Classique
L’ONF sous baguette finlandaise

L’ONF sous baguette finlandaise

26 février 2021 | PAR Gilles Charlassier

Diffusé en direct sur France Musique depuis l’Auditorium de Radio France, le chef finlandais Hannu Lintu dirige l’Orchestre national de France dans un programme mêlant Lindberg, Schumann et le Troisième concerto pour piano de Beethoven sous les doigts délicats, quasi chambristes de Kristian Bezuidenhout.

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C’est presque devenu désormais la norme, la diffusion de concerts donnés sans public. Avec l’outil radiophonique, les formations de Radio France ne font certes que remplir l’une de leurs missions : à défaut d’un auditoire vivant, celui-ci se connecte aux ondes. Dans la crise sanitaire, mais aussi culturelle et sociale, que l’on connaît, cette contrainte présente au moins l’avantage de ne pas avoir à réduire les programmes aux dimensions d’une soirée sans entracte – pour éviter les « flux » de spectateurs.

Sous la baguette de Hannu Lintu, directeur musical de l’Orchestre Symphonique de la Radio Finlandaise depuis 2013, l’Orchestre national de France ouvre la soirée avec une page du compatriote du chef, Magnus Lindberg – qui a fini sa formation à Paris auprès de Vinko Globokar et Gérard Grisey. Inspiré par l’observation des marées, Marea développe un foisonnement sonore qui ne se préoccupe guère de rigidité formelle, et privilégie une immersion dans des vagues successives qui n’oublie jamais le cisèlement de l’écriture orchestrale ni l’énergie rythmique, jusque dans une coda porté par l’écume cristalline du piano et des percussions sur un suaire diaphane de cordes et de flûtes.

Après cette roborative introduction, Kristian Bezuidenhout défend une lecture quasi chambriste du Concerto pour piano n°3 en ut mineur op. 37. Clavériste spécialiste de ce que l’on appelle « l’interprétation historiquement informée », et attaché aux sonorités et textures des instruments d’époque, le Sud-africain met en valeur les délicates inflexions et contre-chants du discours du soliste, qui n’exhibe jamais une virtuosité pourtant évidente. Son approche se met au service d’une certaine tendresse de la ligne mélodique et de l’évolution harmonique, jusqu’à éclairer avec tact la fugacité des interrogations et des élans plus introspectifs. Sous une direction dans un léger et pudique retrait, l’Allegro con brio favorise ainsi la complémentarité entre orchestre et piano, plutôt que l’affrontement concertant, avant un Largo où l’on retrouve le lyrisme délicat et réservé affirmé dans une coda magnifique de limpidité. Si cette douceur dans le dessin prive quelque peu le Rondo final d’une certaine ivresse du motif de ritournelle sur l’ivoire, ce Beethoven révèle des subtilités que la puissance expressive a parfois l’habitude de subordonner à l’élan de la partition.

Après ce qui en temps normal tiendrait lieu d’entracte, Hannu Lintu se fait l’avocat enthousiaste de la Symphonie n°4 en ré mineur op. 120 de Schumann, dont on a encore tendance à négliger le corpus symphonique. En quatre mouvements joués sans interruption, l’oeuvre, façonné autour du motif de Clara, dégage une vitalité que fait respirer le chef dès le Lebhaft (animé) – après une introduction lente qui semble capitaliser toute l’énergie prête à éclore – mené sur un tempo alerte, qui favorise une dynamique presque mordante. La cantilène de la Romance fait chatoyer un sentiment initié par le duo entre hautbois et basson, quand le Scherzo reprend un bouillonnement qui triomphe dans un finale dense et cuivré, mais évite ici toute lourdeur. Un concert placé sous le signe de l’intelligence et de la nuance, même dans la plus implacable vigueur.

Gilles Charlassier

Orchestre national de France, Radio France, Auditorium, concert du 25 février 2021, et disponible en podcast sur France Musique

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