est d’une intensité marquante. Enfin le « Finale » est une véritable danse d’allégresse qui nous invite à une magnifique communion.

Très applaudie, Isabelle Faust a offert au public un bis sourd et profond, « mélancolia » pour violon solo de Eugène Ysaÿe, qui nous a profondément touchés.

 

Après l’entracte le Maestro dirigeait la 4e Symphonie de Mahler (1902). Une œuvre que les fidèles de la Philharmonie ont entendue avec Le Chant de la Terre dirigé par Valery Gerghiev, il y a peu. Mêlant la grâce et la majesté et jouant parfaitement avec la simplicité d’un temps qui s’étire et d’un dialogue entre les instruments, les premières notes du premier mouvement indiquent tout de suite l’importance de cette interprétation.

Avec une clarté déterminante, les cordes, les cors et le glockenspiel tournent dans une mélodie qui est sensée nous propulser après la mort, mais qui jusqu’à la fin distille une douceur enveloppante.

Alors que le premier violon jongle avec deux instruments dans un jeu d’autant plus intense, le deuxième mouvement continue de saisir l’épaisseur du temps. Si la tonalité est plus inquiétante au début, petit à petit la douceur revient, dansante, pour achever cette harmonie du soir par une valse très romantique.

Le troisième mouvement lent comme Mahler sait si bien les écrire commence par toute la mélancolie du violoncelle pour mêler- toujours avec douceur – plusieurs voix et nous tenir en lévitation.

La soprano entre en scène pour le quatrième mouvement qui se veut presque cathédrale et si sa voix prend le dessus, elle enveloppe plus qu’elle ne s’imposeront timbre fort et chaud, avec un texte méditatif qui parle de l’au-delà et qui console. Les flûtes font éclater la joie tandis que les volons virevoltent.

Le dernier silence s’étire également et le public retient dont souffle avant que le chef ne baisse sa main et la salle attend encore un peu avant d’applaudir – debout. Pas seulement parce que l’idée que c’est peut être la dernière fois que Bernard Haitink dirige à la Philharmonie nous éteint mais aussi parce que l’on a bel et bien l’impression d’avoir traversé le temps et peut être même le Léthé en s’installant avec le Maître et le LSO dans l’hymne de Mahler. Un concert historique qu’on se sent infiniment reconnaissant d’avoir vécu.

Visuels :  (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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