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Barbara Hannigan à la Philharmonie de Paris : contrastes et transcriptions

Barbara Hannigan à la Philharmonie de Paris : contrastes et transcriptions

02 juin 2021 | PAR Paul Fourier

La soprano – cheffe a concocté un programme éclectique avec l’Orchestre Philharmonique de Radio-France. Le résultat fut inégal.

Barbara Hannigan est une artiste diverse aux talents multiples. Elle a impressionné dans le Lulu de Krszysztof Warlikowski au Théâtre de La Monnaie (et devrait le faire à nouveau lors de la reprise en novembre prochain), dans La voix humaine ou dans Written on skin de George Benjamin.
Durant sa riche carrière, elle a collaboré avec Christoph Marthaler, Katie Mitchell, Simon Rattle ou Kirill Petrenko. Et la période de Covid a incité cette femme engagée à mettre en place un programme de soutien aux jeunes artistes.

Protéiforme dans l’âme, elle aime concocter des programmes où elle dirige, chante et réveille des partitions parfois surprenantes.

Ce fut le cas pour le concert de ce 28 mai et Hannigan est allée chercher deux compositeurs devenus transcripteurs à l’occasion. Le premier, Stravinsky, en 1919, était auréolé du Sacre du printemps et de Petrouchka quand Diaghilev lui demanda un accompagnement pour son ballet chanté Pulcinella… tout en utilisant des matériaux musicaux attribués à Pergolèse.
L’on saura plus tard qu’une partie des partitions provenait en fait de plumes moins célèbres que celle du Maître (en l’occurrence celles du Vénitien Domenico Gallo et du Milanais Carlo Ignazio Monza). Mais, peu importe puisque le travail de transcription et de composition de Stravinsky aboutira à un résultat d’une beauté incontestable et que ce patchwork se laisse écouter avec un grand plaisir.

Ballet chanté donc ; les trois interprètes qui, pour ce concert, éclairent cette musique sont aussi dissemblables que talentueux. Julia Dawson possède une belle voix de mezzo-soprano adaptée au style de Pergolèse, le ténor libanais Ziad Nehme, enjôleur, roule des mécaniques et donne du piquant à ses morceaux alors que le baryton-basse Douglas Williams emplit la grande salle de la Philharmonie de son beau timbre puissant.

De Paris à Monte-Carlo, de Pergolèse à Offenbach, de Stravinsky à Rosenthal

En seconde partie, Hannigan et l’Orchestre Philharmonique passèrent effrontément de Pergolèse à Offenbach ou plutôt de Pergolèse par Stravinsky à Offenbach par Rosenthal.
Si l’on apprécie la musique du « Mozart des Champs-Élysées » dans ses opéras-bouffes et autres œuvres légères, l’on est frappé par la lourdeur de la transcription qui en fut faite en 1938 par Manuel Rosenthal.
Certes, il s’agissait alors de concevoir un ballet enlevé pour l’Opéra de Monte-Carlo et d’éclairer une galerie de portraits sous le Second-Empire, mais l’ensemble (dont seuls onze extraits étaient là présentés) par une overdose de cordes, cuivres et percussions devint vite indigeste.
Heureusement, au milieu de tout cela, Hannigan sut nous accorder un moment magique. Attaquant au pupitre la célèbre Barcarolle tirée des Contes d’Hoffmann, on la vit descendre, féline dans son habit satiné, pour donner réplique de chant à Julia Dawson. Offenbach reprenait alors la main et, par la grâce de ses deux interprètes, nous rappelait qu’il avait du génie.

Avançant encore dans le temps, c’est avec le modernisme années trente de Kurt Weill que le concert se termina, d’abord avec un Youkali (1934-1946), tango – habanera volcanique et dansant pour lequel Barbara Hannigan tournant au milieu de son orchestre projetait sa voix ensorcelante vers le public de la Philharmonie disposé tout autour d’eux. Et enfin, cette fois, propulsé sur un autre continent, c’est avec Lost in the stars du même Weill que nous pénétrions dans la comédie musicale de Broadway avant de quitter ses rivages et de rejoindre nos foyers, joyeux, mais encore sous la pression du couvre-feu.

On peut revoir le concert ici.

Visuel : © Paul Fourier

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Paul Fourier

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