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Étrange Festival 2021 : Prix et souvenirs de la Compétition

Étrange Festival 2021 : Prix et souvenirs de la Compétition

21 septembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Le passionnant festival de cinéma a dévoilé ses Prix, qui sont venus parachever une édition 2021 émaillée de films de qualité quasiment tous porteurs d’un climat « étrange » bien à eux. Une édition qui s’est terminée le 19 septembre, dans les salles de projection du Forum des images à Paris.

Au terme de son édition 2021, et avant que le film de Clôture ne soit projeté en présence de Donnie Yen, l’Étrange Festival a dévoilé lequel des douze longs-métrages de sa Compétition Internationale avait l’honneur de remporter le Grand Prix Nouveau genre Canal+ : The innocents, du norvégien Eskil Vogt, remarqué en France en 2015 avec Blind – Un rêve éveillé. Un récit centré sur un groupe d’enfants se découvrant des pouvoirs surnaturels, et commençant à en user de manière de plus en plus inquiétante. Et un Prix qui permet au film de faire l’objet d’un achat par Canal+. Le Prix du public, issu des votes de ce dernier 22 000 spectateurs ont été au rendez-vous cette année – est allé au très attendu Mad God, réalisé par le spécialiste des effets spéciaux Phil Tippett : un long-métrage d’animation expérimental en stop-motion conçu et tourné sur une trentaine d’années, peignant un monde totalement déliquescent.

De la même manière, un court-métrage a été couronné par le traditionnel Grand Prix Canal+ : Sexy Furby, des américains Nicole Daddona et Adam Wilder. Une variation d’une quinzaine de minutes sur la rencontre entre une jeune fille désespérée et un jouet Furby. Et un Prix du public, pour ce format de films également, a salué Friandise, du français Rémy Barbe, court donnant à suivre sur trente minutes environ la relation à base surtout de nourriture entre un chef cuisinier et une cantatrice, à présent déclinante.

Saluée comme d’excellente facture globalement en cette année 2021, la Compétition Internationale pour le Grand Prix Nouveau genre a vu notamment passer dans ses rangs un film qui, lui aussi, mériterait d’avoir droit à une diffusion sur Canal+ : Limbo, de Soi Cheang, réalisateur hongkongais assez culte. S’il constitue un polar à la trame aux ingrédients pas forcément nouvelle, il plonge cependant ses trois personnages centraux dans un climat spécialement infernal.

Limbo est un film policier en noir et blanc, au cours duquel les essais de plans visant à l’esthétisme sont légion. Cependant, celui qui le dirige s’obstine, aussi, à cadrer la sueur au front des personnages qu’il suit, et leurs efforts pour découvrir des indices, des témoins, et confondre des coupables dans les décharges à ordures ménagères et les camions d’éboueurs d’Hong-Kong. Le tout au fil de séquences durant longtemps, parfois arrosées par des torrents de pluie. On plonge donc, devant ce polar, au cœur d’une atmosphère inhabituelle pour le genre. Un climat qui tire son étrangeté et sa force, cette fois, du réel, mais d’un réel cru, représenté à vif.

A ce titre, les quelques scènes de violence prennent également des couleurs un peu originales, dans la mesure où elles s’inscrivent dans une ambiance très réaliste. Sans détour, sans volonté de ménager le spectateur qui peut se sentir révolté, certains protagonistes se prennent des coups très durs à l’écran, lors de ces passages, d’une manière moins aseptisée que dans d’autres productions policières crépusculaires.  On remarque, par ailleurs, une virtuosité bien là, guère étouffée par cette atmosphère baignant dans la fange du réel : les scènes d’action sont intenses, rythmées et fluides, les acteurs poussés à bout.

Du fait de ses partis-pris, bien tenus jusqu’à la fin, Limbo apparaît comme l’un des films avec de la substance de ce vingt-septième Festival, aux salles qui furent bien remplies. Pas forcément original côté fond, ou ingrédients scénaristiques, il se distingue par la très sombre humanité qu’il charrie. Un aspect qui le fait quelque peu se rapprocher d’Extraneous matter, très bon, et montré aussi dans le cadre de cette édition 2021 : un film qui, lui aussi, a fait le choix de privilégier, à son acmé, son cadre, par rapport à ses personnages ou ses thèmes de fond. Un cadre scruté à une bonne et juste hauteur, d’où surgissent côté humain, thèmes sociaux, tragique tristement vrai…

Oui, à une heure où Canal+ a besoin de contenu en permanence pour garder toute l’attention de ses spectateurs mise à rude épreuve par ses concurrents, on encouragerait bien la chaîne à offrir à Limbo une diffusion. Car on garde en tête que le film a tout de même peu de chances de sortir en France, du fait de son climat extrêmement noir et baignant dans l’ordure… On remercie, en attendant, l’Étrange Festival et les salles de projection du Forum des images, à Paris, de l’avoir programmé.

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Visuel 2 : Limbo © 2021 Sun Entertainment Culture Limited

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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