Classique
Noir et lumière du Stabat Mater de Dvorak à la Philharmonie de Paris

Noir et lumière du Stabat Mater de Dvorak à la Philharmonie de Paris

09 juin 2015 | PAR Bérénice Clerc

Laurence Equilbey foule la scène de la Philharmonie pour la première fois accompagnée par les splendeurs tragiques et consolatrices du Stabat Mater de Dvorák, l’orchestre de Chambre de Paris, le magnifique Accentus et quatre solistes. Une version orchestrale pleine d’émotions achevée par un  long triomphe du public.

Dvorák traverse l’irrationnel, la tragédie, il perd plusieurs de ses enfants. Certains trouveront cela fréquent pour un parent de son époque mais l’écoute de son Stabat Mater permet de ressentir une infime partie de sa douleur et l’élévation salvatrice de la musique. Noircir la partition de note, se noyer dans la musique pour oublier l’espace d’un instant la déchirure de la perte et donner naissance à la beauté.

La Philharmonie de Paris est comble, embouteillage dans les escalators déjà en panne, talons aiguilles, rampe d’accès fermée, attente pour la fouille des sacs, plan Vigipirate, robes du soir, costumes sombres et tenues décontractées se croisent et partagent la montée des escaliers avant de poser leur séants sur des fauteuils noirs ou blancs.

L’orchestre de chambre de Paris, Accentus, les solistes et Laurence Equilbey s’installent, quelques mots rapides au micro pour la chef et la musique commence son voyage.

Dès les premières notes la puissance de la douleur, la force de l’orchestre et la formidable machine de paix Accentus sont en marche. Laurence Equilbey transforme les larmes en son, enivre les spectateurs dès les premiers mouvements de la vaste introduction orchestrale.

Les auditeurs et les spectateurs de la somptueuse version pour piano enregistrée par Laurence Equilbey il y a quelques années doivent absolument s’abstenir de toute comparaison. Chaque mouvement de main de Brigitte Engerer était porteur de grâce, force, puissance et poids mesurable à la poésie et la brutalité de la vie.

La musique avance, une marche résolue jusqu’au tombeau, le chœur soulève l’espace avec maîtrise, l’orchestre se pare de subtilités.

Jamais de monotonie, l’écriture sollicite de façons contrastées les solistes et le chœur parfois féminin, céleste, tourmenté, passionné, désespéré ou fluide et printanier pour trouver le salut de l’âme.

Les voix se poursuivent, des lignes vocales mélodiques donnent envie de chanter, tout est lumière, l’orchestre laisse apparaître de belles couleurs, les cordes sculptent, les vents  caressent l’espace.

Le sombre, la souffrance laissent place à la force éclairée comme si une étoile pouvait éclairer la nuit et donner vie au jour.

Une fugue, un jubilatoire amen, le paradis est possible.

Religieux ou symbolique, l’apaisement arrive, chacun connaît de près ou de loin la douleur, la perte, l’absence, la musique de Dvo?ák apporte consolation, réconfort, poésie et élévation.

Laurence Equilbey maîtrise son sujet, fermeté et tendresse elle rend la peine radieuse et répare peut-être l’espace d’un don de soi et d’un concert certains spectateurs en morceaux.

L’Orchestre de chambre de Paris, Accentus, Inva Mula, Sara Mingardo, Maximilian Schmitt, Robert Gleadow et Laurence Equilbey triomphent, les bravos fusent, des spectateurs debout crient l’extase du moment partagé.

Visuel : DR

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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