Classique

[Live Report] Le LSO à la Philharmonie interprète Robert Schumann en déséquilibre

[Live Report] Le LSO à la Philharmonie interprète Robert Schumann en déséquilibre

14 mars 2018 | PAR Pierre Marcieu

Après des changements de programmes en cascade, le London Symphony Orchestra s’est finalement produit ce soir dans une programmation intégralement consacrée à Robert Schumann sous la direction de John Eliot Gardiner et avec Isabelle Faust en invité de dernière minute.

Ça devait être une programmation placée sous le double joug de Mozart et de Robert Schumann, dans laquelle se succédait l’Ouverture de Genoveva de Schumann, le Concerto pour piano n°25 de Mozart, l’Ouverture, scherzo et finale pour orchestre en mi majeur et la Symphonie n°4 du compositeur romantique allemand. Finalement après la double annulation des pianistes Maria João Pires puis Piotr Anderszewski, et leur remplacement en urgence pour la violoniste Isabelle Faust, ce sont les oeuvres qui ont dû changer. Au revoir le concerto pour piano et son compositeur. Place au Concerto pour violon de Robert Schumann pour une soirée qui lui revient entièrement par concours de circonstances. Cependant on ne saurait regretter ce changement quand on sait la rareté d’interprétation de ce concerto, qui était ce soir joué par une soliste qui avait déjà convaincu sur sa capacité à donner toute sa force à cette pièce, dans de son album en 2015.

La soirée a donc démarré par lOuverture de Genoveva de Robert Schumann une pièce qui est à la fois l’annonce de la totalité de l’histoire de l’opéra éponyme et qui par sa composition bien antérieure à l’ensemble, jouit d’une certaine autonomie. Ce concentré d’émotions et de palettes, passant de l’ut mineur au majeur, n’a pas été donné par le LSO avec l’ampleur que l’on aurait souhaité. Si la retenue correspondait parfaitement à la première partie de la pièce, elle s’est muée en ce qui semblait être un manque de générosité et d’implication dans la suite de son interprétation.

C’en est suivi, le concerto pour violon de Robert Schumann, une œuvre maudite. « Le », car il n’y en a eu qu’un. Composé en 1853, il correspond à la toute dernière période de sa création, avant son internement et sa mort. Durant 87 ans il fut oublié, non publié et non inscrit dans le catalogue de ses œuvres. Dans ce concerto jugé trop décadent et trop complexe, son dédicataire et sa femme croient y voir les signes de la faiblesse psychique du compositeur. Il faut attendre 1938 pour qu’il réapparaisse réellement, après quelques péripéties rocambolesques, sous les cordes de Yehudi Menuhin à New-York. Peu de musiciens s’y attèlent, décriant généralement le troisième mouvement, ses embûches techniques, ses accords diluviens, sa complexité dans les dialogues entre l’orchestre et le violon, son tempo nicht schnell, ainsi que sa relative introversion de la partie du soliste. Un ensemble d’écueils d’autant plus difficile à éviter alors que la collaboration entre l’orchestre et le violon se décide à la dernière minute. Si au vu des conditions Isabelle Faust s’en sort en évitant la casse, l’équilibre trop fragile entre la soliste et l’orchestre a volé en éclat lors du troisième mouvement, dont on ne savait plus même dire si le tempo originel était respecté ou non. Dans cette pièce où le violon s’envole rarement dans les aigus lyriques, mais reste dans des tonalités plus sombres qu’à l’habitude, avec une partition qui sollicite majoritairement les cordes médianes s’est ajouté un manque de puissance de la part de la soliste. Si au premier balcon l’entente était difficile, elle était quasiment inaudible dans les places les plus hautes. Un manque d’autant plus dommageable que la précision et l’interprétation délicate de la soliste, s’ils avaient été doublés d’un peu plus de puissance, auraient pu sauver cette collaboration périlleuse entre Isabelle Faust et le LSO.

Ensuite l’orchestre londonien a terminé avec la Symphonie n°4. Dans cette œuvre, les mouvements s’enchaînent énergiquement. Le choix de Sir John Eliot Gardiner quant à la version d’interprétation est toujours clivant. S’il dit préférer respecter les traditions d’interprétation de l’époque, face à l’énergie que ce choix apporte se perd aussi une certaine subtilité dans les nuances et notamment dans les enchaînements.

Finalement l’orchestre et son chef n’auront pas su trouver l’équilibre malgré un talent et des qualités indéniables. Entre l’ensemble et la soliste, entre la puissance et la retenue, entre l’intériorité et l’exubérance… ce concert aura été déconcertant, car toujours sur un fil, dans un entre-deux. Il aurait mérité une direction claire, un but défini, au lieu de ce qui semblait être ici un compromis faute de décision.

 © AFP – C. Platiau

Hu(r)mano, le hip hop grinçant de Marco Da Silva Ferreira
« Les Malédictions », mariage majestueux du conte et du théâtre d’objets
Pierre Marcieu

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *