Performance
Le temps rond de Christine Armanger au Festival Faits d’Hiver

Le temps rond de Christine Armanger au Festival Faits d’Hiver

04 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A terme et en one shot, comme un instant volé, la danseuse et performeuse s’emparait hier, au Théâtre de Vanves, du temps qui passe, du temps qui la dépasse, dans une pièce qui compte, MMDCD. 

Elle a un milliard de secondes et quelques, elle se tient de dos, elle a les cheveux longs, roux. Elle porte un caleçon noir et un haut gris qui laisse entrevoir sa peau. C’est sa façon à elle d’être là et de nous inviter à être là aussi. Partant d’un constant simple  : « Nous allons mourir, c’est vrai, mais en attendant, nous sommes vivants », il s’agit de passer 48 minutes vraiment ensemble, soit, MMDC secondes, 2900 secondes.

Tout le travail de Christine Armanger réside dans un corps performatif. Elle a suivi les classes de Roméo Castellucci et a travaillé avec Yves-Noël Genod, entre autres, c’est à dire des metteurs en scène qui travaillent le sens par l’image.  Pour sa dernière création, elle ne s’attendait pas à « ça ». « ça », c’est un enfant, tout prêt à arriver. Elle est « très enceinte » comme disent les grands-mères, elle est même à la fin, au 9e mois. Au moment où elle commence à écrire le spectacle, il y a un an et demi elle ne savait pas que sa pièce qui parle tant de la mort, et on le devine, de celle de son père, sera un déploiement de vie, dont on sort autant rempli qu’elle et heureux, troublés et heureux.

Ce qu’elle pose sur scène ce sont des vanités, dans leur sens premier. Elle navigue entre les époques avec ces objets venus d’un temps passé : un crâne et un train électrique, il est orange, ressemble aux TGV des années 80 et il roule quand une main même pas invisible appuie sur le bouton.

Tout repose sur son corps. Et en premier lieu, son regard. Elle capte et nous attrape. Elle installe un geste avant de le balayer. Tout est excessivement bien tenu et écrit dans cette pièce où tout semble fragile. Elle invite le kitsch pour se marrer du pire, convoque Jean-François Michael (Si l’amour existe encore ( écoutez, ça vaut le coup). La mort (Arthur Navellou) porte un costume et nous fait rire, elle danse avec ce bébé qui n’est pas encore un être autonome, plus rien n’est grave, les vanités gagnent.

Chaque « séquence  » si on peut la nommer ainsi est un tableau. Le travail sur l’attente et le regard est si intense ici qu’il transperce. Et puis son ventre et ses seins devenus si immenses sont des hurlements vers le futur. Le train peut tourner en rond, la beauté intervient dans une posture, une langue bien pendue et des boucles botticelliennes qui la transforme en héroïne baroque. Elle offre un autre Sacre du printemps, un renouvellement des saisons sensible où les branches du soleil sont des néons.

Le festival Faits d’Hiver se poursuit jusqu’au 7 février avec la dernière pièce de Georges Appaix et la nouvelle création de Daniel Linehan. Tout le programme est ici.

Visuel  ©Salim Santa Lucia

Récital de Mikhaïl Pletnev à la Philarmonie : une lecture lumineuse et réjouissante
Les Magritte du cinéma, à Bruxelles, 10ème édition !
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *