Classique
Debussy et une première mondiale de Manoury à la Salle Pierre Boulez de Berlin

Debussy et une première mondiale de Manoury à la Salle Pierre Boulez de Berlin

07 septembre 2021 | PAR Nicolas Chaplain

La salle Pierre Boulez consacrait son premier concert de la saison à deux compositeurs français : Claude Debussy et Philippe Manoury dont c’était la création mondiale de Das wohlpräparierte Klavier für Klavier und Live-Elektronik (le piano bien préparé pour piano et électronique), une pièce composée pour Barenboim et interprétée par lui-même.

Les deux compositeurs qu’un siècle sépare sont des aventureux, des novateurs. Ils explorent des rythmes originaux, écoutent la nature qui les inspire, développent une stylistique propre avec une imagination poétique exceptionnelle. Ils colorent le temps comme pourrait dire Messiaen et chacune des trois œuvres interprétées ce soir – Prélude à l’Après-midi d’un faune, En blanc et noir et Das wohlpräparierte Klavier – est un tableau sonore.

Le Prélude à l’après-midi d’un faune est la pièce point de départ de la musique moderne selon Pierre Boulez. Daniel Barenboim commence seul le thème principal du faune avant d’être relayé par sa partenaire complice Martha Argerich. La magie naît instantanément. Sereins et espiègles, sérieux sans jamais être graves, les deux interprètes redoublent de délicatesse, de sensualité et de mystère. En blanc et noir composé par Debussy pendant la première guerre mondiale, est plus turbulente, plus contrastée, parfois abrupte. On s’abandonne voluptueusement à cette expérience sensorielle.

Philippe Manoury est un acteur essentiel de la musique d’aujourd’hui. Renouveler les codes et les langages de la musique est son motto. Il envisage son rôle de compositeur comme celui d’un expérimentateur à l’image de Mozart, Beethoven, Wagner, Schönberg. Manoury intègre l’outil électronique à la composition musicale. Le piano dialoguait déjà avec un système informatique en temps réel dans Pluton et Le temps mode d’emploi.

Das wohlpräparierte Klavier, dont le titre et la forme mêlant fantaisie et rigueur font référence à Bach (et à son « clavier bien tempéré »), est une pièce fascinante. Différents matériaux sonores sont répartis dans l’espace et des éléments bruissent, bourdonnent avant même que l’interprète s’installe au piano. L’instrument est relié à un ordinateur qui collecte et analyse en direct les sons joués par le piano puis les transpose, les spatialise, les utilise pour créer d’autres structures musicales évolutives Le jeu de Barenboim, sa force ou bien la durée de ses sons affectent l’évolution de la musique électronique. Le pianiste démiurge frappe fort. L’œuvre est puissante, brutale, onirique. Elle s’adresse à l’inconscient. On est saisis par la force tragique de la proposition, surpris par des sons tribaux, des gouttes, des clochettes, des claves, le cri du vent, des accords martelés au loin, une boîte à musique dans cette inharmonie floue, fantastique et séduisante.

Photo : Monika Rittershaus

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Nicolas Chaplain

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