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L’Orchestre National de Lille poursuit son cycle Mahler

L’Orchestre National de Lille poursuit son cycle Mahler

09 juin 2019 | PAR Victoria Okada

Commencé en janvier 2019, l’Orchestre National de Lille poursuit, sous la baguette de son directeur musical Alexandre Bloch, l’intégrale des neuf Symphonies de Gustave Mahler. Le 8 juin dernier, les musiciens ont donné la Quatrième Symphonie et du 24 au 28 juin, interprèteront la Cinquième Symphonie.

Intégrale des symphonies de Mahler

Alexandre Bloch découvre l’univers symphonique de Mahler à la fois « terrorisant et envoûtant » à l’âge de 18 ans. Deux saisons après sa nomination comme directeur musicale de l’Orchestre national de Lille, le chef « souhaite emmener les musiciens, l’équipe de l’ONL mais également le public et nos partenaires, dans une aventure extraordinaire, une expérience collective exceptionnelle ». D’autant que l’année 2019 correspond au 130e anniversaire de la création de sa Première Symphonie. Ainsi, il a entamé l’intégrale des neuf chefs-d’œuvre du compositeur allemand en janvier de cette année, l’odysée qui prendra fin le 17 janvier 2020.
Il dit à ce propos : « Lorsqu’on a la chance de pouvoir collaborer avec une telle excellence artistique et exigence musicale [qu’est l’ONL], je crois que cela devient naturel de se lancer dans des projets un peu fous, d’où m’est venue l’idée de ce cycle Mahler. »

L’ONL a une longue expérience de Mahler. La première exécution de l’une de ses symphonies, la Cinquième, date de 1976, l’année qui suivit sa fondation. Depuis lors, les œuvres orchestrales (y compris la Dixième inachevée) ont été programmées à 40 reprises, sans compter les doubles ou triples présentations à Lille, en région et en tournée. De nombreux chefs se sont succédé sur le podium, parmi lesquels Eliahu Inbal, Andrew Litton, Joseph Swansen, Laurent Petitgirard, et bien sûr, Jean-Claude Casadesus. La Quatrième Symphonie est à la tête du palmarès puisqu’elle a été jouée 11 fois, de 1978 à 2017. Pour la présente intégrale, Alexandre Bloch propose « la vision d’un jeuue homme de 33 ans de symphonies qui lui plaisent particulièrement ». Pour lui, ce sera également « l’occasion de montrer l’orchestre sous un nouveau jour ». En effet, sa prise de fonction, de nombreux renouvellements de musiciens ont été effectués, dont la nouvelle violon solo Ayako Tanaka, redynamisant l’ensemble de la formation. L’orchestre va continuer sur cette ligne durant les prochaines années, et avec Alexandre Bloch dont le mandat a récemment été renouvelé jusqu’en 2024, le renouvellement s’opèrera dans une cohérence et continuité. Chaque Symphonie de Mahler sert donc de pierre angulaire pour la construction d’un nouveau son.

La 4e symphonie


Le 8 juin dernier, à l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille, la Quatrième Symphonie était au cœur du programme. Ce concert se situe en quelque sorte à un point clé du cycle, à mi-chemin de la série des neufs œuvres.

La première partie du concert était consacrée à la Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 43 de Rachmaninov, avec Alexander Gavrylyuk au piano. L’Ukrainien a un moyen technique extrêmement virtuose et étincelant, qui convient à la grande brillance exigée par la partition. Nous apprécions son jeu précis, mais cette précision tourne parfois en quelque chose de mécanique, ce qui était le cas lors de son concert. Il a une grande richesse dans son expression mais paradoxalement, cela ne suffit pas toujours à dépasser le côté froid de son jeu. En revanche, dans la Vocalise op. 34 de Rachmaninov (arrangement de Zoltan Kocsis) donnés en bis, il fait preuve d’un grand lyrisme, en conjuguant délicatesse et passion.

Dans Mahler, Alexandre Bloch tire de l’orchestre des couleurs fort différentes dans chaque mouvement. Les grelots du début du 1er mouvement donnent le ton sec et les cordes continuent dans la même lancée relativement sèche. Les vents viennent colorer ces cordes grâce aux différents timbres et atmosphères, pour rendre le mouvement pittoresque et romantique. Le grotesque du 2e mouvement n’est peut-être pas mis explicitement en accent, le chef privilège, nous semble-t-il, l’atmosphère lyrique et théâtrale, sans que la sonorité de chaque instrument devienne excentrique. La courbe mélodique envoûtante et sensuelle du 3e mouvement est certainement le point fort de l’interprétation. L’orchestre est lui-même bercé dans une volupté de sons moelleux et satinés. Ici, la belle sonorité des cordes homogènes et douces est soulignée par des bois et des cuivres certes aussi doux que les cordes mais également corsés, ce qui créé un contraste saisissant. On voit là qu’Alexandre Bloch réussit déjà à modeler le son qui lui est propre et nous parions que quelques années plus tard l’orchestre sera bien forgé à son image. Le finale est une véritable fête. Dans ce mouvement, l’aspect de « conte » est fortement ressenti, et ce indépendamment des paroles chantées par la soprano Elizabeth Watts. La voix de la cantatrice, aussi envoûtante que l’œuvre, ajoute telle une crème épaisse une saveur de plus à l’orchestre. Et quelle saveur ! La largeur de ses souffles apaise les grelots qui reviennent plus agressifs, en conférant une touche infiniment gaie mais également quelque chose de « maternisant ». Ce n’est pas les combinaisons de notes que l’ONL nous propose mais il raconte une histoire dont le contenu sera librement imaginé par chaque auditeur. Voilà le talent de ce jeune chef qui propose une kyrielle d’idées sans qu’il les impose, autrement dit, il parvient à laisser une grande marge d’interprétation dans l’imaginaire de chacun, tout en offrant sa vision.

La saison 2018-2019 se termine avec la Cinquième Symphonie le 24 juin à Dunkerque, le 25 juin au Festival de Saint-Denis en région parisienne, le 27 au Festival des Forêts de Compiègne et le 28 juin à Lille.

La suite du cycle Mahler :

6eSymphonie en ouverture de la saison 201-2020, 1er et 2 octobre à Lille et 4 octobre à Calais ; 7eSymphonie les 18 octobre à Lille, 19 octobre à Philharmonie de Paris et le 24 octobre à Liège ; 8eSymphonie « des mille » 20 et 21 novembre à Lille ; 9eSymphonie les 15 et 16 janvier 2020 à Lille et le 17 janvier à Valenciennes.

L’exposition Gustave Mahler, conçue à partir des fonds de la Médiathèque Gustav Mahler à Paris, sera en accès libre les après-midi et soirs de concerts dans l’espace public de l’Auditorium du Nouveau Siècle.

photos : Ugo Ponte © ONL

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Victoria Okada

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