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Robert le diable magistral à Bordeaux

Robert le diable magistral à Bordeaux

22 septembre 2021 | PAR Gilles Charlassier

En ouverture de saison, l’Opéra national de Bordeaux ouvre avec un chef-d’oeuvre rarement donné sur scène, Robert le diable de Meyerbeer, sous la baguette de Marc Minkowski et servi par un plateau vocal de premier plan.

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Si la crise pandémique laisse encore des traces dans les programmations qu’elle a bousculées, l’Opéra national de Bordeaux n’a pas sacrifié le Robert le diable de Meyerbeer prévu pour l’ouverture de la saison 2021-2022. Certes, en guise de production scénique, il faudra se contenter d’une mise en espace, confiée à Luc Birraux pour l’Auditorium. L’installation scénographique et lumineuse de Julien Brun, qui fait descendre le cadre technique au troisième acte pour figurer sans doute les antres infernaux, sert avant tout de support aux projections des didascalies du livret agrémentées de commentaires, écrivant le spectacle en même temps qu’il se fait, avec un second degré superflu.

Mais l’essentiel reste la musique de Meyerbeer, présentée dans sa quasi intégralité – les quelques menues coupes sont utilement mentionnées, et concernent des épisodes anecdotiques qui n’entament aucunement la cohérence dramaturgique de l’ouvrage et seront probablement rétablis pour l’enregistrement prévu avec le soutien, incontournable dans ce répertoire, du Palazzetto Bru Zane. Marc Minkowski la connaît bien, pour l’avoir déjà dirigée et enregistrée, et il en restitue toute la vigueur dramatique à la tête d’un Orchestre national Bordeaux Aquitaine dont il met habilement en valeur les pupitres. L’efficacité est évidente, relayée par une belle expressivité des couleurs orchestrales.

Et qui dit grand opéra dit aussi festin de voix. A ce titre, la distribution réunie s’avère généralement exemplaire autant en termes d’engagement que de style et de diction. En prise de rôle, à en juger par la partition en format numérique sur laquelle il s’appuie pendant la soirée, John Osborn livre un Robert impressionnant, autant dans la vaillance que dans les nuances du doute et du sentiment. L’éclat et la santé de l’émission ne cèdent pas à quelque ostentation inutile, et s’attachent toujours à accompagner la caractérisation du personnage. En Bertram, Nicolas Courjal impose une basse solide, au phrasé et aux graves généreux, qui ne résiste pas à la tentation de l’esprit de l’opéra comique français, avec un soin particulier aux ressources théâtrales de la déclamation.

Les deux dames, Isabelle, princesse de Sicile, et Alice, la sœur de lait, se révèlent remarquablement et intelligemment complémentaires. La première revient à Erin Morley, qui se distingue par une indéniable noblesse du port et du timbre dans laquelle se condensent une sensibilité et un frémissement affectif admirables. Dans la seconde, Amina Edris contraste avec un babil frais et fruité qui résume la franchise et la simplicité d’une Alice presque aux allures d’ange gardien.

Le reste du plateau ne démérite point. Les interventions de Paco Garcia en héraut d’armes et prévôt du Palais font valoir une bravoure tout à fait en situation, tandis que les apparitions d’Albert et du prêtre sont dévolues à un Joel Allison non moins estimable. Seul le Raimbaut de Nico Darmanin pâtit de quelques scories de langage, et surtout d’un jeu appuyé qui surligne l’extraversion de l’interprétation. Réparti sur les tribunes arrière pour complaire à des marottes que l’amélioration durable de la situation sanitaire pourrait soumettre à discussion, le choeur, préparé avec soin par Salvatore Caputo, fournit les effectifs de chevaliers et coryphées qui se détachent de l’ensemble, et contribue pleinement à la résurrection réussie de ce Robert le diable, qui peut d’ores et déjà prétendre à une place de référence dans la discographie.

Gilles Charlassier

Robert le diable, Meyerbeer, Auditorium de l’Opéra national de Bordeaux, Bordeaux, du 20 au 25 septembre 2021.

© Pierre Planchenault

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