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Récital de Mikhaïl Pletnev à la Philarmonie : une lecture lumineuse et réjouissante

Récital de Mikhaïl Pletnev à la Philarmonie : une lecture lumineuse et réjouissante

04 février 2020 | PAR Lise Lefebvre

L’année Beethoven commence fort. Au cours d’un récital sobre et inspiré, Mikhaïl Pletnev a choisi de faire alterner les deux dernières sonates avec des œuvres de Mozart. Une belle réussite. 

Faire dialoguer des sonates du Mozart de la maturité  avec les deux ultimes sonates de Beethoven, réputées arides, voire peu dignes d’intérêt… L’idée a le mérite de souligner le jeu des influences–Mozart était le dieu vivant de Beethoven–mais aussi l’extraordinaire inventivité de celui-ci.

Et dans la grande salle Pierre Boulez, le plaisir était au rendez-vous. Avec la limpidité qui le caractérise, Mikhaïl Pletnev a débuté par la sonate n. 4 de Mozart, tout en fraîcheur, charmante, mais non dénuée d’une mélancolie subtile. Le pianiste russe a su entrelacer cette douceur pensive aux minuettos du deuxième mouvement, et même à la vivacité de l’allegro. Tout cela avec une intelligence et une sensibilité qui ont fait merveille. La même lisibilité s’ est retrouvée dans la sonate 31 de Beethoven. Virtuose mais sans complaisance,  dynamique toujours, il a emmené avec lui toute une salle qui retenait son souffle, à travers les méandres, les fulgurances et les ombres de cette oeuvre si singulière. Toute romantique qu’ elle est, cette sonate doit autant à Bach qu’ à Mozart–extraordinaire fugue du troisième mouvement! Mikhaïl Pletnev a donné à voir ses beautés multiples. 

Dans la deuxième partie, avec un contraste plus marqué entre les deux sonates, le pianiste a montré d’autres facettes de son expressivité. Habile à rendre les nuances et la tendresse de la sonate n. 10 de Mozart, il s’ est attaché, côté Beethoven, à mettre au jour l’architecture foisonnante de la sonate 32. Et dans le second mouvement, sorte de collage de genres musicaux à l’esprit plutôt symphonique, Mikhaïl Pletnev, qui est aussi un grand chef d’orchestre, se trouvait totalement à son affaire. Il a même réussi le tour de force de donner à ces déchaînements dignes d’un opéra ou d’ une symphonie un aspect presque intimiste. Comme pour incarner jusqu’au bout à la fois le soliste et le chef. 

Avec générosité et simplicité, il a offert deux bis, concluant par Mozart puis Chopin ce concert réjouissant. 

Visuel : © Beaucardet

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Lise Lefebvre

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