Classique

« La musique fait son cinéma » Orchestre Symphonique de Bretagne au Couvent des Jacobins

« La musique fait son cinéma » Orchestre Symphonique de Bretagne au Couvent des Jacobins

22 mars 2018 | PAR Victoria Okada

Au centre-ville de Rennes, une nouvelle salle a été inaugurée en janvier dernier : Couvent des Jacobins-Centre de congrès de Rennes Métropole. L’Orchestre Symphonique de Bretagne prend résidence dans le Grand Auditorium qui s’enorgueillit pour son excellente acoustique et sa disposition des places permettant une vue dégagée sur la scène depuis n’importe quel endroit. Le concert avec le violoniste Laurent Korcia a été une belle occasion pour découvrir cette salle.

Lieu chargé de l’histoire
La première pierre du Couvent des Jacobins (ou Couvent de Bonne-Nouvelle), fut posée en février 1367, faubourg Saint-Malo, en présence du Duc Jean IV de Bretagne. En novembre 1491, les fiançailles d’Anne de Bretagne et de Charles VIII furent célébrées en ce lieu, symbolisant l’union de la Bretagne et de la France. Au 16
e et au 17e siècle, le Couvent était réputé comme un important centre d’étude et d’enseignement, doté d’une bibliothèque avec plus de 5000 livres imprimés. À la Révolution, le lieu partagea le destin de nombre d’édifices religieux : il fut saisi et transformé en caserne, et servi de magasins militaires. Il abrita ensuite le siège des associations sportives de l’armée.
C’est en 1986 que le bâtiment a été inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques avant d’être classé Monument historique en mai 1991. Propriété de Rennes Métropole dès 2002, il a accueilli deux biennales d’art contemporain. Les travaux de réhabilitation ont été effectués entre 2013 et 2017, avec d’importantes fouilles archéologiques préalables qui avaient exhumé des tombes prestigieuses. Le Centre de congrès a été inauguré le 10 janvier dernier, par un concert de l’Orchestre Symphonique de Bretagne. Le Centre possède trois salles, dont le Grand Auditorium de 1000 places assises et la Nef située dans l’ancienne église (jusqu’à 400 places), les grandes espaces d’expositions et de restaurations, enfin, 25 salles de commissions, qui constituent un grand ensemble où se marie
nt l’architecture qui a traversé des siècles et les espaces modernes créés autour de la bâtisse historique.

Laurent Korcia époustouflant sous la baguette de Debora Waldman
Au concert, la surprise a été agréable lorsque nous avons découvert la résonance de la salle sans aucun excès de réverbération. Le son arrive directement aux oreilles sans détour ni modification de parcours sonore depuis sa source. Marc Feldman, administrateur général de l’Orchestre, nous confie que cette acoustique change considérablement la façon d’aborder le répertoire de la part des musiciens et l’orchestre, à
tel point qu’ils souhaitent pouvoir répéter et se produire plus régulièrement dans cette salle.
Le programme de la soirée était constitué de musiques utilisées dans des films (Mozart dans
Amadeus de Milos Forman), écrites pour un film (La Nouvelle Babylone de Chostakovitch), ou encore de compositeur ayant travaillé à Hollywood (Korngold). Dans ce concert, la baguette délicate et minutieuse de Debora Waldman semble plus libre d’expression pour des œuvres de période qui est plus de nous que dans le classicisme mozartien. Son Mozart a quelque chose de géométrique, beau sur le plan formel, mais donne une sensation de « trop ordonné ». Ce sentiment se dissipe progressivement dans la Symphonie concertante où l’alto solo de l’orchestre, Cyril Robert, tient avec brio la partie soliste avec Laurent Korcia, où les deux interprètes se montrent à la fois généreux et précis. La Nouvelle Babylone fait adieu à certaine timidité, alors que dans Korngold, Debora Waldman est plus inspirée et plus dynamique, laissant en même temps libre cours au violoniste. On y voit une confiance mutuelle entre les deux musiciens, élément essentiel pour ce concerto virtuose qui ne s’appréhende pas facilement. Dès les premières notes du « Moderato noble » jusqu’aux dernières, vertigineuses, de l’« Allegro assai vivace » final, le son du violon surpasse très largement l’orchestre. Son ampleur est telle que plus qu’une fois, un orchestre plus conséquent aurait été bienvenu pour « concurrencer » l’instrument soliste. Ainsi, toute la salle est conquise par sa prodigieuse musicalité, qui exerce une fascination évidente et une admiration mêlée de stupéfaction chez l’auditoire. À cette musicalité s’ajoute une profondeur étonnante en interprétant la Sonate pour violon seul en ré mineur de Ysaÿe en bis.

Debora Waldman
Originaire de Sao Paulo, Debora Waldman étudie la musique en Israël et en Argentine, puis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, avec Janos Fürst, François-Xavier Roth et Michael Levinas. En 2006, lors d’une audition organisée par l’Orchestre National de France, elle attire l’attention de Kurt Masur, alors directeur artistique de l’orchestre. Elle passe ensuite trois années avec cet orchestre et le maestro, durant lesquelles elle est désignée « Talent Chef d’Orchestre » de l’ADAMI en 2008. Elle est par ailleurs distinguée par la fondation Simone et Cino del Dica (Académie des Beaux-Arts), en 2011.

Wolfgang Amadeus Mozart : Don Giovanni, ouverture, Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre (2e mouvement), Symphonie n°25
Dmitri Chostakovitch :
La Nouvelle Babylone, suite d’orchestre
Erich Wolfgang Korngold 
: Concerto pour violon en ré majeur op. 35

Laurent Korcia, violon Cyrile Robert, alto
Orchestre symphonique de Bretagne, Debora Waldman, direction
Concert du 16 mars 2018 au Couvent des Jacobins-Centre de congrès de Rennes Métropole

photos : Laurent Korcia © Elodie Crebassa/Naïve ; Debora Waldman © deborawaldman.com ; Orchestre Symphonique de Bretagne © OSB

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