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[Live report] Le Requiem de Mozart ascensionnel et magnétique de Laurence Equilbey

[Live report] Le Requiem de Mozart ascensionnel et magnétique de Laurence Equilbey

07 février 2014 | PAR Bérénice Clerc

 

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Laurence Equilbey, Insula Orchestra, Accentus et quatre solistes livrèrent salle Pleyel une magnifique version renouvelée, vivante et triomphale de l’emblématique  Requiem inachevé de Mozart.

L’hiver n’est pas vraiment là, la douceur extérieure est impressionnante pour un mois de février, hommes cravatés, femmes en tailleurs, look plus décontracté, jeunes et moins jeunes se sont bousculés pour écouter, à guichet fermé, le Miserere de Zelenka et le Requiem de Mozart proposés par Laurence Equilbey, Accentus, Insula Orchestra et quatre solistes dont l’exceptionnelle Sandrine Piau.

Laurence Equilbey ne fixe jamais de rendez-vous par hasard, elle se donne les moyens de l’excellence et de son propre son à modeler pour offrir une nouvelle version du Requiem de Mozart sur scène avant de l’enregistrer pour le label Naïve.

Fonder son propre orchestre sur instruments d’époque était essentiel après avoir mené très loin le niveau sonore de son chœur Accentus. Insula a déjà un son ciselé et profond pour son jeune âge comme nous avions pu l’entendre dans le superbe Orfeo ed Euridice en novembre dernier.

Juste avant le Requiem de Mozart, Laurence Equilbey avait choisi de donner à entendre le Miserere de Zelenka.

La voix cristalline, verticale et démultipliée de Sandrine Piau, en équilibre sur les instruments d’Insula et les voix puissantes et apaisantes d’Accentus, sert à merveille la partition en do mineur, saisissante mise en bouche, syncopée, saccadée aux contrastes variés.

La musique résonne loin, les couleurs et les reliefs ondoient, le Requiem de Mozart peut venir, le public est prêt, suspendu, disponible.

Le Requiem de Mozart est joué, rejoué et rejoué encore depuis des années mais Laurence Equilbey et son équipe réussissent le pari d’une musique vivante, en marche, actuelle sans perdre la force de la spiritualité et des notes composées par Mozart juste avant l’heure de sa mort.

Une concentration papable pour le début d’un grand et beau voyage, une inspiration, Laurence Equilbey fait naître la musique d’un geste.

Du début à la fin de la partition, la musique, vibre, vrille, s’apaise, s’enflamme, se pare de puissance mesurée, colorée, ciselée, chaque note, chaque geste, chaque souffle est utile, nécessaire et déchirant.

Accentus, Issy-le-Moulineaux, novembre 2012

Le son des cordes, les volumes, les attaques, les ruptures, les vents, les voix, tous les instruments sont au summum de leurs possibilités. Les balances, le volume sont finement travaillés pour offrir la pureté et la puissance d’une musique multicolore, chaude et sensuelle.

La musique renaît à chaque instant, l’émotion est ascensionnelle, le son se modèle, les instrumentistes vont vibrer chaque note seule et dans un ensemble où le mot perfection pourrait prendre son sens.

Le tempo insufflé par Laurence Equilbey est maitrisé, elle met sa rigueur au service de la passion, l’exaltation chevillée au corps, sa gestuelle énergique, gracieuse et précise porte au paroxysme la splendeur du Requiem de Mozart.

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Les solistes, Sandrine Piau, Sara Mingaro, Werner Güra et Christopher Purves derrière l’orchestre en fusion avec le chœur font des éclats vocaux d’une justesse rare.

Les spectateurs sont magnétisés, la dimension spirituelle, transcendante de l’œuvre est puissante, la rédemption, la résurrection après la mort prennent chair sans besoin de croire si ce n’est en la vie.

Le cerveau et les sens sont comblés par cette soirée musicale, Laurence Equilbey est immanquable, son Insula montre un excellent niveau musical.

Le plaisir visible de jouer, de se donner pour les spectateurs, au prix d’un travail intense pour peu de représentations, est si rare qu’il faut le saluer encore et encore et applaudir la beauté du geste.

Un triomphe absolu du sol au plafond, les spectateurs auraient pu se rompre bras et mains tant ils ne cessaient d’applaudir pendant de longues minutes.

Ce programme sera disponible dès septembre en disque chez Naïve, le premier pour Insula Orchestra, un succès à n’en pas douter après la soirée d’hier.

Visuels : ©DR

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

One thought on “[Live report] Le Requiem de Mozart ascensionnel et magnétique de Laurence Equilbey”

Commentaire(s)

  • BESLANT

    Vous savez mettre en mots ce que nous avons ressenti lors du concert à Aix en provence, le 5 février dernier. C’est Divin !

    février 7, 2014 at 15 h 31 min

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