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Retour sur le concert des Révélations Classiques de l’ADAMI aux Bouffes du Nord

Retour sur le concert des Révélations Classiques de l’ADAMI aux Bouffes du Nord

12 février 2019 | PAR Victoria Okada

Le concert des Révélations Classiques de L’ADAMI aux Bouffes du Nord à Paris constitue, avec ceux à Orange et à Prades en été, un rendez-vous annuel qui offre un excellent aperçu en condensé des jeunes talents actuels. Le 28 janvier dernier, huit musiciens ont présentés une partie de leurs fruits de travail. Une partie seulement, car en moins de deux heures et en quelques pièces de musique ils ne pourront pas montrer leur pleine capacité ; une dizaine de minutes par artiste suffisent néanmoins pour mesurer leur potentiel. La plupart d’entre eux ont déjà entamé leur carrière, ils ne sont donc pas tout à fait débutants dans le métier. C’est l’une des raisons pour lesquelles leurs prestations atteignent déjà un niveau remarquable, ce qui est d’autant plus réjouissant que leur art montre encore une grande marge de progression possible.

C’est Joséphine Olech, flûte solo à l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam depuis 2017, qui a ouvert la soirée en solo, en interprétant La Bergère Captive, la première des Trois Pièces pour flûte seule de Pierre Octave Ferroud (1900-1936), annonçant avec éloquence l’excellence des musiciens de la soirée. Dans un engagement musical exemplaire, elle respire la musique dans un souffle parfait. Lorsqu’elle revient dans la 2e partie, c’est avec un extrait de la très rare Suite pour flûte et piano de Charles-Marie Widor (1844-1937), compositeur surtout connu pour ses œuvres pour orgue. Sa virtuosité ne tombe jamais dans la démonstration et son jeu est si naturel qu’on l’écoutera volontiers pendant des heures !

Avec Manuel Vioque-Judde, l’alto devient presque un instrument national ! La France a déjà produit de nombreux interprètes de premier plan international (Gérard Caussé, Antoine Tamestit, Adrien La Marca, Adrien Boisseau, Marie Chilemme…) mais notre jeune interprète élève encore le prestige de cet instrument, toujours méconnu du public, grâce à un jeu aisé et magistral. Après avoir montré différentes facettes de son art en jouant avec la violoncelliste Carolyne Sypniewski quelques pièces de Duo de Philippe Hersant (1948-), il choisit l’« Allegro energico, ma non troppo » de la Sonate d’Arnold Bax (1883-1953), dans lequel il décharge une énergie frénétique mais admirablement contrôlée. Ses choix en disent long pour son non-conformisme, qui n’est que bénéfique pour le renouveau du répertoire !

Carolyne Sypniewski, élève de Jérôme Pernoo, de Gautier Capuçon et de Clémens Hagen, Grand Prix de l’Académie Ravel en 2018, est un nouvel espoir chez les violoncellistes français déjà réputés dans le monde entier. Grâce à une belle résonance qui va de pair avec un jeu large, elle aborde chaque pièce dans une vision globale, qui constitue une de ses qualités. Néanmoins, cette globalité laisse quelques détails encore non digérés, comme dans le deuxième mouvement de la Sonate de Franck (transcription par Dekart). Le 2e mouvement du Trio pour flûte, violoncelle et piano de Carl Maria von Weber — encore une rareté — elle se montre une excellente chambriste, le dialogue entre trois instruments est naturel et heureux.

On ne présente plus le très talentueux Tanguy de Williencourt qui, depuis qu’il avait été désigné révélation de l’ADAMI en 2016, a fait un bon bout de chemin. Ainsi, son premier enregistrement solo consacré à Wagner/Liszt (Mirare) a déjà recueilli un grand succès tant auprès du public que chez les critiques. Ce soir, non seulement il joue en solo (Au bord d’une source de Liszt et Auf dem Wasser zu singen de Schubert dans la transcription de Liszt), mais accompagne tous les instrumentistes en musique de chambre. Son hyperactivité, dans le meilleur sens du terme, fait de lui un pianiste multi-talent et polyvalent (toujours dans le meilleur sens du terme !) au grand plaisir des mélomanes.

Côté chanteur, les révélations de cette année sont également de très haut vol. Chez eux comme chez les instrumentistes, la volonté de sortir des répertoires habituels est bien présente. Ainsi, on a entendu des extraits des Mamelles de Tirésias de Poulenc par le baryton Jean-Christophe Lanièce (la qualité dramatique de sa voix est un atout incontestable) et des Dialogues des Carmélites (toujours de Poulenc) par le soprano Hélène Carpentier (qui a encore affiné son chant depuis son prix au Concours Les Voix Nouvelles), ou encore l’air « Vainement pharaon » de Joseph d’Etienne-Nicolas Méhul par le ténor Kaëlig Boché (qui se distingue par une belle émission et par un timbre clair et solaire). Il était temps, d’ailleurs, que la musique française soit au grand honneur, comme l’a montré éloquemment la prestation d’une grande intensité de la mezzo-soprano Héloïse Mas (révélation 2014) dans « Ô, ma lire immortelle » extrait de Sapho de Gounod.

La mise en scène de François Dunoyer et les lumières créées par Emmanuelle Stauble jouent avec la pénombre, pour faire de cette soirée un véritable spectacle, ce qui amoindrit considérablement le caractère de « succession de numéros » propre aux concerts de gala. Bravo également à Emmanuel Normand qui a accompagné tous les chanteurs.

Outre les artistes présents de cette soirée, les Révélations classiques de l’ADAMI 2018 sont les suivants : Hélène Carpentier (soprano), Julien Henric (ténor), Eléonore Pancrazi (mezzo soprano), Timothée Varon (baryton), Raphaël Jouan (violoncelle), Rodolphe Manguy (piano), Joséphine Olech (flûte), Alexandre Pascal (violon).

Photo : de gauche à droite : Tanguy de Williencourt, Emmanuel Normand, Carolyne Sypniewski, Manuel Vioque-Judde, Joséphine Olech, Hélène Carpentier, Héloïse Mas, Jean-Christophe Lanièce, Kaëlig Boché © VO

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Victoria Okada

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