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[Live-report] Barenboim, Argerich et le Staatskapelle Berlin à la Philharmonie : magique (23/04/2015)

[Live-report] Barenboim, Argerich et le Staatskapelle Berlin à la Philharmonie : magique (23/04/2015)

24 avril 2015 | PAR Yaël Hirsch

Ce jeudi 23 avril 2015, le public de la Philharmonie a fait l’expérience des retrouvailles de deux monstres sacrés natifs de Buenos Aires Daniel Barenboim à la direction du Staatskappelle Berlin et Martha Argerich au piano. Ils ont joué ensemble le fougueux premier concerto pour piano de Beethoven, puis l’orchestre a enchaîné sans la pianiste sur d’autres couleurs : Wagner & Boulez. Une soirée magique où chacun a retenu son souffle et s’est laissé emporter au royaume de la perfection et de l’émotion.

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Lorsque Argerich et Barenboim entrent en scène, on peut vraiment parler de retrouvailles : Disciples directs (Argerich) ou indirects (le père de Barenboim) du pianiste italien Vincenzo Scaramuzza, c’est avec entrain, complicité et un soupçon de galanterie du côté de Barenboim qu’ils rejoignent l’orchestre. Une fois la pianiste assise, l’urgence et la seule star en scène est la musique. Et ce concerto du jeune Beethoven aux accents mozartiens était un choix printanier parfait. Sous la direction terriblement élégante et discrète de Barenboim, l’orchestre s’envole dès les premières mesures du premier mouvement et exacerbe l’attente du piano. Ce dernier arrive comme un cri de joie, sur une mélodie totalement nouvelle. Sans partition aucune, précise mais surtout d’une légèreté contagieuse dans le premier mouvement, Argerich force l’admiration dès les premières notes : l’envoûtement commence avec un jeu sur le rythme très expressif; le charme s’interrompt à peine au détour des inévitables toussotements qui ponctuent les très courtes pauses que les musiciens marquent entre les mouvements. Après la vivacité et les contrastes de l’Allegro con brio, la délicatesse de Argerich dans le Largo est infinie : semblant effleurer les touches, elle donne une sentiment de nostalgie que les vents de l’orchestre encadrent avec douceur. faisant tournoyer ses poignets au-dessus des touches, c’est presque sans transition que la pianiste nous amène au Rondo final. Elle attaque son instrument avec une énergie redoublée et semble littéralement avaler les notes l’orchestre reprend et répond comme un chœur à sa mélodie. Finissant avec autant de vitalité qu’elle a commencé, la pianiste saute avec agilité sur ses pieds pour aller saluer le chef d’orchestre et les premiers violons avec un sourire complice.

http://www.dailymotion.com/video/x1uf7nt_martha-argerich-joue-le-concerto-pour-piano-n-1-de-beethoven_music

Les applaudissements n’en finissent pas et le duo argentin revient saluer au moins 4 fois en se parlant et en souriant, avant que deux tabourets ne soient rapprochés du piano, dans le sens de la longueur. Argerich et Barenboim s’y assoient pour le partager à 4 mains dans le rondo en la majeur de Schubert. Un moment intense, romantique et fort.

Martha Argerich s’est éclipsée à l’entracte et la deuxième partie joue la carte du contraste. Les rangs de l’orchestre se remplissent encore et l’on entend d’abord Wagner, puis Boulez. Prenant la place centrale du piano avec son pupitre c’est avec une élégance et une sensibilité foudroyante que Barenboim lance son orchestre dans le Prélude de Parsifal. L’émotion est présente avec un je ne sais quoi de solennel qui l’accentue encore. Dans l’Enchantement du Vendredi Saint, l’ambiance se fait plus sombre, plus grave. Après ce moment Wagnerien, la musique de Boulez s’installe avec une intrigante familiarité. D’autres musiciens encore arrivent pour une série de Notations dont les grandes partitions font ployer le pupitre du chef d’Orchestre. Chacune des pièces est un petit univers en soi que Barenboim et le Staatskapelle font résonner avec une intensité bouleversante. Très attentif, le public se laisse porter et surprendre, et il suit! Ce que remarque avec humour Daniel Barenboim lorsqu’il prend enfin la parole à la toute fin de concert pour expliquer qu’à la création de la pièce, il y a trente ans, ceux qui la retransmettaient à la radio s’excusaient presque de la produire auprès d’un large public avant une très attendue Symphonie n°9 de Beethoven : « Ce ne sera pas long » était la promesse des années 1190. En 2015, Barenboim déclare avec humour quand il s’adresse au public de la Philharmonie : « Je ne sais pas si nous avons progressé, mais vous oui »! A ce niveau de musique et d’émotion, nous serions très heureux de faire des progrès tous les soirs…

Martha Argerich et Daniel Barenboim rejouent ensemble l’an prochain à la Philharmonie. Ce sera le 22 avril 2016… Prenez vos places.
visuel : (c)Holger Kettner, Deutsches Garmmophon

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “[Live-report] Barenboim, Argerich et le Staatskapelle Berlin à la Philharmonie : magique (23/04/2015)”

Commentaire(s)

  • Michel Mouton

    Le bis n’était pas la fantaisie de Schubert, mais le rondo en la majeur.
    M. M.

    avril 25, 2015 at 20 h 16 min
    • Yaël Hirsch
      Yaël

      Cher Monsieur
      Merci beaucoup! je ne savais pas quoi de schubert et j’ai demandé à mon voisin… qui ne savait pas non plus apparemment :)
      je change le texte grâce à vous
      bon dimanche

      avril 26, 2015 at 12 h 02 min

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