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Le pianiste Leon Fleisher est mort

Le pianiste Leon Fleisher est mort

04 août 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Surnommé l’Obi-Wan Kenobi du piano, le pianiste américain Leon Fleisher nous a quitté, dimanche 2 août, dans un hôpital de Baltimore (Maryland), des suites d’un cancer. Il avait 92 ans. 

Il fait partie des pianistes les plus importants de sa génération. Connu pour son talent mais aussi pour avoir perdu l’usage de sa main droite au début de sa carrière, il était un musicien très respecté, surnommé par ses élèves l’Obi-Wan Kenobi du piano, en référence au grand sage de la saga Star Wars. Le monde de la musique perd un virtuose ayant côtoyé les plus grands, mais aussi une personnalité humaniste et pédagogue remarquable. 

L’enfant prodige

Né en 1923 à San Francisco dans une famille juive originaire d’Europe de l’Est, le jeune Leon est un véritable enfant prodige. Il commence le piano à l’âge de 4 ans et donne son premier récital à 8 ans. L’année suivante, il devient l’élève du légendaire pianiste autrichien Artur Schnabel, lequel n’avait jusqu’alors jamais accepté un étudiant de moins de 16 ans. « Schnabel, on l’a eu par surprise, lors d’un dîner à San Francisco, racontait Leon Fleisher. On m’avait plus ou moins dissimulé dans le salon. Les portes se sont ouvertes et je me suis mis à jouer. Il m’a écouté jusqu’au bout, puis m’a invité à venir travailler avec lui aux cours d’été qu’il donnait à Tremezzo, au bord du lac de Côme. Je suis resté son élève pendant dix ans. »

C’est à seulement 23 ans que le jeune virtuose remporte le fameux concours Reine Elisabeth de Belgique en 1952, une des plus prestigieuse récompense de la musique. Il est le premier Américain à gagner ce prix. Deux ans après, il enregistre son premier disque chez Columbia Records, dédié à Franz Schubert. On parle alors d’un « pianiste complet, dont la technique ne connaît pas la difficulté, à l’intonation ornée et expressive, une maîtrise intellectuelle sûre de la forme musicale et une sensibilité accrue, peu importe ce qu’il jouait« .

Une carrière bouleversée par la dystopie

En 1964, son début de carrière fulgurant est stoppé brutalement par une dystopie focale qui entraîne la paralysie de sa main droite et atteint fortement le moral du pianiste. Pendant plus de deux ans, il ne joue plus de piano et les divers traitements auxquels il s’adonne ne fonctionnent pas. Il est ainsi contraint de se renouveler. Grand pédagogue, il se concentre sur l’enseignement de la musique et se tourne vers la direction d’orchestre, apprise avec Pierre Monteux à l’orchestre philharmonique de New York lorsqu’il était plus jeune. Une nouvelle carrière commence alors : il créé avec la pianiste et compositrice Dina Koston (1929-2009) le Theatre Chamber Players à Washington, qui conjugue répertoire classique et musique contemporaine et devient directeur musical de l’Orchestre symphonique d’Annapolis (Maryland). 

Après plusieurs années sans jouer, il décide tout de même de reprendre le piano en s’attaquant au répertoire pour la main gauche, notamment le célèbre Concerto en ré majeur que Maurice Ravel écrivit en 1932 pour le pianiste autrichien Paul Wittgenstein (1887-1961), lequel avait perdu son bras droit sur le front russe lors de la Grande Guerre. Il joue aussi Prokofiev, Britten, des pièces de Saint-Saëns ainsi que la fameuse « Chaconne » de la Partita no 2 pour violon seul de Bach dans la version transcrite par Brahms pour la main gauche.

En 1995, il finit par retrouver l’usage de sa main droite grâce à plusieurs opérations, mais il ne sera jamais totalement guéri. Il enregistre alors un ultime album en 2004, Two Hands (« deux mains »), et un court-métrage documentaire, Two Hands : The Leon Fleisher story, sur sa vie, sort en 2006. 

 

Visuel : © Bender

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