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Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (2)

Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (2)

27 février 2020 | PAR Gilles Charlassier

Après les trois premières symphonies mardi 25, Andris Nelsons et le Philharmonique de Vienne poursuivent leur intégrale Beethoven avec les Quatrième et Cinquième Symphonies, dans ce même esprit de compromis entre la tradition et son renouvellement.

[rating=4]

Sans doute l’une des moins jouées du corpus symphonique de Beethoven, la Quatrième, en si bémol majeur opus 60 affirme une fraîcheur qui l’apparente souvent aux opus plus « légers ». C’est en tout cas l’un de ceux sur lesquels Andris Nelsons semble le plus porté à bousculer la patine d’une certaine tradition. L’introduction lente, Adagio molto, du premier mouvement, prépare, sans pesanteur, et avec un soin attentif à la douceur de la pâte orchestrale,  la vitalité de l’Allegro vivace, où se distingue une certaine franchise des couleurs instrumentales, tant dans les accès de fougue des coups d’archet que dans des textures à la fois nourries et lisibles. L’instinct lyrique que l’on avait relevé dans le mouvement lent de la Deuxième se retrouve dans celui de la Quatrième. Délaissant la baguette pour la main nue, le chef letton galbe la fluidité mélodique avec une évidente tendresse du chant, éclairant avec naturel les interventions solistes successives des pupitres, sans trahir la souple cohérence de l’ensemble. Si le Scherzo se résume à une nervosité contrastante, l’Allegro ma non troppo fait entendre une intéressante lecture de la dynamique du finale, tirant parti de la disposition violons à la viennoise, où les premiers font face aux seconds. Le balancement du motif initial de l’un à l’autre façonne une belle plasticité de la pâte orchestrale qui innerve l’énergie foisonnante d’une interprétation qui, sans renoncer à l’homogénéité du son, le fait vivre avec une jubilation quasi juvénile. Le résultat, peut-être marqué par une relative impulsivité, ne manque pas cependant de stimuler.

La célèbre Cinquième, en ut mineur opus 67, n’a sans doute pas besoin de cette ingéniosité musicale pour retenir l’attention du public. Les fameux accords auguraux résonnent avec une précision sans bavure, moins appuyée que dans certains stéréotypes, mais qui ne renonce pas à la générosité de l’élan. Plus que dans un Andante con moto sans relief inédit, l’imagination d’Andris Nelsons se déploie dans les murmures du Scherzo, et la reprise piano, où les pizzicati feutrés des cordes soutiennent la mobilité du thème à l’harmonie, dans une écoute attentive et complice de la baguette où chacun des pupitres se sent mis en valeur – les affinités du chef avec les musiciens viennois se joue probablement dans ces instants de grâce. Le triomphe de l’Allegro final exalte une plénitude burinée par des cuivres vaillants qui participent à la densité jubilatoire collective. Sans être figée dans ses canons, la tradition réjouira le public.

Intégrale des Symphonies de Beethoven, Orchestre Philharmonique de Vienne, Théâtre des Champs Elysées, concert du 26 février 2020

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