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Martha, où est le romantisme ?

Martha, où est le romantisme ?

03 octobre 2016 | PAR Julien Coquet

Malgré une soirée très prometteuse, le dimanche 2 octobre, le concert s’avère décevant avec une Martha Argerich jouant à toute allure.

[rating=3]

La soirée s’annonçait comme historique : Riccardo Chailly, chef, entre autres, de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, était à la tête du Filarmonica della Scala, dont il est chef permanent. La célèbre pianiste d’origine argentine Martha Argerich le rejoignait pour le Concerto pour piano et orchestre en la mineur opus 54 de Robert Schumann. La première partie, romantique, s’opposait à une seconde beaucoup plus légère consacrée à Verdi.

L’Ouverture de Manfred de Schumann ouvre le concert. Œuvre romantique par excellence, elle est inspirée du poème dramatique de Lord Byron racontant les tourments de Manfred dûs à son sentiment de culpabilité : il aurait causé la perte de son double féminin, Astarté, sans que l’on sache vraiment ce que représente ce double. L’œuvre s’ouvre par une série de trois accords que l’on entend très distinctement grâce à la direction précise de Chailly. Dans une tonalité sombre, on voit bien le Manfred tourmenté et inquiet : les périodes d’accalmies alternent aux périodes de questionnement beaucoup plus vives. Chailly arrive tout à fait à jouer sur plusieurs tableaux et à faire ressortir les différentes couleurs de l’œuvre sans que celle-ci soit trop sombre.

A la suite de cette Ouverture, Martha Argerich se positionne au clavier et commence les enchaînements héroïques en saute du Concerto pour piano. Si on se réfère à la correspondance de Schumann, on apprend qu’il voulait l’œuvre comme une parfaite harmonie entre l’orchestre et le piano : l’un ne devait pas prendre le dessus sur l’autre et le soliste, alors que c’était souvent le cas à l’époque, ne devait pas s’imposer en héros. Le problème, ici, est que le pacte est loin d’être respecté… Et ce pour une raison peut-être très simple : durant la demi-heure qu’a duré le concerto, Chailly et Argerich n’ont pas échangé un seul regard (mis à part durant les pauses entre les mouvements). Chacun pour sa peau et chacun de son côté, ce qui conduit à des changements fréquents de tempo : Argerich accélérant à tout rompre dès qu’elle a la parole tandis que Chailly souhaite un tempo beaucoup moins soutenu (que l’on peut découvrir lorsque la clarinette se pose en tant que soliste). Le deuxième mouvement est le plus intéressant des trois : on croirait entendre une petite chanson que l’on fredonne ensuite. Mais, dans tout cela, rien de très romantique… Martha, très applaudie, joue la pièce des Kinderszenen de ce même Schumann. Voilà la pianiste que l’on attendait !

Après l’entracte, Chailly dirige des extraits du célèbre opéra de Verdi commandé par l’Opéra de Paris : Les Vêpres siciliennes. L’ouverture, comme celles d’Offenbach, adopte le principe du pot-pourri. Les principaux thèmes de l’œuvre se déploient les uns à la suite des autres mais sans qu’ils s’enchaînent réellement, sans liant, si bien que l’ouverture, la plus longue de Verdi, est entrecoupée de courts silences. Ensuite, le Filarmonica della Scala interprète le ballet « Les Quatre saisons », passage obligé pour un opéra composé à l’époque. Malheureusement, la musique de Verdi n’est pas réellement profonde et on a vite l’impression d’assister à un concert du nouvel an. Cependant, et heureusement, il est intéressant d’entendre l’orchestre de la Scala de Milan dans un répertoire où il excelle. Les nuances sont clairement assumées et on voit qu’ils éprouvent du plaisir à jouer cette œuvre.

Très applaudi, Chailly revient pour deux bis. Nous n’avons pas reconnu le premier… Mais le second est la célèbre ouverture de Guillaume Tell. Le début, solo de violoncelle rejoint ensuite par ses pairs, est très émouvant. L’orchestre arrive ensuite peut à peu et enfin débouche le célébrissime thème popularisé, entre autres, par Orange Mécanique. Ca cavale, ça accélère, ça décolle. Bref, idéal pour terminer une soirée mitigée.

  • Robert Schumann
    Ouverture de Manfred
    Concerto pour piano
  • Entracte
  • Giuseppe Verdi
    Les Vêpres siciliennes (Les Quatre Saisons, Sinfonia)
  • Filarmonica della Scala
  • Riccardo Chailly, direction
  • Martha Argerich, piano

 

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Julien Coquet

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