Théâtre

LA RÉVOLTE DE VILLIERS DE L’ISLE-ADAM AU POCHE-MONTPARNASSE

LA RÉVOLTE DE VILLIERS DE L’ISLE-ADAM AU POCHE-MONTPARNASSE

22 mars 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

La Révolte est une pièce de Villiers de l’Isle-Adam créé en 1870 au Théâtre du Vaudeville. Heurtant violemment l’idéologie bourgeoise elle disparaît après cinq représentations. L’oeuvre mise en scène par un inspiré Charles Tordjman a conservé tout son caractère subversif.

Un récit insurrectionnel sur l’émancipation de la femme, mais pas que. 

Paris 1870, l’heureux banquier Félix converse avec sa femme Élisabeth sur les bilans et investissements du jour. On décide d’expulser quelques locataires en indélicatesse de leur loyer puis d’aller bientôt pour se distraire au théâtre. On s’échange des éloges sur la fortune de Félix.  Elisabeth tient les livres de comptes et grâce à un travail consciencieux a triplé la fortune de son mari. Mais un soir elle remplace le « tu » par le vouvoiement. Comme l’acte dernier d’une révolte qui grondait en elle depuis longtemps elle solde ses comptes, donne quitus de ce que fut son mariage à la manière d’un esclave qui calcule la somme de son affranchissement. Elle le quitte. Il est stupéfait. Bien vite elle conçoit que quitter mari et enfant est un indépassable. Son retour est aussi sinistre que son réquisitoire pour sa libération fut quatre heures plus tôt, flamboyant.

Voila l’intrigue terrible de cette pièce de Villiers de l’Isle-Adam écrite au 19e siécle:  Une femme quitte son mari pour revenir vers lui quelques heures après quand elle comprend amère qu’elle n’aura pas la force de réaliser son rêve : vivre pour elle même. À sa création le personnage de l’épouse a 27 ans, son mari 40; nous retrouvons avec Olivier CRUVEILLER et son phrasé et son ton ce que la différence d’âge appuie du paternalisme des maris, héritage d’un patriarcat qui n’admet ni doute ni remise en cause.

Au delà de ce destin de femme qui tente de briser un plafond de verre vient l’autre question contemporaine et violente de la liberté individuelle, la question de ce qui compte ou pas au regard de l’envie de se réaliser soi même. Entre  ces deux troubles, celui encore en chantier de l’émancipation des femmes et celui du désir individuel le texte résonne dans l’actuel. La mise en scène épurée de Charles Tordjman, son esthétisme étayée par la toilette d’Elisabeth prodigue l’embrasement de ces troubles, car au fond tout commence par un rêve.

 

 

La révolte
au Poche Montparnasse
75 bd du Montparnasse, 75006 Paris

Représentations du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h
Mise en scène :
Charles TORDJMAN
Distribution :Julie-Marie PARMENTIER, Olivier CRUVEILLER

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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