Essais
Enzo Traverso interroge la  » Mélancolie de gauche »

Enzo Traverso interroge la  » Mélancolie de gauche »

03 octobre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Dans son nouvel essai, qui est lui fruit d’un cours donné à Cornell en 2014, l’Historien Enzo Traverso interroge le rapport au passé de la gauche révolutionnaire. Une collection d’essais sensibles, dans le pur jus de l’Histoire des idées où Traverso est maître et qui s’intéresse beaucoup au cinéma. Sortie le 6 octobre 2016 aux éditions La Découverte.

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L’essai Mélancolie de gauche part de deux constats : Premièrement : jusqu’en 1989, tous les échecs de la gauche étaient vus comme des martyres dont les révolutionnaires des générations suivantes s’inspiraient et se revendiquaient mais près l’échec du communisme en actes, le passé de gauche n’est plus source de fierté et d’identité pour la gauche. Deuxièmement : le champs des études de la mémoire naît justement dans les années 1980 quand cette mémoire de la gauche se perd. Dès lors, Traverso analyse la mélancolie de gauche, d’abord ressource puis source de paralysie comme une « tradition cachée » au sens de Hannah Arendt : un fil historique (paradoxalement très individualiste pour les communistes aux 19e et 20e siècles) où des personnages chérissent, entretiennent et font progresser une certaine idée de la gauche. Il y a bien sur des grands intellectuels comme Marx lui-même ou Daniel Bensaïd, des acteurs politiques comme les communards de 1870, Rosa Luxembourg ou les leader des révolutions d’Amérique Latine et puis il y a aussi – maîtres dans l’art de projeter la mémoire et la mélancolie- les cinéastes comme Eisenstein, Marker, Pontecorvo ou Loach.

Partant d’une intuition vive et passionnante, Enzo Traverso est convaincant dans la démonstration que là où la mélancolie et les échecs ont pu être source d’inspiration pour la gauche, elle est devenue source de paralysie. Mais peut-être que sa gauche – jamais tout à fait définie- est encore trop moulée par le communisme du 20e siècle pour éclairer tout à fait la lanterne de nos cinémas d’aujourd’hui : à la lecture du livre, l’on aimerait beaucoup comprendre si (et si oui comment ?) la mélancolie du passé façonne aussi les rebelles d’aujourd’hui – qui pourraient être aussi bien des réformateurs socialistes ayant accepté l’économie de marché que des mouvements « indignés » contrela finance internationales ou des cavaliers seuls et anonymes d’une information par tous partagée…

Enzo Traverso, Mélancolie de gauche, la force d’une tradition cachée (XIXe-XXIe siècle), La Découverte, 232 p., 20 euros.
visuel : couverture du livre / Christopher Anderson / Magnum photos

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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