Classique

« Tierkreis », essai de rencontre entre poésie visuelle et sonore

« Tierkreis », essai de rencontre entre poésie visuelle et sonore

23 janvier 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Du 9 au 19 janvier, le théâtre Dunois accueillait le spectacle Tierkreis de l’Ensemble C Barré et de la compagnie Méandres. Fondée sur la composition éponyme de Karlheinz Stockhausen, il s’agit ici en quelque sorte de la déployer sur d’autres plans, puisqu’à l’ensemble de trois musiciennes se joint un marionnettiste qui apporte sa vision plastique et dynamique, en dialogue avec la musique. Séduisante sur le papier, la formule peine parfois à trouver son souffle, mais offre de très beaux paysages sensibles.

Tierkreis, c’est avant toute chose une composition, peut-être la plus connue, de l’allemand Karlheinz Stockhausen, expérimentateur touché par le génie, compositeur contemporain aussi important que controversé. Cette œuvre, construite sur douze mélodies figurant les douze signes du zodiaque (signification du mot « Tierkreis » en allemand), a été écrite dans l’idée de la faire jouer par des boîtes à musique. Des thèmes simples, interchangeables, qui s’interprètent séparément ou comme un tout.

C’est cette base qui a inspiré le travail de l’Ensemble C Barré. D’abord dans une direction musicale, en interprétant les mélodies sur des instruments plus « nobles » – ici, violoncelle, contrebasse et accordéon – tout en s’accompagnant parfois de la voix. Le travail, de ce point de vue, est, pour autant qu’on puisse en juger, parfaitement maîtrisé.

Surtout, l’idée a germé d’en faire un spectacle avec une prolongement visuel, comme support à l’attention des spectateurs et complément sensoriel venant dialoguer avec la musique. Peut-être, également, le choix a-t-il été influencé par le fait que, par sa simplicité, Tierkreis a souvent été perçu comme étant une œuvre facilement reçue par les enfants. En tous cas, un marionnettiste a été associé au projet, pour y amener une marionnette portée de fillette, réaliste, ainsi qu’une longue séquence de théâtre d’ombres, beaucoup plus abstraite.

Le mariage des deux univers, manipulation et plastique d’un côté, musical de l’autre, produit parfois de très belles rencontres, avec des paysages finalement très fertiles à la rêverie et à l’imagination. Dans la partie du spectacle faisant appel au théâtre d’ombres, un grand soin est apporté à la recherche sur les jeux de lumière. L’esthétique très dépouillée, naïve, des figures d’ombres, peut avoir une certaine élégance. L’interprétation musicale, pendant ce temps, est aussi précise qu’investie. Le partage du plateau entre musiciennes et marionnette ne produit cependant pas les interactions auxquelles on s’attendait.

Cependant, la recherche du dépouillement possède ses propres écueils. On reste finalement un peu sur sa faim devant le spectacle d’ombres – belle recherche sur lumière et colorisation, on l’a dit, mais silhouettes assez frustres, avec une manipulation assez bidimensionnelle, sans trop de recherche d’effets de profondeur ou de superposition. La manipulation de la marionnette portée de la fillette est plus convaincante, même si peut-être parfois un peu trop délicate, avec un personnage donnant l’impression de flotter plutôt que de marcher.

Quant au sens de ce qui est présenté, certains spectateurs ressortent décontenancés d’avoir cru d’abord saisir une histoire, pour ne finalement rien comprendre à son dénouement. Peut-être est-ce une intention délibérée, de travailler les thèmes et symboles, mais sans nécessairement proposer de narration linéaire – après tout, Tierkreis, la composition, est supposée être jouée en partant de n’importe lequel des douze thèmes, puisque les musiciens sont sensés attaquer par le signe correspondant à la date du concert.

De fait, on retrouve certains thème du zodiaque dans les représentations visuelles, certains très figurativement, d’autres de façon beaucoup plus détournée. On croit aussi discerner une mobilisation des quatre éléments, avec une figuration plus ou moins directe. On baigne dans une belle atmosphère onirique à mi-chemin entre mystère et aventure, renforcé par les lumières chiches, avec un travail sur le clair-obscur qui permet au marionnettiste de déployer les possibilités de l’apparition-disparition.

Dans l’ensemble, il s’agit d’un spectacle plaisant. Les 55 minutes qu’il dure proposent suffisamment d’éléments intrigants pour tenir l’attention du public. On en veut pour preuve que, dans la salle du Dunois, où les jeunes spectateurs s’étaient déplacés en nombre, les enfants sont restés hypnotisés par les images, bercés par la musique. De ce point de vue, c’est une très belle réussite.

 

Distribution

Simon Moers, marionnettes et ombre

Élodie Soulard, accordéon

Marine Rodallec et Clotilde Lacroix, violoncelle

Charlotte Testu, contrebasse

Aurélie Hubeau, mise en scène

Kathleen-Élisabeth Fortin, assistante mise en scène

Antonin Bouvret, scénographie

Nicolas Souply, lumières

Sébastien Boin, direction artistique

Production Ensemble C Barré

Coproduction Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières, Théâtre Dunois (Paris), Le Jardin Parallèle (Reims), l’Espace Périphérique (Paris – La Villette) et le Théâtre de Charleville-Mézières

Avec le soutien de l’ADAMI, du FCM et de la SPEDIDAM

visuels ©Fabien Legay

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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