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Rencontres Musicales d’Evian – La Grange au Lac retrouve son public

Rencontres Musicales d’Evian – La Grange au Lac retrouve son public

01 juillet 2021 | PAR Victoria Okada

Les Rencontres Musicales d’Evian ont repris du service du 26 juin au 3 juillet. Après une édition très réduite en 2020, la mythique Grange au Lac retrouve son public fidèle même si la salle ne tourne pas encore à plein régime à cause des mesures sanitaires. Heureusement, les concerts de haute volée résonnent, au grand plaisir de mélomanes.

Récital d’airs d’opéras français et italiens de Juan Diego Flóres

Juan Diego Flores

Pour notre premier concert, Juan Diego Flóres chante des airs d’opéras italiens et français. Dès la première pièce, le chanteur péruvien se montre très prudent, en prenant des tempos parfois beaucoup plus lents que d’habitude. C’est comme s’il vérifiait chaque note dont il n’entend pas des retours. De cette manière, il prépare la projection de sa voix avec beaucoup de précaution. À travers cette prudence on sent quelque tension, mais son timbre splendide est intact, ainsi que la magnifique élasticité. Avec le pianiste Vincenzo Scalera, qui s’adapte parfaitement au jeu de son partenaire, Flóres réussit le programme exigeant. C’est également une occasion d’entendre au piano solo des pièces méconnues des compositeurs essentiellement associés à l’opéra. Le meilleur vient après le programme imprimé. Flóres revient avec sa guitare et propose des chansons latines, dans lesquelles il est comme un poisson dans l’eau. Le dernier bis avec le piano enflamme la salle.

Heisser et Neuburger interprètent Mantra de Stockhausen

Le lundi 28 juin à 17h30, on entend Mantra de Karlheinz Stockhausen par Jean-François Heisser et Jean-Frédéric Neuburger. L’œuvre est écrite pour deux pianos, un dispositif électronique (réalisé par Serge Lemouton pour ce concert), et un jeu de woodblock, de métallophone, de crotales.
Les deux pianistes expliquent brièvement les caractéristiques de la composition, puis, passent à l’interprétation. Comme la veille au soir, le début du concert est dominé par quelque prudence pour la synchronisation et l’effet sonore. Mais à mesure que la pièce évolue, ils s’y plongent de plus en plus. L’orage qui s’éclate à un moment où règne un relatif silence dans l’œuvre, semblait déclencher leur enthousiasme et désormais, leur jeu devient plus percutant, avec plus d’épaisseur. Seulement, « la bulle sonore » dans laquelle les spectateurs sont censés être enveloppés n’était pas pour autant perceptible ; l’acoustique relativement sèche de la salle ne permettait-elle pas l’effet escompté ? Quoi qu’il en soit, proposer une telle œuvre dans une salle où, a priori, on n’imaginerait pas l’entendre, ouvre à de nombreuses personnes la porte de la musique électroacoustique dite « contemporaine », de surcroît dans une interprétation de haute volée.

Soirée de musique de chambre

Deux groupes de musique de chambre jouent, dans la soirée, deux quatuors de Mendelssohn et le Trio de Ravel. Les Quatuors de Félix Mendelssohn par le Quatuor van Kuijk résonnent eux aussi sous les bruits de tonnerres et de pluie battante. La sonorité des quatre instruments à cordes reste assez sèche tout au long du concert, malgré les panneaux acoustiques installés derrière eux. L’interprétation, très belle sur le plan formel, semble quelque peu manquer du romantisme passionné et vigoureux qui est de plus en plus associé à l’interprétation du compositeur de Leipzig.

Jean-François Heisser revient après l’entracte avec le violoniste Pierre Fouchenneret et le violoncelliste Marc Coppey. Leur Ravel est musclé, comme on l’entend rarement. Beaucoup de caractère donc, avec une certaine prise de risque, qui n’oublie pourtant l’élégance ravérienne. Pour réaliser ces deux aspects dans une interprétation, il faudra avoir une conviction. Et nos trois musiciens l’ont chacun, celle qu’ils ont forgée au cours de leurs vies musicales riches et intenses. Ils nous ont fait découvrir une facette de Ravel inattendue, en faisant preuve de tant d’inventivité !

Pour des comptes rendus plus amples, visitez vivace-cantabile.com

visuels © Matthieu Joffres

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Victoria Okada

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