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Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (4)

Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (4)

02 mars 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’intégrale des Symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne, en tournée au Théâtre des Champs Elysées, sous la baguette d’Andris Nelsons, se referme avec la Huitième et la Neuvième, et la participation du Choeur de Radio France.

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L’option chronologique de l’intégrale des Symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne et Andris Nelsons réunit, pour le dernier concert, deux opus très différents – et séparés par une décennie. Toute en légèreté ironique, voire parodique, la Huitième, en fa majeur opus 93 appelle une battue aérée, pour mieux fait vivre la nervosité savoureuse de la partition. La rondeur du geste du chef letton et celle des musiciens viennois ne semblent pas privilégier la voie du pastiche de Haydn. Dès l’Allegro vivace e con brio initial, le son s’affirme large, nourri, sinon un peu massif. L’éclat des cuivres patine une pâte plus généreuse que ce que demanderait l’alacrité mutine de la ligne mélodique. L’Allegretto scherzando se distingue par un tempo sage, qui ne trouble guère la netteté du trait, tandis que le Tempo di Menuetto s’appuie d’abord sur la plénitude des pupitres autrichiens. Le finale, Allegro vivace, ne contredira pas cette relative placidité. L’homogénéité chatoyante de l’ensemble n’est guère perturbée par des accents d’humeur et d’humour que le compositeur a pourtant distillés au fil de sa symphonie. Cette Huitième ne se montre pas excessivement joueuse, dans le fond, comme dans la forme.

Comme souvent, la Neuvième, en ré mineur opus 125, « Ode à la joie », avec un finale sur un célèbre poème de Schiller, incite les orchestres à donner le meilleur d’eux-mêmes, sinon à se dépasser. Cette présente lecture sous la baguette d’Andris Nelsons ne le démentira pas. Sans chercher d’intentions métaphysiques à la Fürtwangler, le Letton calibre l’émergence des premières notes avec un sens certain de la progression thématique et dramatique, jusqu’à l’épanouissement d’un Allegro ma non troppo, un poco maestoso qui équilibre de manière vivante la tension expressive et une solennité pondérée, voire retenue. Le développement signale une distillation intelligente des ressources généreuses de l’orchestre, ainsi qu’une confiance complice dans les pupitres de Vienne pour les mobiles éclairages solistes qui innervent le mouvement, en particulier la coda. Contrastant avec l’énergie du Scherzo, l’Adagio exhale un lyrisme fluide et enveloppant que l’on avait déjà apprécié dans d’autres mouvements lents du cycle, sans se complaire cependant dans quelque sentimentalisme. Au contraire, c’est sans doute dans ce vaste cantabile que se dévoile le mieux la noblesse d’inspiration de l’ouvrage, avant le triomphe épique du finale, dont les épisodes successifs sont bien caractérisés.

Devant le Choeur de Radio France, qui relaie l’étagement des séquences et des tessitures, les interventions de solistes de premier choix font vivre l’intensité du texte de Schiller, mise en valeur par une déclamation à la lisibilité parfois inégale. Celle, augurale, de Günther Groissböck, assure une entrée en matière puissante, grave et imposante. De Klaus Florian Vogt, on reconnaît la douceur lumineuse de son timbre, ça et là discrètement assombrie, quand Gerhild Romberger vient en renfort de l’éclat presque sans reproche d’Annette Dasch. Amené après maintes luttes, le tutti conclusif referme une intégrale de luxe relayant la flamme discographique. La logique de la tournée ne garantit pas toujours l’audace, mais le rendez-vous du Philharmonique de Vienne avec le Théâtre des Champs compte parmi les passages obligés du culte de cette année Beethoven.

Intégrale des Symphonies de Beethoven, Orchestre Philharmonique de Vienne, Théâtre des Champs Elysées, concert du 29 février 2020

Visuel ©CC

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