Classique

Piano et affinités au musée Würth à Erstein

Piano et affinités au musée Würth à Erstein

28 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

A une vingtaine de kilomètres au sud de Strasbourg, le musée Würth à Erstein accueille au mois de novembre un jeune mais stimulant festival de piano, placé pour cette édition 2019 sous le signe de l’humour. Aux côtés des récitals solistes, la programmation offre différents formats chambristes dans un auditorium aux dimensions idéales et intimistes.

[rating=4]

Accompagnant la concentration métropolitaine de la géographie démographique et culturelle, le tourisme néglige souvent les marges des grandes villes et les zones rurales sur lesquels le pittoresque économiquement convertible ne tourne guère sa lentille de microscope. Au milieu de la plaine d’Alsace, à une vingtaine de kilomètres au sud de Strasbourg, Erstein est le siège français de Würth, un spécialiste de l’outillage. Si les grandes entreprises ont parfaitement compris l’intérêt de l’investissement dans la chose culturelle, plus rares sont celles qui l’inscrivent au cœur de leur terroir. A l’image des espaces ouverts dans les filiales européennes du groupe – plus d’une dizaine – le musée Würth d’Erstein participe au déploiement de la riche collection Würth (plus de 18 000 œuvres de créations modernes et contemporaines, depuis le fin du dix-neuvième siècle), au gré d’expositions temporaires – pour cette fin d’année, et jusqu’en mars 2020, c’est le portugais José de Guimarães qui est à l’honneur. Non content de réunir le public autour des créations visuelles, l’institution propose également une saison musicale et d’arts de la scène, dans un ambitus esthétique large, grâce à un bel auditorium de 220 places. L’un des points forts de cette programmation est le festival de piano, concocté par Olivier Erouart, pour la seconde quinzaine de novembre. Placée sous le signe de l’humour, dans une dramaturgie qui ne se limite pas au versant léger de la thématique, la quatrième édition ne se contente pas de mettre le piano en majesté, mais le décline également aux formats de chambre.

Ainsi, le samedi soir offre-t-il aux mélomanes un duo complice dans l’expressivité investie : l’ivoire noire et blanche de Maki Okada aux côtés du violon de Tedi Papavrami. Le récital s’ouvre sur la Sonate n°8 en sol majeur opus 30 n°3 de Beethoven. L’alerte Allegro assai est innervé d’un esprit à l’occasion mordant que l’on retrouve dans le conclusif Allegro vivace, animé par des humeurs de l’archet, après un deuxième mouvement à l’élégance plus élégiaque, sans verser dans la placidité cependant. L’Allegro con fuoco de la Sonate que Poulenc a écrite en hommage à Garcia Lorca installe d’emblée un climat dramatique et une tension intérieure équilibrée de manière complémentaire entre les deux solistes. Après la respiration plus apaisée de lIntermezzo, le Presto tragico renoue avec une ambivalence calibrée ici avec instinct et intelligence. L’adaptation pour violon et piano par Debussy lui-même de son prélude Minstrels séduit par son sourire de guitare. Après l’entracte, la Sonate n°2 en ré majeur opus 94 bis, de Prokokiev, qui procède d’une première mouture pour flûte et clavier, affirme une belle versatilité dans le Presto, après un Moderato augural, confirmée par le finale contrastant avec un Andante inspiré, dans une dynamique qui n’oublie jamais la fluidité de la forme. Quant à la Fantaisie sur des thèmes de Carmen de Sarasate qui referme la soirée, la saveur des évocations de l’opéra de Bizet conjugue la virtuosité étourdissante du violon à la poésie humoristique des transcriptions, entre le Moderato aux rythmes de habanera et le Lento assai sur les vocalises moqueuses de l’héroïne, l’évocation du bar de Lilas Pastia dans l’Allegro moderato et les teintes gitanes du dernier numéro, Moderato. En bis, Ysaÿe ne démentira pas la musicalité athlétique de Tedi Papavrami.

Si le lendemain, dimanche 24 novembre, dernier jour de ce cru 2019, est dominé par deux récitals solistes, Gaspard Thomas le matin, et Martin Stadfeld le soir, les variations des plaisirs musicaux de l’après-midi permettent d’abord de mesurer, l’après-midi, la qualité de la collaboration avec le Conservatoire dramatique de Strasbourg, sous la tutelle d’Olivier Achard, et la Haute Ecole des arts du Rhin, sous la houlette de Jean-Baptiste Fonlupt. Une dizaine d’étudiants de chacun des deux établissements se retrouvent pour un spectacle autour d’extraits de la Cantatrice chauve d’Ionesco, dont l’étrangeté absurde et comique se prête admirablement à un contrepoint musical enlevé. Parmi le foisonnement de pièces plus ou moins piquantes, on retiendra les irrésistibles parodies de l’album de Souvenirs de Bayreuth de Chabrier, avec une inénarrable Chevauchée des Walkyries version quadrille. Plus sérieux est le programme donné par Vanessa Wagner et la violoncelliste Olivia Gay, légèrement aménagé en raison d’une blessure de la pianiste française. La concentration de la Sonate et de la Suite bergamasque de Debussy cèdent ensuite à la sentimentalité mesurée des Cinq morceaux sur un ton populaire opus 102 de Schumann, avant la Sonate en ré mineur opus 40 de Chostakovitch.

Gilles Charlassier

Festival Piano au Musée Würth, Erstein, concerts des 23 et 24 novembre 2019

©Musée Würth

L’agenda cinéma de la semaine du 27 novembre
Faîtes la révolution, qu’ils disaient : Soulèvement de Tatiana Julien
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *