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Montmorillon, la Spedidam au cœur de la ruralité

Montmorillon, la Spedidam au cœur de la ruralité

26 août 2019 | PAR Gilles Charlassier

Dans le cadre de sa mission de diffusion musicale, la Spedidam accompagne des rendez-vous installés dans des régions en marge de grands circuits culturels. Pour sa huitième édition, le Festival des Lumières de Montmorillon concentre une programmation à la fois originale et accessible : la journée du vendredi 23 août en offre l’illustration.

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Sise sur les bords de la Gartempe, rivière du bassin versant de la Loire, la petite ville poitevine de Montmorillon, d’abord estampillée comme Cité du livre et de l’écrit, accueille depuis désormais huit ans le Festival des Lumières, soutenu par la Spedidam, en charge de la gestion des droits des artistes-interprètes, qui met en avant des artistiques qu’elle accompagne sur des cycles de plusieurs années. En trois jours, la programmation balaie un large répertoire, du baroque au vingtième siècle, en mêlant grandes pages du répertoire et pièces méconnues.

Pour défendre ces dernières, le concert de 18 heures, sous une tonnelle, constituent le format idéal pour inviter un public qu’une certaine musique intimiderait. Nommé Artiste Génération Spedidam, Laurent Deleuil propose, en symbiose avec l’accompagnement pianistique de Nicolas Royez, un savoureux choix de mélodies en langue française, qui reprend le contenu d’un enregistrement discographique à paraître cet automne. Ecrites sur des poèmes de Jules Renard, les Histoires naturelles de Ravel distillent un délicieux humour, un rien narquois, au gré de ces portraits animaliers aux allures de satires psychologiques où s’épanouissent la diction précise et l’extraversion expressive du baryton franco-canadien, lequel n’hésite pas à introduire de quelques mots les œuvres jouées. Après trois numéros plus introvertis de Kurt Weill, dont le célèbre Youkali, les sept miniatures du Travail du peintre de Poulenc, sur des textes d’Eluard, privilégient l’évocation condensée d’un univers artistique où l’imagination, peut, au fil des mots, reconstituer des souvenirs de toiles. Du compositeur français, les Quatre poèmes de Guillaume Apollinaire et les deux Parisiana, sur des poésies de Max Jacob, confirment la fantaisie d’une inspiration dont le duo fait résonner les couleurs et les humeurs. Le jeu des citations de Denis Gougeon referme le récital sur des instantanés – souvent une phrase, détaillée en moins d’une minute – qui ne démentent pas la vitalité d’interprètes, pour lesquels la complicité avec les auditeurs comptent au moins autant que la justesse.

La soirée se déroule dans l’Espace Gartempe, avec l’ensemble Les forces majeures, sous la houlette de Raphaël Merlin, et de savoureux classiques. Conçue pour des festivités de plein air, la Water music de Haendel déploie des effets que la réduction pour une bonne quinzaine de musiciens restitue aussi fidèlement que possible, tout en transposant, pour une acoustique d’intérieur, l’éclat des timbres en une patine homogène. Sans appuyer les attaques et les contrastes, la fluidité énergique de la ligne n’a pas besoin d’imiter les habitudes d’authenticité pour en résumer l’esprit. Faisant dialoguer le violon aérien et souple de Pierre Fouchenneret et l’élégante rondeur de l’alto de Lise Berthaud, la Symphonie concertante en mi bémol majeur K 364 de Mozart équilibre le frémissement des tutti et le lyrisme des entrelacs des deux solistes, culminant dans un mouvement lent habité par une sensibilité aussi sincère que pudique. Les modulations du discours et les textures orchestrales respirent avec un évident instinct du style, soutenu par la qualité chambriste de la cohérence des ensembles. La condensation des effectifs ne tamise aucunement les couleurs de la partition. L’essence de l’inspiration mozartienne se trouve tout autant préservée dans la Symphonie n°29, qui conclut la soirée sur une note de virtuosité brillante et étourdissante. L’ivresse de la musique est à la portée de tous, tel est le pari réussi du Festival des Lumières de Montmorillon.

Gilles Charlassier

Festival des Lumières, Montmorillon, août 2019

©Mathias Nicolas

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