Classique

Mozart à Cor et à cris au Printemps des Arts de Monte-Carlo

Mozart à Cor et à cris au Printemps des Arts de Monte-Carlo

02 avril 2018 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’un puissant soleil a couronné ce dimanche de Pâques dans un Monte-Carlo à la fois vibrant de messes et de touristes, c’est Mozart qui régnait en maître au Printemps des Arts, mais sous la forme originale d’un instrument précieux : le Cor naturel.

En milieu d’après midi, dans les profondeurs confortables du Théâtre Princesse Grace, Emmanuel Hondré, musicologue et Directeur du département concerts & spectacles à la Philharmonie de Paris, prépare une partie du public au concert du soir par un cours. Abordant Mozart par l’angle de l’ombre et des « Lumières” il nous parle de peinture, des adhésions franc-maçonnes du compositeur, tout en détaillant le programme du soir, soulignant notamment le challenge que représentent pour  pour un corniste, la technicité des deux concerti de Mozart.

Il est 18 heures quand nous prenons place à l’Opera. Les fenêtres sont ouvertes et l’on voit en relief des dorures et bois précieux de Garnier la mer et le bleu du ciel. C’est infiniment beau. Tant qu’on en oublierait presque l’impatience du public qui emplit le lieu entièrement, avec l’élégance attendue à Monaco et aussi pas mal d’enfants venus se frotter à la musique de Mozart…

Ces derniers sont ravis par la Sequenza de Berio du soir. Chaque concert est inauguré par une de ces pièces du composteur italien. Or pour le trombone (1966), interprété par l’extraordinaire David Buchez-Lalli, Berio s’est inspiré du mythique cirque Grock. Déambulant en soufflant un son aussi burlesque que métaphysique, le musicien se plante en clowns triste au milieu des pupitres installés pour l’orchestre et nous pose la question du « Pourquoi? »

C’est enchantés avec les enfants que nous accueillons les musiciens britanniques et baroques de Roger Norrington et l’Orchestra of the Age of Enlightenment pour une 33e symphonie de Mozart (1779) qui commence dans l’éclat altier de l’Allegro. Les violons sont majestueux, comme si instruments anciens de l’orchestre britannique amollissaient Mozart. La langueur se poursuit et regagne en vivacité dans l’Andante où l’on entend la lumière promise par la conférence qui s’allège encore avec le Menuetto. Le final Allegro assai accomplit une joie que Roger Norrington souligne avec un clin d’œil.

Le soliste anglais Roger Montgomery, entre en scène avec son cor naturel, long et enroulé qu’il manipule la main dans le pavillon. L’exercice semble très difficile et même si l’orchestre l’entoure au maximum pour ce Concerto pour cor n°4 (1786), le public peut le voir souffrir dans cette œuvre longue d’une vingtaine de minutes. Tout commence en douceur dans l’Allegro maesto ou c’est avec les flûtes que le corniste reprend forever le thème initié par les cordes. Alors que la mélodie paraît sublime, l’orchestre semble s’enfoncer dans le pavillon du cor vers des sables mouvants. Le  mouvement suivant est lent et majestueux tandis que le Rondo final évoque une partie de chasse féerique.

L’entracte ne semble pas volée pour l’orchestre et le corniste qu’on a peur d’avoir éreintés avec l’exigence de ce concerto de Mozart. Après la pause, le Concerto pour cor n°1, bien moins long (9 minutes) et en deux mouvements seulement semble plus sombre et plus aérien. Composé l’année de sa mort (1791) par Mozart pour le même corniste Leitgeb un peu vieillissant, cette œuvre a la gravité du ré majeur. Elle est néanmoins aussi très lumineuse et permet à la fois de goûter mieux l’instrument qu’il met en exergue et de marquer la saison puisqu’elle fait références aux leçons de ténèbres du Samedi Saint.

Après ce moment de concentration sur le cor, la symphonie no 36 « Lins » (1783) est une épiphanie. Elle commence avec solennité dans l’Adagio où les archets créent des moments de mystère et de profondeur, s’emballe dans l’Andante. Et nous promène dans une nature préromantique avec le menuet du troisième mouvement. L’orchestre finit dans le follement léger avec le Presto. Lumière donc et bis toujours de Mozart applaudi par le public pour finir une belle soirée de musique à la fois populaire et pointue, à Monte-Carlo.

Alors que le printemps des arts se poursuit jusqu’au 29 avril 2018, ce lundi de Pâques a lieu le mythique « Voyage surprise » où les spectateurs prennent pas moins de 7 bus vers un endroit mystérieux pour un programme musical de rêve. Nous regrettons de manquer cela

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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