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« For Those That Wish To Exist » : le retour en demi-teinte d’Architects

« For Those That Wish To Exist » : le retour en demi-teinte d’Architects

27 février 2021 | PAR Manon Bonnenfant

Trois ans après nous avoir laissé avec Holy Hell – album à la puissance féroce – le groupe de metalcore britannique Architects est de retour. For Those That Wish To Exist est un condensé de rage et de regrets, emmené par ce qui semblerait être une nouvelle direction artistique.

Ce qui frappe dans For Those That Wish To Exist, c’est ce cri du cœur poussé par ce qui pourrait être… nous. Comment continuer d’avancer au sein d’un monde proche de sa destruction ? Le souhaite-t-on seulement ? Reste-t-il un espoir, juste un seul, suffisant pour s’y accrocher ? Toutes ces problématiques que l’on retrouve au fil des 15 pistes, chacune renfermant des sonorités uniques. Car ce qui fait (en partie) la force de ce 9ème album, c’est sa très large palette instrumentale, et pour cause : cordes orchestrales, cors et chœurs se font une place parmi le post-metalcore caractéristique du groupe. Une caractéristique qui tend à se diriger vers du néo métal (notamment avec des riffs plus « groovy » et moins mélodiques). Une palette qui s’étend à des extrémités différentes : des éléments industriels (clavier, traitement sonore sur la caisse claire dans certains morceaux), aux sonorités synthétiques et électroniques. La puissance emblématique du groupe est toujours debout – quoique fragile – avec « Impermanence », « Goliath », « Discourse of Death » et « An Ordinary Extinction », toutefois contrebalancée par les douces balades « Do You Dream of Armageddon ? » et « Dying Is Absolutely Safe ». L’autre grande force de l’album ? Ses collaborations puissantes et efficaces (Winston McCall, frontman de Parkway Drive, Mike Kerr un des piliers de Royal Blood, et Simon Neil fondateur de Biffy Clyro). Des choix intéressants compte tenu de leurs influences artistiques et liens partagés avec Architects.

Côté voix, la plus grande déception – pour beaucoup – réside peut-être ici : Sam Carter laisse de côté ses « screams » et « growls » pour une gamme vocale plus propre dans sa voix claire. Le temps du « BLEGH »  – renié par le chanteur suite à Holy Hell – semble définitivement révolu. Un changement de taille qui divise les puristes et fans plus récents. Si une volonté de légèreté semble avoir motivé Sam, il en est tout le contraire pour Dan Searle. Le batteur et parolier du groupe livre ce qui est sans doute son travail le plus explosif, au rythme déversé sans retenue et qui renforce l’ambiance épique de l’album. Au final, l’on pourrait penser à une certaine homogénéité musicale, mais c’est l’inverse qui en résulte, fournissant ainsi un résultat qu’on hésite à qualifier de rasoir ou captivant. Car l’on aurait pu apprécier ces voix (en acoustique par exemple), si elles n’étaient pas noyées dans cet océan d’instruments aux intensités variées. Mais revenons aux principaux thèmes de « For Those That Wish To Exist », des thèmes dont on pourrait difficilement faire plus d’actualité.

Après Holy Hell et son flot de chagrin en hommage à Tom Searle, ce neuvième album sonne comme un deuil achevé et une direction tournée vers notre futur… incertain. Réchauffement climatique à l’avancée inexorable, crise sanitaire sans (récent) précédent, institutions corrompues… L’heure est grave, l’heure est surtout arrivée de nous extraire de notre déni ou indifférence pour agir collectivement. Qu’il est facile de blâmer les autorités et grandes industries alors que NOUS faisons tous autant partie du problème. On dit que le monde ne sera réellement détruit que par ceux qui regardent sans rien faire, sans doute est-ce le centre névralgique de l’album, qui ne reflète qu’au fond les engagements de longue date d’Architects. Evidemment que cette prise de conscience ne se fait pas en claquant des doigts mais par étapes, des étapes cruciales, difficiles et décrites – sans forcément respecter un ordre – dans ces chansons : le constat des siècles traversés sans que nous semblons en retenir les leçons, la difficulté de s’unifier, l’hypocrisie de s’intéresser au réchauffement climatique pour les « likes », ou encore les sentiments et questionnements personnels qui nous habitent lorsque l’on cherche à s’en sortir. Espoir et désespoir se côtoient donc, tout comme un combat individuel et collectif. Des paroles qui se veulent (sans grande surprise) s’adresser en particulier aux jeunes, eux qui se retrouvent à hériter des erreurs de leurs générations précédentes tout en faisant face aux problématiques actuelles. 

In fine, c’est un retour sur le devant de la scène qui nous laisse perplexes. Qui dit points forts de présents (collaborations royales, utilisation différente des guitares avec ce côté « synthé » de ressorti, atmosphère épique et entraînante, paroles percutantes)… dit aussi points faibles. On retiendra ce manque cruel de « breakdowns » et puissance vocalo-instrumentale, plus largement : tout ce qui contribua à hisser Architects parmi les meilleurs groupes de métal de ces 10 dernières années se retrouve désormais en voie d’extinction. Si l’on peut saluer le parti pris de l’expérimentation et d’une diversité créative extrêmement riche, cet album nous laisse avec un goût d’inachevé. De plus en plus de groupes se risquent à prendre de nouvelles directions, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. « For Those That Wish To Exist » ne coche aucun de ces extrêmes dès sa première écoute, mais en mérite définitivement plusieurs. 

Architects – « For Those That Wish To Exist » (Epitath Records)

  • « Do You Dream of Armageddon ? »
  • « Black Lungs »
  • « Giving Blood »
  • « Discourse Is Dead »
  • « Dead Butterflies »
  • « An Ordinary Extinction »
  • « Impermanence » (feat. Winston McCall, Parkway Drive)
  • « Flight Without Feathers »
  • « Little Wonder » (feat. Mike Kerr, Royal Blood)
  • « Animals »
  • « Libertine »
  • « Goliath » (feat. Simon Neil, Biffy Clyro)
  • « Demi God »
  • « Meteor »
  • « Dying Is Absolutely Safe »

Visuel : ©Epitath, pochette officielle

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