Classique

L’Orchestre de Radio France habité par Grieg et Bruckner

L’Orchestre de Radio France habité par Grieg et Bruckner

23 octobre 2017 | PAR Alexis Duval

Le chef finlandais Jukka-Pekka Saraste a dirigé avec brio la formation philharmonique pour un concert exceptionnel, vendredi 20 octobre, dans l’Auditorium de Radio France.

[rating=5]

Le programme était plus qu’alléchant dans le contraste qu’il proposait. Jugez un peu : le Concerto pour piano et orchestre en la mineur du Norvégien Edvard Grieg (1843-1907) et la Symphonie n°9 en ré mineur de l’Autrichien Anton Bruckner (1824-1896). A la délicatesse du premier, où les influences romantiques de Mendelssohn et de Schumann sont notables, s’oppose le tumulte et le fracas du second, qui s’inscrit dans la prestigieuse lignée de Beethoven et Wagner. Le sublime Auditorium de Radio France et son orchestre philharmonique, dirigé par le chef finlandais Jukka-Pekka Saraste, n’ont pas déçu les attentes d’un public venu en masse, vendredi 20 octobre.

L’influence de Schumann s’entend dès les premières notes du premier mouvement de l’oeuvre du compositeur norvégien. Avec l’attaque puissante de la cadence au piano puis le développement d’une ligne mélodique élégiaque, le parallèle est presque évident entre le Concerto pour piano de Grieg, composé en 1868, et celui de l’Allemand, fini plus de deux décennies plus tôt, en 1845. Une tension que l’Orchestre philharmonique de Radio France, sous la baguette bienveillante de Saraste, a réussi à restituer à merveille tout au long des trois mouvements du concerto, qui laisse la part belle au tourbillon des cordes.

Au piano, le parti pris – risqué – de Lars Vogt d’insuffler une grande liberté dans son jeu alors que l’oeuvre est structurée autour de son instrument s’est révélé payant. Habité, l’interprète allemand s’est prêté à une performance physique, suant à grosses gouttes et s’essuyant le front à plusieurs reprises. Il a donné le meilleur de lui-même en investissant son corps dans le concerto. Au point qu’il semblait dépourvu d’énergie lorsqu’il a joué son bis. Après Grieg, le Nocturne n°20 de Frédéric Chopin semblait fort fade.

Liquidité et vaillance

La puissance. L’outrance. La tonitruance. Le tumulte. Le maëlstrom. La Symphonie numéro 9 d’Anton Bruckner est tout cela, et bien plus encore. Le deuxième mouvement, un « Scherzo, bewegt, lebhaft », est une sensationnelle explosion de cuivres et de cordes autour d’un thème lancinant. L’oeuvre, que son compositeur a conçue entre 1887 et 1894 sans pouvoir en , ne laisse étrangement pas la sensation d’être inachevée. Sa construction rompt avec la structure des modèles dont elle s’inspire (en quatre mouvements) mais se suffit à elle-même.

Dirigeant l’Orchestre philharmonique de Radio France, Jukka-Pekka Saraste a fait honneur à ses compatriotes. On se demande comment un pays de moins de six millions d’habitants parvient à former autant de chefs de renommée internationale, d’Esa-Pekka Salonen à Osmo Vanska en passant par Jorma Panula ou Susanna Mälkki. Vendredi 20 octobre, la liquidité et la vaillance de la baguette de Saraste ont en tout cas fait mouche. Serrant fermement la main gauche sur son coeur pendant le premier mouvement, le Nordique a vécu tout le mysticisme de Bruckner. La partition est si riche qu’il est nécessaire de se laisser imprégner totalement. Ce qu’est parvenu à faire Jukka-Pekka Saraste. Pour le plus grand plaisir de l’auditoire.

Crédit photo : Alexis Duval

West Side Story, une réelle explosion sur scène
[Critique] «Les Conquérantes»: je m’appelle femme et je t’emm**de
Alexis Duval

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *