Cinema

[Critique] «Les Conquérantes»: je m’appelle femme et je t’emm**de

[Critique] «Les Conquérantes»: je m’appelle femme et je t’emm**de

23 octobre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Après un premier long-métrage méconnu en France (Traumaland (2013)), la réalisatrice suisse Petra Biondina Volpe a choisi de porter la cause des femmes à l’écran. Son Les Conquérantes est un film nécessaire et engagé, un hommage réussi à ces générations de femmes suisses qui, pendant plus d’une centaine d’années, ont mené un combat malheureusement encore d’actualité. 

[rating=4]

1971: le monde occidental est en pleine Révolution Sexuelle. Libération des mœurs, égalité des sexes, droits reproductifs sont au cœur de tous les débats et refaçonnent la société. Mais dans un petit village suisse recouvert par la neige, le changement, on ne connait pas – ou plutôt, on ne veut pas en entendre parler. «Féminisme» est un mot tabou, un mot de sorcière, de gauchiste, de femme politisée. Alors forcément, quand Nora, mère au foyer exemplaire, décide de prendre position en faveur du droit de vote pour les femmes, le village entier la porte en ridicule. Jusqu’à ce que l’idée d’égalité séduise même les plus récalcitrantes.

Alors cette couche de neige qui recouvre la campagne alentour prend des allures de page vierge sur laquelle va s’écrire une nouvelle histoire: celle de femmes non plus opprimées et passives mais assoiffées de liberté. La liberté, Petra Biondina Volpe la filme toute en subtilité: elle pointe le bout de son nez au détour d’une balade en vélo, s’appelle jeans et coupe à la Jane Birkin, et prend la forme d’un sourire ravi sur le visage d’un homme qui découvre l’art et les joies de la cuisine. C’est là l’une des grandes forces du film, qui s’efforce à montrer les deux facettes du problème auquel il s’attaque, dénonçant les conséquences des rôles des sexes non seulement sur le quotidien des femmes mais aussi sur celui des hommes. Les interdictions de pleurer, d’abandonner (même lorsque la santé mentale est en jeu), ou de pratiquer une activité parce qu’elle est jugée trop « féminine » côtoient l’oppression et la répression des femmes et dressent, au final, le portrait complet d’un mal social. Pour une liberté d’être, tout simplement.

Cette liberté passe d’abord par la redécouverte de soi. Là encore, Les Conquérantes épate, nous offrant des scènes pourtant toutes simples mais qui ne nous sont, en fait, pratiquement jamais données à voir. C’est à ce moment qu’on se rend compte, subitement, que les tabous des années 70 que l’on pensait brisés ne le sont finalement pas tant que cela. Quand, par exemple, avez-vous entendu une femme prononcer le mot « vagin » ou « clitoris », et ce sans rougir ou hésiter? Alors oui, cette scène d’éducation sexuelle fait rire, mais derrière le rire se cache un certain malaise dû à la réalisation que certains problèmes d’hier sont encore bien d’actualité.

En plus de cette capacité à montrer sans lourdeur des choses du quotidien qui paraissent évidentes lorsqu’elles ne sont plus cachées, Les Conquérantes peut se vanter d’une très belle photographie signée Judith Kaufmann, qui a notamment travaillé sur l’excellent L’étrangère (2011). Seul point noir à ce tableau, le scénario est bien trop simple. Vu et revu un million de fois, ce schéma classique qui, débutant avec un élément perturbateur, évolue vers la prise d’action et son lot d’espoirs, passe par un moment d’échec, et aboutit sur, finalement, la victoire. Une structure bien trop basique qui agit comme un frein sur la caractérisation de Nora et empêche Petra Biondina Volpe d’imposer un style qui lui serait entièrement propre – et qui la définirait, par conséquent, de « véritable révélation ».

Visuel: image officielle

L’Orchestre de Radio France habité par Grieg et Bruckner
« Le pavé dans la Marne » de Jean-Paul Farré au Lucernaire
Sarah Reiffers

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *